‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 52 sur 144 · LXVIII · texte numérisé non relu

LXVIII

Il faut Jaire pratiquer aux enfants ce quon

veut leur rendre naturel.

Cette méthode d'instruire les enfents , non par quelques règles confiées à leur mémoire , mais en leur faisant répéter plusieurs fois une tnéme action sous les yeux et la direction de leur gouverneur, jusqu'à ce qu'ils aient acquis l'habitude de la faire comme il faut, est d'une si grande

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importance y d€ ^lUdqua* côté^i c}u'on la .oônsi* dère, que je! ne Saurais assez m'étonuer qu'elle ait tété si fort négligée, si Tari pouvait s^étoimer d'une' cho^,y quelque mauvaise qu!dle soit^ lorsqu^elW a été une fois consacrée par k cOutume.

A tout ce que j'ai- dit pour faire valoir une métbode si raisonnable ^ j'ajouterai encore une réflexion qui me) Vient <^^ésentement' dans Tes-^ prit:<c'^t qu'on Verra par-là si ce: qu\>n exige d'un enfant est à sa portée , et proportionné en. quelque mitmèrè à .son génie età^sacom* plaxicjn:: oar c'esttlà encore, un point à fconsi* dérerridains.'Une éducation 'Uietijcéglée.. Il ne faut pa0* prétendre < que çatisciiiner le i naturel * des en£»ntS)on'pui$l$e ohajal^er tou*-à-fait ieur tempérebuent^ rendre gai ; fi9i exemple , celui qiii est naturellement grave et posé, ou mélancolie que celui qui est d'un /naturel vif et enjoué. Dieu a imprimé dans l'esprit des hommes certàms caractères qiii, peut-être comme les défauts de leur taille, peuvent être un peu redressés, mai») qu'on ne saurait, guère" djainger- en d'autteUf tout ^çootraires. .

. ' Quiconque donc prend soin: de l'éducation des ^vifants j devrait ^udier leur naturel et hw «itipacitév voir ' par de^fr^uentes expériences i^ueUe. est leur inclinatito dominante , iquelks

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impressions, ils. reçoivent le plus jçti^ém^nt , ce qui leur sied le mi^ux ; observer quelle est l'étejûdue naturelle de leur esprits, coo^ment on peutl'dvigipentér,. et à, quoi elle? peut .4treQipployée ; icopsidërer ce'qui leur ras^nque^j^'ils sput capables, de Facquérit à forçt^ d'application y de se le rendre naturel par ]a pratique , et si la chose vaut la peine d'être tentée :;.car eoi bien des rencontres tout ce que, noti^ poui'5ô«s^laia:e ^ ou .que nous devrions nous prapo^èCy c'est de tirer- le meilleur papti qu'il .e§t possible de ce que la nature a mis dans les enfantsr,rde prévenir les. yices et les, défauts .auxquels tel -ou tel tempérament est le plus, enclin.^ et, .de lui procurer tous les • avantages qu'il eafe capable de. recevoir. On devrait i, dis-je , porter le géni^ rra-r turel de chaque enfant aussi loin qu'il peut alleç. Maisjentreprendua de Joindre (à.^elui qu'il a déjà, un autre it^ut. différent;^. iî'èatipwdre.isa peine. Tbut ce quui^t ainsi. plâtré viijie. saurait faire tQuti^U plUsjqu'uniâ fort méchante figujire^ CM) y verra tou)our$f>Qet âir choquant que la conr trainte et l'af&otaitioh -ne '.manquent /junais dé produire. / • ' j

iill';est bâen vrai que i l'afiectation h'est ni un défaut à quoi les. enfants soient d'abcxrdi sujets^ ni . u£ke iptoduetion de la :simple nalurè abandcin-* née à elle-même ; c'pst une sorte de plante^ qtii

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ne croît point dans des lieux sauvages, mais dans des terres cultivées par un laboureur négligent , ou maladroit ; il faut des soins , de l'instruction , et une certaine rfonviction intérieure que nous avons besoin d'être façonnés , pour être rendus capables d'affectation : c'est un vice dont le propre est de s*étudier à redresser des défauts naturels , et de se proposer toujours le but louable de plaire , quoiqrfil ne l'attrape jamais, s'éloignant d'autant plus de Tair agréable, qu'il tâche le plus de l'acquérir. On doit donc le prévenir avec d'autant plus de soin , que c'est un défaut produit dans les jeunes gens par une éducation mal-en tendue , et dans lequel ils tombent assez souvent -, ou par leur faute , ou par la* mauvaise conduite de ceux qui sont auprès d'eux.

