LIVRE I, CHAPITRE I. jn
autres parties de eet ouvrage) que les hommes peuvent acquérir toutes les connaissances qu'ils ont, par le simple usage de leurs facultés naturelles , sans le s^ecours d'aucune, impression innée; et qu'ils peuvent arriver à une entière certitude de certaines choses , sans avoir besoin d^aucune de ces notions naturelles, ou de ces principes innés. Car tout le monde , à mon avis , doit convenir sans peine qu'il serait ridicule de supposer, par exemple, que les idées des couleurs ont été imprimées dans l'ame d'une créature à qui Dieu a donné la vue et la puissance de recevoir ces idées par l'impression que les objets extérieurs feraient sur ses yeux. Il ne serait pas moins absurde d'attribuer à des impressions naturelles et à des caractères innés la connaissance que nous avons de plusieurs vérités, si nous pouvons remarquer en nousmêmes des facultés propres à nous faire connaître ces vérités avec autant de facilité et de certitude que si elles étaient originairement gravées dans notre ame.
Mais, parce qu'un simple particulier ne peut éviter d'être censuré lorsqu*il cherche la vérité par un" chemin qu'il s'est tracé lui-même, si ce chemin l'écarté le moins du monde de la route ordinaire, je proposerai les raisons qui m'ont fait douter de la vérité du sentiment
x8 i>E l'entewdement irUMAIN.
qui suppose des idées hniées dans l'esprit dte rhomme , afin qae ces raisons puissent servir à excusa mon ei»*eur, si fônt est que je sois effectivement dans retreur sur cet article; ce qiie je laisse examiner à ceux qui, comme moi-, sont disposés à recevoir la vérité par-toul^ où ils h rencontrent.
On dit que eertams principes sont reçus d'un consentement unù^&^sel i principaie raison par laquelle on. prétend prouver que ces princi^ pes sont-mskés. ,
Il n'y a pas d'opinion plus communément* reçue que celle qui établit : Qu'il ^ a de certains principes , tarît pour la spéculation que pour la pratique ( car on en compte de ces deux sortes ) , de la vérité desquels tous les hommes conviennent généralement : d'où l'on infère qu'il faut que ces principes-là soient autant d'impressions que l'ame de l'homme reçoit avec l'existence, et qu'elle apporte au monde avec elle aussi nécessairement et aussi réellement qu'aucune de ses facultés naturelles.