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Combien le sommeil est nécessaire aux enfants.
De tout ce qui paraît mou et efféminé, il n y a rien que Ton doive permettre aux enfants avec plus d'indulgence que le sommeil. En cela seul il faut les laisser se satisfaire pleinement, car il n'y a rien qui contribue plus que le sommeil à l'accroissement et à la santé des enfants. La seule chose qu'on doit faire à cet égard , c'est de déterminer quelle partie des vingt-quatre heures qui composent le jour, ils doivent employer à dormir, ce qu'il est aisé de résoudre par cette seule remarque qu'il est très-avantageux aux en* fants de s'accoutumer à se lever de bon . matin. Il n'y a rien en effet de meilleur pour la santé : et celui qui par un usage constant se sera fait une habitude de se lever matin sans peiné ^ durant sa jeunesse , n'aura garde de dissiper 1^ meilleure et la plus considérable partie de sa vie à dormir ou à se dorloter dans un lit, lorsqu'il sera homme fait. Or si vous voulez. que vos enfants se lèvent de bon matin , il faut que vous leur fassiez prendre la coutume de s'aller cou-
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cher de bonne heure. Par ce même moyen , tous fes accoutamere^ à éviter les débauches du soir ^ si dangereuses et si nuisiUes à la santé : car lorsqu'on se retire de bonne heure chez soi, l'on trouve rarement l'occasion de s'abandonner à ces sortes d'excès. Par - là je ne veux pourtant pas. dire qu'un enfant, devenu grand, ne doive jamais se trouver en compagnie iiprès huit heures du soir, ni causer avec ses amis, le verre à la main , jusqu'à minuit. Gela est inévitable en certaines rencontres. La seule chose que j'ai dessein de vous recommander ici , c'est que par la manière dont vous conduirez votre enfant du^ rant sa première jeunesse , vous l'empêchiez, autant qu'il est en vous, de tomber dans ces inconvénients, et vous n'aurez pas gagné peu de chose , si votre enfant ayant contracté une espèce d'aversion pour les Ic^gues veilles par l'habitude que vous lui aurez fait prendre de se coucher de bonne heure , cela l'oblige à éviter souvent ices parties de plaisir, et à ne les proposer que rarement. Que si vos soins n'étaient pas suivis d'un si grand succès, mats que l'occasion et. la compagnie, victorieuses de la coutume, l'engageassent à vivre comme les antres dès ^'il aurait une vingtaine d'années, il est toujours bon d'accoutnm«r jusqu'à ce tempsrià un enfant à se lever matin, et à se coucher
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DES ElfFAlïTS. Sq
de bonne heure , pour le bien présent de sa santé, et pour d'autres avantages qui lui en revienneqt.
Quoique j'aie dit qu'il faudrait accorder aux enfants une grande liberté par rapport au sommeil , jusqu'à les laisser dormir autant qu'ils veulent quand ils sont petits^ je n'entends point parlà que cette liberté doive leur être continuée pour toujours, à mesure qu'ils deviennent grands. Maïs il n'est pas aisé de déterminer précisément quand il faudrait commencer d'abréger leur sommai , si l'on devrait le faire quand ils sont parvenus à l'âge de sept ans, de dix, ou enquelqu'autre temps. U faut pour cela avoir égard à leur tempérament , à leurs forces et à leur constitution particulière.
