LIVRE ïi; CHAPITRE VIII. ^ a
sion ne peut jamais ôter à un corps la solidité , retendue , la figure et la mobilité ; mais seule*' ment £siire plusieurs amas de matière, distincts et séparés de ce qui n'en cqmposait qu^un auparavant; lesquels, étant regardés dès -là comme autant de corps distincts, font un certain nombre déterminé après que la division est -finie. Ces qualités du corps qui n'en peuvent être séparées, je les nomme qualités originales et premifres , qui sont la solidité ^X étendue, hi figure, le nombre j\e mouvement ou le repos, et. qui produi^sent en nous des idées simples, comme chacun peut, à mon avis, s'en assurer par soi*méme. ^
s lo. .
Il y a, en second lieu, des qualités qui, dans les corps, ne sont effectivement autre chose que la puissance de produire diverses sensations en nous par le moyen de leurs premières qualités, c'est-à-dire par la grosseur, fiigure, contexture , et mouvement de leur^ parties insensibles , comme sont les couleurs , les .sons , les goûts, etc. Je donne à ces qualités le nom de ^econdes qualités (5o) , auxquelles on peut ajouter
\ (5o) « Je crois qu'on pourrait dire que lorsque la puisai sance est intelligible et se peut .expliquer distinctement ,
%66 , DE L'cNTJEirj)]$MS;DrT HUHA.IN.
une Iroistéme espèce, que tout le moude s'ac-* corde à ne regarder que comni^' une puissance que les corps ont de produire tels et tek ef-* fets , quoique ce soient des qualités aussi réelles dan» le sujet que celles que j'appelle qualités pour m'aoconimodeF à Tusage cmnmunéi&ent reçu, mais que je nomme secondes qualités pour les distinguer de celles qui sont réellement dans les corps et qui n'en peuvent être séparées. Car, par exemple , la puissance qui est dans le feu , de proHuire, pai^ le moyen de ses premières qualités , une nouvelle couleur ou une nouvelle consistance dans la cire ou dans la boue , est au<^ tant une qualité dans le feu, que la puissance qu'il a de produire en mdi, par les mêmes qualités , c'est-à-dire par la grosseur , la contexture et le mouvement de ses parties insensibles, une nouvelle idée ou sensation de chaleur ou de brûlure que je ne sentais pas auparavant.
Comment les premières qualités produisent des
idées, en nous.
Ce que l'on doit considérer après cela , c'est la manière dont les corps produisent dés idées en
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« elle doit être comptée f>armi les qualités premières ; maàs, «lorsqu'elle n'est que sensible et ne donne qu'une idée con- « fuse , il faudra la mettre parmi les qualités secondes. »
. X.iyR«. Il, CHAPITRE yill. 267
nous. Il est visible , du moins autant que nous pouvons le concevoir, que c'est uniquement par impulsion.
• Si donc les objets extérieurs ne s'unissent pas immédiatement à Tame. lorsqu'ils y excitent des idées , et que cependant nous apercevions ces qualités originales dans ceux de ces objets qui viennent à tomber sous nos sens, il est visible qu'il doit y avoir, dans Jes objets extérieurs, un certain mouvement qui, agissant sur certaines parties de notre corps, soit continué par le moyen des nerfs ou des esprits animaux , jusqu'au cerveau ou au siège de nos sensations, pour exciter là dans notre esprit les idées particulières que nous avons de ces premières qualités. Ainsi, puisque l'étendue, la figure, le nombre et le mouvement des corps qui sont d'une grosseur propre à frapper nos yeux^jjjjeuvent être aperçus par la vue à une certaine liistance , il est évident que certains tt^tits corps imperceptibles doivent venir de l'objet que nous regardons, jusqu'aux yeux, et par là communiquer au cerveau certains mouvements qui produisent en nous les idées que nous avons de ces différentes qualités.
268 DE L*ENTEirDEMENT HUMAÏH.
Comment les secondes qualités excitent en nous
des idées.
Nous pouvons concevoir, par même moyen, comment les idées des secondes qualités sont produites en nous, je veux dire par l'action d*e quelques particules insensibles ^r les. organes de nos sens. Car il est évident qu'il y a un grand amas de dorps dont chacun est si petit , que nous ne pouvons en découvrir, par aucun de nos sens , la grosseur , la figure et le mouve-*ment , cdmme il parait par les particules de l'air et de l'eau, et par d'autres beaucoup plus déliées que celles de l'air et de l'eau , et qui peutêtre le sont beaucoup plus que les particules de l'air ou de l'eau ne le sont en comparaison des pois , ou de quelque autre grain encore plus gros. Gela iRnt, nous sommes en droit de supposer que ces sortes de particules, différentes en mouvement, en l^ure, en grosseur et en nombre , venant à frapper les différents organes de nos sens , produisent en nous ces différentes sensations que nous causent les couleurs et les odeurs des corps; qu'une violette, par exemple, produit en nous les idées de la couleur bleuâtre et de la douce odeur de cette fleur, par l'impul-