LIVRE I, CHAPITRC K
générales et abstraites, d'où résultent les maximes générales qu'on prend mal à propos pour des principes innés; et parce que ces maximes sont efifectivement des connaissances et des vérités qui s'introduisent dans l'esprit par la même voie et par les mêmes degrés, que plusieurs autres prc^ositions que personne ne s'est avisé de supposer innées, comme j'espère de le faire voir dans la suite de cet ouvrage. Je reconnais donc qu'il ÙLVLt nécessairement que les hommes fassent usage de leur raison, avant que de parvenir à la connaissance de ces vérités générales : mais , encore un coup^ je nie que le temps auquel ils commencent à se servir de leur raison , soit justement celui auquel ils viennent à découvrir ces vérités.
On ne saurait les distinguer par-là de plusieurs autres vérités qu'on peut connaître dans le même temps.
Cependant , il est bon de remarquer que ce qu'on dit, que dès qu on fait usa^ de la raison j on y^tperçoit de ces maximes et qu'on y acquiesce , n'emporte dans le fond autre chose qœ ceci : savoir , qu'on ne connaît jamais ces ooaximes avant l'usage de la raison, quoique peutêtre on n'y donne un consentement actuel que
34 I>B L^EW-tEKDEMfelïT HÛlkAIir.
quelque teihps âpres , durant lé cours dé là vie; Ou rèslë, Ife' téiiips auquel ob. vient à lies cori- )îâîtré , à* les recevoir, est tout-à-lait incertain. D'bù il paraît qû^ori peut dire là même chose dé toutes ïéâl autres vérités qlii peuvent être èbhhues, aûs^î bîeki qfcie de céis inaximes générales. Et, p^t conséquent, il ne ^'ensuit point de ce qu*6n conpàît ces maximes lorsqu'on vient à faire usagé de sa raison, qu'elles aient, à cet égard , aucune prérogative qui lès distitigue dëà autres véritéà; et bien loin ^e ce soit une marque qu'elles soient innées , c'est ùtie preuve du coiïtrairè.
Quand on commencerait à les connaître dès qu^on vient à faire usage de la raison ^ cela ne prouverait point qu^ elles soient innées.
Mais , txx second' lieu , quand il serait vrai qu'on viendrait à connaître ces maximes et à y acquiescer , justement dans le temps qu'on vient à faife uàâge de la raison^ cela hé prduverait point ëiicore qu'elles soient iniiéeS. Gfe raisonnement est aussi frivole (^tie là suppositittti sur laquelle on lé fondé éist fausse. Car, paî* qu'elle règle de logîqtie peutk>n conclure qu'uiiè certaine maidme a été imprimée originàircniéiït dans l'ame aussitôt qiie l'àiiie a commencé à ékii-
XilYRE I, CHAPITRE I. 35
ter, de ce qu'on vient à s'apercevoir de cette maxime , et à l'approuver , dès qu'une certaine faculté de l'ame , qui est appliquée à toute autre chose, vient à se déjJoyer? Supposé qu'on vînt à recevoir ces maximes justement dans le temps qu'on commence' à parler (ce qui peut tout aussi bien arriver alors , que dans le temps auquel on commence à faire u^age de la raison ) , on serait tout aussi bien fondé à dire que ces maximes sont innées parce qu'on les reçoit dès qu'on commence à parler, qu'à .soutenir ^qu'elles sont innées parce que les hommes y donnent leur consentement dès qu'ils viennent à se servir de leur raison. Je conviens .donc^ avec les partisans des principes innés , que Famé n'a aucune connaissajice de ces maximes générales, évidentes par elles-mêmes, avant qu'elle commence à faire usage de la raison; mais, je nie que le temps auquel 6n commence à faire, usage de la raison , soit précisément celui auquel on commence à prendre connaissance de ces maximes; et quand cela serait^ je nie qu'il s'ensuivît de là qu'elles fussent innées. Lorsqu'on dit que les hotnmes dàhnent leur consentement à ces vérités dès quils viennent à faire usage de la raison y tout ce qu'on peut faire signifier raisonnablement à cette proposition , c'ésl que F^s* prit , venant à se former dei idées générales
36 DÏJ L'EIlTENDEMÏÎirT HTJMAIlf.
et abstraites , et à comprendre les noms généraux qui les représentent, dans* le temps que la faculté de raisonner commencé à se déployer , et tous ces matériaux se multipliant à mesure que cette faculté se perfectionne , il^arrive d'ordinaire que les enfants n^acquièrent ces idées générales et n'apprennent les noms qui servent à les exprimer,' que lorsqu'ayant exercé leur raison pendant un assez long temps sur des idées familières et plus particulières, ils sont devenus capables d'un entretien raisonnable par le commerce qulls oiit eu avec d'autres personnes. Sî on peut dire, dans un autre sens, que les hommes reçoivent ces maximes générales lorsqu'ils viennent à faire usage de leur raison,, c'est ce que f ignore; et je voudrais bien qu'on prit la peine de le faire voir, *ou du moins qu'on me montrât ( quelque sens qu'on donnô à cette proposition , celui-là ou quelque autre y comment 'on en peut inférer que ces maximes sont innées.
Par quels degrés F esprit vierU à connaître plu^
sieurs vérités.
D'abord les sens remplissent^ pour ainsi dire y notre esprit de diverses idée^ qu'il n'avait point; «t l'esprit, se rendant peu-à-pêu ces idées famis