Mais je crois que, s'ils sont trop grands dormeurs , il serait à propos de commencer entre la septième et la quatorzième année de leur âge, à les réduire par degrés à huit heures de sommeil, ce qui en général suffît à des personnes faites qui sont en bonne santé. Or, si vous ayez accoutumé votre enfant , comme vous de- .yrÂçz, à se lever constamment de bon matin, il ^serait aisé ' de fo corriger du défaut de garder trop long-temps le lit; car la plupart des enfanta sont assez portés d'euicH^émes à abréger ce temps p^-^. passion qu'ils ont de passer la soirée
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en compagnie. Il est vrai que , si l'on n'y prend garde , ils se dédommageront le matin du smnmeil qu'ils auront perdu le soir, ce <|p'on ne doit absolument point' leur permettre. Il faur drait les faire lever constamment le matin à leur heure ordinaire , mais toujours en prenant soin de ne pas les éveiller (i) trop brusquement, ou avec un ton de voix trop fort ou trop perçant, ou en frappant tout d'un coup leurs oreilles de quelque autre bruit trop violent. Cela épouvante souvent les enfants, et leur fait beaucoup de mal ; et qpi est-ce qui n'est pas déconcerté , si par quelque soudaine- alarme , il vieiit à être éveillé tout d'un coup d'un profond sommeil? Lors donc que vous voulez éveiller un enfant,
(i) Le père de Montaigne poussa cette précantion eneore plus loin à regard de son fils , qui nous l'apprend lui-même eu ces termes : « Mc^n père avait esté conseillé de me faire « gouster la science et le devoir par une volonté non forcée, «et de mon propre désir; et d'eriever mon aine- en toute «. douceur et liberté, sans rigueur et contraintef Je dis jus- « ques à telle superstition , que parce qu'aucuns tiennent « que cela trouble la cervelle tendre des enfants , de les «éveiller le matin en sursaut', et de les arracber du som- « meil , auquel ils sont plongés beaucoup plus que nous ne «sommes, tout-à-coup et par violence; il me faisait éveiller «par le son de, quelque instrument, et ne fîit jamais sans «bomme qui m'en servit, » Essais fie Montaigne^ IW: I, cb. XXV. »
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commencez par l'appeler d'une voix basse ^ et le secouer d'une manière fort délicate, afin de le tirer peu à peu de son assoupissement , en le traitant toujours doucement et de fait et de parole, jusqu'à ce qu'il soit tout-à-fait revenu à lui-même. Quand il a mis une fois ses habits, vous êtes assuré qu'il est entièrement éveillé. On cause une assez grande peine à un enfant de venir in lerromprci son sommeil , quelque doucement qu'on le fasse ; c'est pourquoi l'on devrait bien prendre garde de n'y pas joindihe quelque autre action rude, et sur-tout qui pût lui donner de l'épouvante.
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// ne faut pas axicoutumer les enfants à coucher
mollement.
Il faut que les enfants soient couchés durement, sur des matelas plutôt que sur des lits de plume. Un lit dur fortifie les membres ; mais un lit mollet où l'on s'ensevelit chaque nuit dans la plume, fond et dissout, pour ainsi dire, tout le corps, ce qui cause souvent des faiblesses, et est comme l'avant- coureur d'une mort prématurée. Outre que d'avoir les reins enveloppés trop chaudement, engendre souvent la pierre, les lits de duvet causent plusieurs autres in-
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commodités , et , ce qui les produit toutes , une complexion délicate et valétudinaire. D'ailleurs , celui qui est tout accoutumé à coucher durement chez lui, ne perdra pas te sommeil faute d'un lit mou et d'un oreiller bien placé , durant ses voyages que le dormir lui est le plus nécessaire. C'est pourquoi je crois qu'il serait à propos de faire le lit des enfants de différentes façons : que tantôt on leufr mît la tête plus hante, et tantôt plus basse, afin qu'ils ne fussent pas réduits à se ressentir du moindre petit changement à quoi ils ne peuvent qu'être exposés, lorsqu'ils ne sont pas destinés à coucher toujours dans la maison de leurs parents , et à avoir toujours une servante à leurs côtés pour ranger leurs bardes et les bien couvrir dans le lit. Le sommeil est le plus excellent cordial que la nature ait préparé pour l'homme. Si on en j),erd l'usage , l'on s'en ressent infailliblement ^ et celui-là est bien malheureux qui ne saurait prendre ce charmaii|: breuvage que dans la coupe dorée de sa mère ^ et non dans une tasse de bois. Qui ,peut dormir d'un profond sommeil avale ce cordial, et.il n'importe que ce soit sur un lit mollet ou sur le plancher. C'est le sommeil qui est la seule chose nécessaire.
IȣS ENFANTS. i\Z