Quiconque prendra la peine d'examiner en quoi consiste cet agrément qui ne manque jamais de plaire ^ trouvera qu'il vient de la liaison naturelle qui paraît «entre les choses qu'on feitj et une certaine disposition d'esprit conforme aux circonstances du temps, des lieux, des personnes , qui ne peut manquer jamais de plaire. Nous aimotis nécessairement nne humeur douce, civile et obligeante. 'Tout le monde est charmé d'un esprit aisé y maître de lui-même et de toutes ses actions, qui, sans être ni bas

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ni rampant, est exempt de fierté et d'insolence, et n'est entaché d'aucun défaut considérable. On se plaît aussi aux actions qui partent naturellement d'un esprit si bien fait , on les regarde comme de vraies marques de cette aimable disposition intérieure ; et comme ces actions en découlent, pour ainsi dire, de source, elles sont naturelles et sans aucun mélange de contrainte. C'est en cela que consiste, à mon avis, l'agrément qui éclate dans les actions de certaines personnes, lequel donne du lustre à tout ce qu'elles font, et leur gagne le cœur de tous ceux qui les approchent, lorsque par une constance pratique , elles ont si bien réglé leur extérieur, et se sont rendu si aisées toutes ces démonstrations de respect et de civilité que la nature ou la coutume ont introduits dans la conversation, qu'elles ne paraissent point artificielles ou étudiées , mais partir naturellement d'un cœur bien fait , qui ne respire que douceur.

D'un autre côté , V affectation est une imitation grossière et forcée de ce qui doit être naturel et aisé : imitation destituée du charme qui accompagne la vraie nature, à cause de l'opposition quelle met toujours entre l'action extérieure et les mouvements intérieurs de reprit, de l'une de ces deux manières, pre-^

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mièrément; lorsque par des'âirs forcés^ oh tâche de faire paraître au-dehôrs uhe disposition d'esprit qu'on n'a pas véritablement alors ; mais de telle sorte que la contrainte qu'on se donne , éclate d'elle-même : c'est ainsi que^ les hommes affectent quelquefois de paraître tristes, gais on affables lorsqu'on effet ils né le sont point.

2® L'harmortie qui devrait être entre les actions extérieures et la disposition intérieure deTéâprit, est encore troublée par l'affectation; lorsque, sans tâcher de faire paraître une disposition d'esprit qu'on n'a pas véritablement, on exprime celle où l'on se trouve par des manières qui n'y ont aucun rapport : les gens qui pèchent de ce côté-là sont toujours gênés dans la conversation; leurs mouvements, leurs actions, leurs paroles et leurs regards , quoique destinés à témoigner du respect et de la civilité , ou bien le plaisir et la satisfaction qu'ils en reçoivent, ne sont point des signes naturels de l'une ou de l'autre de ces deux choses, mais plutôt de quelque défaut qui est en eux. Cette espèce d'affectation vient souvent en grande partie de ce qu'on songe à imiter d'autres |)et'sonnès sans distinguer ce qu'elles ont d'agréable , ou ce qui est particulier à leur caractère. Du reste, toute sorte d'affectation est choquante de quelque part qu'elle vienne , parce que nous avons une aversion na-

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tureHe pour tout» ce qui est contrefoit, et que nous méprisons ceux ^ui ne peuvent se rendre recoihmandables que par une. fausse imiftation. La simple et grèsslèrenature, abandonnée- à elle-même, vaut mieux qu'une mauvaise grâce artificielle, et que toutes ces manières' étudiées de déguiser et de corrompre le naturel au lieu de le corriger. S'il y a quelque défaut dans nos manières, ou qu'il nous manque quelque perfection pour avoir toute la politesse possible , tout cela échappe bien souvent aux yeux et à la censure des hommes ; mais par-tout où l'affectation paraît , elle éclaire nos défauts , les expose infailliblement au jour, et ne manque jamais de nous faire regarder comme des gens privés de sens et de sincérité. Un gouverneur doit donc prendre d'autant plus de soin de prévenir ce défaut , qu'il n'est jamais naturel , mais produit , comme j'ai déjà remarqué, par une éducation malentendue : car il ne se trouve guère que dans des gens qui se piquent d'être bien élevés, et qui seraient fort fâchés qu'on crût qu'ils ignorent les règles et les bienséances que les personnes bien nées observent en conversation. C'est d'ailleurs un mal qui vient fort souvent , si je ne me trompe, de ce qu*un gouverneur en avertit mollement son élève , se contentant de lui donner des règles , et de lui proposer des exemples

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sans joindre la pratique à ses instructions , c'està-dire, sans exiger qu'il refasse eq sa présence Faction où il a paru s'éloigner de la nature^ en corrigeant e£Fectivement ce qu'elle a de malséant on de forcé ; et cela jusqu'à ce qu'il ait acquis l'habitude de la faire sans contrainte et de bonne grâce.

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