CXCVI
La Physique.
Pour parler maintenant de la physique , si vous la considérez comme une science spéculative, je ne crois pas que nous ayons -aucun traité de phyé sique qui mérite ce nom, et peut-être ai-je rai-
son de penser que nous n'en aurons jamais. Les ouvrages de la nature doivent leur naissance à une sagesse si sublime , et ont été produits par des moyens qui sont si au-dessus de notre pénétration ou' de notre conception, que nous ne saurons jamais nous en former une id^ assez claire et assez distincte pour mériter le nom de science. Comme la physique est la connaissance des principes , des propriétés et des opérations
des choses , telles qu'elles spot en elles-mêmes^ je m'imagine qu'on y peut considérer deux parties , dont l'une comprend les esprits , leur natmre et leur» qualités , et l'autrfs les corps. On rapporte ordinairement la première à la métaphysique; mais, sous quelque prétexta qu'on en parle, je cr^ que l'examen des esprits et de leur nature devrait précéder celui de la matière et des corps, non en qualité de science qu'cMi puisse réduire en système et traiter par des principes évidents , mais comme une étude propre à nous donner une idée plus certaine et plus étendue du monde intellectuel, que la raison et la révélation concourent à nous faire connaître. Or , puisque les idées les plus étendues que nous ayons des autres esprits , outre Dieu et notre.ame , ^ nous viennent du ciel par le moyen de la révélation , je seirais d'avis que la connaissance que les jeunes gens doivent enfin avoir des esprits fût tirée de cette même révélation. Pour cet effet , je crois qu'il serait à propos de Eure une bonne histoire de la bible , qu'on fît lire aux jeiines gens , dans laquelle on rangeât exactement toutes les choses qui seraient propres à y entrer, selon l'ordre des temps , sans y insérer les choses qu'ils ne sauraient comprendre que lorsqu'ils seront dans un âge plus avancé. Par ce moyen , on efupecherait les enfants de tomber dans le désordre où
ila «e jettent dWdtaaire en Usant indifféremment tous les livres de rjÉcriture sainte comme lUâ se trouvent reliés dans nos Bibles. On retirerait encore de là.un. autre avantage,, c'est qu'eiè faisant lire règlement aux en£sintSi ce^tte histoire, où les esprits font, un personnage si considérable dans tout ce qui s'y passe ^ cette lecttMfc leur donnerait peu-ài-peu une idée de ceSvêtÀif intelligents, laquelle les convaincrait en même, temps de leur existence, ce qui serût une bonne préparation à l'étude des corps. D'ailleurs, si nous n^admett«DS pas des esprits y notre philosophie sera impar&ite et défectueuse , dans l'une^de ses, plus conisidérables parties, puisque par là nous se-* rons privés de la contemplation des êtres les plas excellents et les plus puissants que Dieu ait créés^ . ■< • ,
§ CXCVIL ,
La ^Phjsique.
le crois 'même qu'il serait à propos def £aiire de l'histoire de k bible un abrégé le plus court et le plus simple qu'on pourrait, qui contint ce qu'il y a de plus remarquable et de plus essentiel dam cette histoire ; pour le £ftire apprendre aux eafents dès qu'ils savent lire. Quoique cette mé» thode aille À leur donner de bonne heure quel* que eontmissance des esfirits^ elle n'est pourtant
pas contraire à ce que j'ai dit ci-dessus , que je ne serais pas d'avis qu'on eiiibarrassàt les enfants, , pendant qu'ils sont jeunes , d'aucune idée des esprits : car par là je ne voulais dire autre chose, si ce n'est que je crois qu'on fait mal de commencer de bonne, heure à faire entrer dans leurs âmes, susceptibles en ce temps -là de toutes sortes d'impressions , des idées effrayantes . de fantômes, de spectres et d'apparitions, artifice dont leurs gouvernantes et ceux qui sont au* près d'eux se servent volontiers pour les obliger par cet épouvantai! à exécuter leurs ordres : ce qui cause souvent de grands incoavénients, dont ils ressentent les effets pendant tout le reste de leur vie ; car ces sortes d'idées s'étant une fois imprimées dans leur esprit , ils se trouvent dèslors asservis à des craintes, à des frayeurs et à des faiblesses pleines de superstition, qui les remplissent de chagrin et de, confusion lorsqu'ils viennent à paraître dans le monde; et il arrive assez souvent que , pour se guérir entièrement l'esprit comme ils s'imaginent, et pour se délivrer d'un si pesant fardeau, ils renoncent tout d'un temps à la croyance de tous les esprits , se jetant ainsi dans une autre extrémité pire que la première.
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§ ÇXCVltl.
Vpvilea^ouft savoir loainieDànt pourquoi je ras d'avik qu'avant que d'engag€,r les jeunes gens iluns Te^men de la nature des corps, on leur donnât; quelque connaissance des esprits , et qa*on leur inculquât folrtemeiit ce que rÉcriture sainte nous ap^n^eild, avant que de leilr ùiâk commencer l'étude* de la physique? Le vixgî. Gommé la matière est une chose dont tous nos sem sont iiK^essamment frappés^ il arrive atsément qu'elle remplit, pour ainsi dire, U capacité de notre aœfe jusqu'à en ctelure tout être dîfie*rent ' de âa tnatièiie ; de sorte que ce )aréj«]|g^ , uite fois établi sur cette accoutumance, empêche souvent qu'on n'admette des esprits , eu qu!on ne croie qu'il y ait dans la nature ^ucikn être immatériel ,* quoiqu'il soit évid^it que par la seliie Éiée de la matière et du mouvemenit on ne s«t^ i^àit expliquer audm des phénomènes coitsidérl- •blés de la nature^ tel est^ editre «ntr^s, celui de la pesanteur. C'eel un phénomène fort commuai, que je ne ct^ois pas (t) q«'on poisse expnmfar