LIVRE II, CHAPITRE VIII. a
cune liaison concevable. De là vient que nous avons tant de penchant à nous figurer que ce sont des ressemblances de quelque chose qui existe réellement dan^ les objets mêmes : parce que les s^ns ne nous montrent pas que. la gros^ seur , la figure , ou le mouvement des parties , contribuent en rien à leur production ; et que d'ailleurs la raison' ne peut faire voir comment les corps peuvent produire dans l'esprit les idées du bleu, ou du jaune, etc., par le moyen de la grosseur , figure et mouvement de leurs parties. Au contraire, dans l'autre cas , je veux dire, dans les opérations des corps dont les qualités se changent ou s'altèrent réciproquement, nous voyons clairement que la qualité produite par ce changement, n'a ordinairement aucune ressemblance avec^quoi que ce soit qui existe dans le corps qui a produit cette nouvelle qualités G'est pourquoi nous la regardons comme un pur effet de la puissance qu'un corps a sur un autre corps. Car, bien qu'en recevant du soleil l'idée de la chaleur, ou de la lumière, nous soyons portés à croire que c'est une perception et une ressemblance d'une pareille qualité qui existe dans le soleil ; cependant , lorsque nous voyons que la cire, ou un beau visage reçoivent du soleil un changement de couleur, nous ne saurions nous figurer que ce soit une émanation ,
aS6 D£ l'entejidxiiient humaik.
ou ressemblance d'ut^e pareille chose qui soit actuellement dans le soleil, parce que nous ne trouvons point? ces dififérentesi couleurs dans le soleil même. Comme nos sens sont capables de remarquer la ressemblance ou la dissemblance des qualités sensibles^ qui saaft dans deu& différents objets extérieurs , nous ne faisoo3 pas diffî* culte dé conclure , que la production de quelque qualité sensible dans un sujçt n'est que Teffet d'une certaine puissance , et non la communication d'une qualité qui existe réellement dans celui qui k produit, quand nous n'y trouvons point une telle qualité sensible^ M^ lorsque nos sens ne nous font découvrir aucune dîssem^ blanee entre l'idée qui est produite en nous et la qualité de l'objet qui la produit , nou^ sommes portés à croire que nos idées sAnt des ressemblances de quelque chose qui existe dans les objets 9 et non les effets d'une certaine puiçsance^ qui consiste dans la modificatk;>n de leurs qua* lités premières, avec desquelles les idées pro^ duites en nous n'ont aucune ressemblance.