LIVRE II, CHAPITRE XIII. - Sgî
sorte qu'on dît l'espace a de Vexpansion et le corps est étendu. Mais en ce poidt, chacun est maître d'en user comme il lui plaira. Je ne propose ceci que comfne un moyen de s'exprimer plus clairement et plus distinctement.
Les hommes diffèrent peu entre eux sur les idées simples qu^ils conçois^ent clairement.
Pour moi, je m'imagine que dans cette occasion, aussi-bien que dans plusieurs autres, toute la dispute serait bientôt terminée , si nous avions une connaissance précise et distincte de la signification des termes dont nous nous servons. Car je suis porté à croire que ceux qui viennent à réfléchir sur leurs propres pensées, trouvent qu'en général leurs idées simples convieniient entre elles, quoique, dans les discours qu'ils ont ensemble , ils les confondent par différents noms. Je crois que ceux qui sont accoutumés à faire des abstractions , et qui examinent bien les idées qu'ils ont dans l'esprit , ne sauraient penser fort différemment , quoique peut-être ils s'embarrassent par des mots, en s'attachant aux façons de parler des académies , ou des sectes dans les-
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quelle3 ils ont^ été élevés. Au contraire , je comprends fort bien , que les disputes ^ les criailleries et les vains galimatias doivent durer sans fin parmi les gens qui, n'étant point accoutumés à penser, ne se font point une affaire d'escaminer scrupuleusement et avec soin leurs propres idées, et ne les distinguent point d'avec les signes que les hommes emploient pour les faire connaître aux autres ; sur-tout si ce sont des savants de profession, chargés de lecture, dévoués à certaines sectes , accoutumés au langage qui y est en usage, et qui se sont fait une habitude de parler d'après les autres. Mais enfin , s'il arrivait que deux personnes sensées et judicieuses eussent des idées réellement différentes , je ne vois pas comment ils pourraient discourir ou raisonner ensemble. Au reste , ce serait prendre fort mal ma pensée, que de croire que toutes les vaines imaginations qui peuvent entrer dans le cerveau des hommes , soient précisément de cette espèce d'idées dont je parle. Il n'est pas facile à Tesprit de se débarrasser des notions confuses , et des préjugés dont il a été imbu par la coutume , par inadvertance , ou par les conversations ordinaires. 11 faut de la peine et une longue et sérieuse application pour examiner ses propres idées , jusqu'à ce qu'on les ait ré-