‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 53 sur 144 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

Ce qu'on doit faire pour inspirer la politesse

aux enfants.

Jtour parler plus particulièrement ici de ce qu'on nomme les manières qui causent si sou* vent de l'embarras aux enfants , et sur quoi de bonnes gouvernantes qui sont auprès d'eux , leur donnent tant de jolis avertissements, je crois qu'on doit les y former plutôt par des exemples que par des préceptes ; et alors, si l'on a soin de les éloigner des mauvaises compagnies, ils feront gloire de prendre les manières agréables et polies qu'ils remarqueront dans d'autres personnes , voyant qu'ils s'attireront par-là l'estime et l'approbation de tout le monde. Mais si , par une petite négligence dans ce point , un jeune enfant ne lève point le chapeau , ou ne fait pas la révérence de fort bonne grâce , un maître àr I 8

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danser le ^rrigera de ce défaut, et lui fera perdre toutes ces manières simples que le bea^ monde appelle rusticité; et comme rien ne parait inspirer si fort aux enfants une honnête assurance, et par le même moyen les animer davantage à fréquenter des personnes au-dessus de leur âge , que de savoir danser ; je crois qu'il faudrait leur enseigner à danser dès qu'ils sont eh état de l'apprendre ; car , quoique la danse ne consiste que dans l'agrément extérieur des mouvements du corps, néanmoins je ne sais comment elle contribue plus qu'aucune autre chose à élever l'esprit des enfants, et à leur faire prendre une démarche noble et assurée. Du reste , je ne voudrais pas qu'on exerçât beaucoup les enfants sur toutes les vétilles et sur tous les raffinements de la civilité.

Ne vous mettez jamais en peine des fautes des enfants, dont vous savez que l'âge les corrigera infailliblement ; et par cette raison , si un enfant vient à manquer, tandis qu'il est jeune, à la pratique de ces dehors de civilité qui sont comme consacrés par la mode , quoiqu'il ait la civilité dans le cœur (car c'est là qu'il faut tâcher de l'imprimer ) , c'est la chose qui devrait le moins inquiéter ses parents et son gouverneur. Si un jeune enfant , susceptible encore de toutes sortes d'impressions , est pénétré pour

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ses parents et pour ses maîtres d'une vénération accompagnée d amour et d'estime pour leurs personnes et de la crainte de les offenser, et ^qu'en même temps il ait des sentiments de respect et de bonté pour tous les hommes , ce respect lui-même lui montrera les moyens d'exprimer ce qu'il jugera le plus propre à gagner les coeurs. Ne manquez donc pas d'eptretenir en lui des principes de bonté et d'humanité , et tâchez de les lui rendre habituels autant qu'il sera possible par la considération de la réputation , des louanges et des avantages destinés à ceux qui ^ sont dans cette disposition d'esprit. Quand ces principes auronj une fois pris racine dans son cœur, et qu'ils y seront établis par une pratique fixe et constante , soyez assuré qu'il attrapera bientôt toutes ces manières fines et polies qui font Fornement des conversations, si, lorsque vous le retirerez des mains des femmes , vous le mettez entre celles d'un gouverneur qui ait de la politesse. Pendant que les enfants sont jeunes, il faut leur souffrir ces petites négligences , qui ne sont suivies d'aucune marque d'orgueil ou de mauvais naturel ; mais lorsque ces vices paraissent dans quelqu'une de leurs actions , il faut les en corriger d'abord par les moyens que nous avons indiqués. Du reste , on prendrait fort mal ma pensée ^

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les corrections imaginables seront incapables de les polir.' Sur quoi vous devez tenir pour une vérité constante, que quelques instructions que vous donniez à vos enfants, quelques maîtres que vous mettiez auprès d'eux^ rien naura tant d^ influence sur leurs actions que la compagnie qù! ils fréquenteront. Les enfants (et même les hommes) agissent beaucoup par imitation. Yrais caméléons tous tant que nous sommes , les choses qui iious environnent font toujours quelque impression sur nous; il ne faut donc pas trouver cela étrange dans les enfants, qui so^t bien plus frappés de ce qu'ils voient que de ce qu'ils entendent.

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