‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 3 sur 144 · DU TRADUCTEUR. IX · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. IX

le bonheur et la prospérité d'une nation en dépen* dent extrêmement, je souhaiterais que chacun prît à cœur cette affaire; et qu après avoir examiné et distingué soigneusement la part que le. caprice, la' coutume ou la raison y peuvent avoir, on s'appliquât à mettre en usage la méthode qui, dans les dif* férentes conditions des^hommes, serait la plus facile, la «plus courte et la plus propre pour en faire* des gens vertueux , utiles à la société et habiles , chacun dans sa profession. Mais on devrait sur-tout prendre soin de l'éducation des jeunes gens de bonne maison; car si les personnes de ce rang sont une fois bien élevées, elles mettront bientôt tout le reste dans Tordre. Voilà ce qui m'a engagé à composer ce petit ouvrage.» •

Il serait inutile d'ajouter de nouvelles réflexions à celles >de M. Locke, pour montrer qu'il est d'une absokie nécessité de bien élever les enfants, et que c'est une affaire fort délicate. Tout homme qui pense en est parfaitement convaincu*

Je ne m ^étendrai pas non plus à faire voir, en détail, que cet ouvrage est fort propre à diriger ceux qui s'appliquent à l'éducation des enfants ; que la plupart des maximes qu'on y étale n'ont rien de trop abstrait; qu'elles sont claires, exactes, et faciles à pratiquer. L'estime où est le livre de M* Locke depuis qu'il est public , et l'usage qu'on a déjà fait des règles *^'il y propose, me dispensent de ce travail.

Après avoir remarqué, dans la préfaee qui est audevant delà première édition française , que M. Locke

X , PRIÉFACE

confirme quelquefois ses pensées par des exemples familiers, j'ajouterai que presque tout ce qu'il a avancé dans cet ouvrage pourrait être aisément justifié par des expériences incontestables: Je donnerai pour exem* pie ce que M. Locke dit(i) contt^ la coutume établie dans presque tous les pays de l'Europe, de donner des habits trop étroits aux enfants. Il prouve par de l>onnes raisons que c est le vrai moyen de leur gâter la taille; et cest ce que Texpérience confirme nette» ment. Car dans les endroits où Ion s est avisé de suivre une pratique toute contraire, les enfants ont la taille très-bien faite , comme il paraît par l'exemple des Siamois qu'on n'emmaillotte point dan^ leur enfance , et qui ont tous le corps bien fait. C'est M. de la Loubère qui nous apprend cette particularité dans sa relation du royaume de Siam. Je répéterai encore ici ses paroles , qui semblent n'avoir été écrites que pour appuyer le sentiment de M. Locke sur cet article. « Les Siamois, dit<4l (2), ont le corps bien fait, ce que j'attribue principalement à ce qu'on ne les em^ maillotte pas dans leur enfance. Les soins que nous prenons de former la taille de nos enfants ne sont pas toujours si heureux que la liberté qu'ils. laissent à la nature d'achever les leurs. » On peut joindre à cet exemple celui des Lacédémoniens , le plus il«^

(i) S XH , page ao.

(a) Du royaume de Siam, t. I, p. 80 de l'édition de Hollande.

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