LIVRE I, CHAPITRE I
Ce consentèrrtent universel né prouvé rien:
Je remarque d abord que cet argument, tiré an consentement .universel , est sujet à cet inconvénient, que quand le fait serait certain, je veux dire qu'il y aurait efifectivemeut des vérités sur lesquelles tout le gçnre humain serait d'accord, ce consentement universel ne prouverait point que oes vérités fussent innées ^ si Ton pouvait montrer une autre voie par laquelle les hommes ont pu arriver à cette uniformité de * sentiment sur les choses dont ils conviennent ; ce qu'on peut fort bien faire, si je ne me trompe.
Ce qui est , est ; et , Il est impossible qu'une^ chose soit et né soit pas en mêine temps :
Deux propositions qui ne sont pas universellement reçues.
Mais ce qui est* encore pis, la raison qu'on tire du consentement imiversel pour faire voir qu'il y a des principes innés , est , ce mé semble, une preuve démoiistrative quHl n'y en \ a point de tels, parce qu'il n*y eii a effectivement aucun sur lequel tous les hommes
s'accordent généralement. Et pour commencer par des principes spéculatifs, en voici deux célèbres dans la démonstration , auxquels on donne préférablement à tout autre , la qualité de'principes i^nés: Tout ce qui est y est; et, // est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en mente temps. Ces propositions ont passé si constamment pour des maximes universellement reçues qu'on trouvera, sans doute, fort étrange, que qiri que ce soit ose leur disputer ce titre. Cependant je prendrai la liberté de dire, que tant s'en faut qu'on donne un consentement général à ces deux propositions, qu'il y a une grande partie du genre humain à qui elles ne sont pas même connues.
£lles ne sont 'pas gras^ées naturellement dans Vam^y puisquelles ne sont pas connues de$ enfants y des idiots y etc.
Car premièrement, il est clair que les enfants et les idiots li'ont point la moindre idée de ces principes , et qu'ils n'y pensent en aucune manière , ce qui suffit pour détruire ce consentement universel , que toutes les vérités innées doivent produire nécessairement. Car de dire qu'il y a des vérités imprimées dans l'ame qiic