‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 21 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE T. 3ï · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE T. 3ï

différente de ces deu^ chose)» (5) , cmnttié nous le^ verrons dans la spite; Puis dont que la: raÎBbn ne eontribuic en aucune manière à nous foire recevoir ces premiers^ principes , si ceux qui . soutiennent que les hommes les connaissent et jr donnent leur consentement dès qu^Hs viennent à faire usage de leur raison y veulent dire parlà, que l'usage de la raison nous conduit à la connaissatice de ces principes, cela est entière^ ment faux; et quand il serait véritable, il ne prouverait point que ces iHaxithes soient innées.

Quand ort commence à faire usage de la raison ^ on ne commence pas à connakre ces maxintes générales quon veut faire passer pour innée^.

Mais, lorsqu'on dit que nous connaissons ces vérités et que nous y donnons notre consentement , dès que nous venons à faire usage de la raison;' si Ton entend par -là que c'est dans ce

(5) « Fort bien : mais ce n'est pas une faculté nue, qui <c consiste dans la seule possibilité de les entendre : c'est « une disposition, une aptitude, une pf éfcrmation , qui dé- 1 tennine notre ame , qui fait que ces vérités en peuvent être* « tirées, tout comme il y a de la différence entre les figures « qu'on donne à la pierre ou au marbre indifféremment , et « eiitre celles que- ses veines marquent déjà, ou sont dispo- • s«68 à marquer, si l'on veut en profiter. >»

3l2 DE l'eICTëNDEMENT HUAIAIlf.

temps -là que Tame s'aperçoit de ces vérités, et qu'aussitôt que les enfants viennent à se servir de la raison , ils commencent aussi à connaître et à recevoir ces premiers principes , cela est encore faux et inutile. Je dis premièrement que cela est faux, parce qu'il est évident que ces sortes de maximes ne sont pas' connues à l'ame, dans le même temps qu'elle commence à faire usage de la raison ; et par conséquent qu'il n'est point vrai que le temps auquel on commence à faire usage de la raison , soit ie même que celui auquel on commence à découvrir ces maximes.

Car, je vous prie, combien.de marques de raison n'observe-t-on pas «dans les enfants , longtemps avant qu'ils aient aucune connaissance de cette maxime : Il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps? Combien y at-il de gens sans lettres et de peuples sauvages , qui , étant parvenus à l'âge de raison, passent une boûne partie de leur vie sans faire aucune réflexion à cette maxime et aux autres propositions générales de cette nature ? Je conviens que lés hommes n'arrivent point à la connaissance de ces vérités générales et abstraites qu'on croit innées , avant que de faire usage de leur raison ; mais,j'ajoute qu'ils lïe les connaissent pas même alors. Et cela , parce qu'avant .que .d^ ^^^^ usage de la raison, l'esprit n'a pas formé les idées

Page 1