CXLIII
Il faut inspirer la prudence aux enfants autant que leur âge en est capable.
jLàK prudence^ que. je prends dans un sens vulgaire pour Fart de conduire ses affaires dans ce monde avec habileté et avec prévoyance; la prudence , dis-je , prise en ce sens , est tout ensemble l'effet d'une forte application d'esprit et de ^expérience, et par conséquent au-dessus de la portée des enfants. La' principale chose qu'on puisse faire pour eux à cet égard, c'est de les empêcher, autant qu'on peut, de recourir à la finesse^ qui , tâchant de contrefaire la prudence , en est pourtant fort différente ; semblable à un singe, qui, malgré la ressemblance qu'il a avec rhomme, destitué de ce qui pourrait le faire réellement honmie , n'en est que plus difforme^, La I ai
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fines&e n'est qu'un manque d^intélligence^ qui, ne pouvant aller à ses fins par des voies directes, tâche d'y parvenir par l'artifice et par la tromperie; et le mal est qu^eUe ne sert qu'une fois, et qu'elle est toujours préjudiciable dans la suite. Il n'y a point de faux prétexte qu'on puisse proposer avec assez de précaution et . d'adresse pour empêcher qu'il ne soit découvert (i). Jamais homme n'a été si fin qu'il ait pu* le cacher absolument ; et lorsque des gens sont une fois reconnus pour tels ^ chacun les fuit, chacun se défie d'eux, et tout le monde s'empresse à se liguer pour leur faire tête et pour les détruire; au contraire un homme ouvert, raisonnable et prudent, est favorisé d'un. chacun, et va directement à son but. *Gr le vrai moyen de disposer un enfant à avoir un jour de la prudence, c'ert de racooùtuniei* à avoh* de véritàtles 'notions deà- choses, et à n'être pas satisfait quil ne les ait éfFectivèment; e'est d^élovèr son estprit à de gfairidès et ndbles peWées, et dé lui inspirer de l'élôignément poui* leiiiénsohge et pour Ta finesse, compagne inséparslblé -du mèn^dngel ï^ur le reste , qui ne s'appretid ' qu'à' ftxree ^i temps ,
(i) « On peut être plus fin qu'un autre , mais non pas « plus fin que tous les antres. » Réflexions moraFes de M. de Ift'Roeheloocault:.
d'expérience et de réflexions , qu'en conversant avec les hommes, en observaiit leur tempérament et leurs desseins, il ne faut pas l'attendre d'un enfant sans' expérience et natûrelletnent imprudent, ni d'im jeune homme fougueux et inconsidéré. Tout ce<{u'ôn peut faire pendant ce tempslà, c'est, comme j'ai déjà dit, d'accoutumer les enfants à dire la vérité, à se soumettre 1i la raison , et à réfléchir , autant qu'il est possible , sur leurs propres actions.
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