‹ Œuvres philosophiques de LockeChapitre 28 sur 28 · DU COMTE DE SUAFTESBURY · texte numérisé non relu

DU COMTE DE SUAFTESBURY

a cipaux instruments de votre rétablissement sur « le trône, ; et je ne m'y employai c(ue par un « principe de piété et d'honneur. Jamais je ne <« trahis ( comme Votre Majesté le sait ) ni le « parti ni les conseils dont j'étais. Je n'entretins tt aucune correspondance avec Votre Majesté, ni « ne lui fis faire aucune représentation secrète. «Je ne tâchai point d'obtenir, ni n'obtins en «effet aucunes .conditions particulières pour « moi-même, ni aucune récompense pour ce que «j'avais fait^ ou que je pouvais fajre. Ûans tout « ce que je fis pour le service de Votre Majesté , « je fus uniquement animé par le sentiment de « ce que je devais à Dieu , à la nation anglaise , « et aux justes droits de Votre Majesté.

« Je reconnais la main de la Providence , qui « nous avait fait passer par diverses formes de « gouvernement , et qui avait mis le pouvoir suw p^éme entre les mains de différentes sortes de « gens; mais qui n'avait donné à aucun d'eux le « cœur d'en faire l'usage qu'ils auraient dû. Ils « ne pensèrent tous qu'à se remplir de butin ; « ils n'eurent point en vue le bien, ou le réta- « blissement assuré de la nation ; ils travaillèrent « uniquement à étendre et à conserver leur « propre autorité , et s'emparèrent de ce même « pouvoir, dont ils s'étaient si fort plaints eux- -mêmes, et à l'occasion duquel nne funeste et

. -hT.

4o4 MÉMOIRES SUR LA VIE

« sanglante guerrç s'était élevée , et avait contî* a Hué si loqg-temps, dans les entrailles de cette (c nation. Je voyais que les conducteurs des pria- « cipaux partis de religion, tant laïques . qu'ec* ecclésiastiques, étaient tout prêts à sacrifier les c( droits et les libertés du peuple, et à introduire «un pouvoir absolu^ . pourvu que la tyrannie « fut mise entre les mains de ceux qui favori- « saient leur secte, et qu'ils pussent espérer de tf partager avec eux les avantages présents , sans « songer ^ la postérité, ni se mettre aucunement « ai peine de Tayenir* L'une des dernières scènes «de cette confusion fut, lorsque Lambert s'emc< para un matin du gouvernement , par la force « des armes, et chassa le parleipeat et le, conseil ¥ d'£tat, à 1a place desquels il érigea le Comité « de cureté, etc. »

On a vu les suites de cette usurpation , dans les Mémoire d^ M- Locke. Du reste cette not>le fermeté du comte de Shaftesbury, dans am temps q^e la cour ne prétendait pas moins que de lui faire perdre la tête, avait déjà paru lorsqu'il avait été envoyé à la Tour, en 1676, avec le duc de Buckij[^gham , le comte de Salisbury et milord Wharton , pour avoir défendu les privilèges des parlements. Une lettre qu'il envoya alors au duc d'York , et dont U reste une copie écrite de sa propre main, eu est une bonne

DU COMTE DE SâAFTESBURY. 4^5

preuve. Elle est si curieuse, par d'autres endroits, et si courte, que je crois pouvoir l'insérer ici sans craindre qu'on m'en blâme après l'avoir lue.

DU COMTE DE SHAFtESBURT AU DUC D'YORK.

c( J'avoue humblement que je n'ai jamais cru (c que ma personne ou mes principes fussent « agréables à votre Altesse Royale. Mais au temps « auquel j'ai été envoyé à la Tour, je n'avais (c nulle raison d'attendre que, dans une telle conce jecture, vous seriez mon plus violent ennemi, (c La r^utation est la chose à laquelle les grands « acteurs qui paraissent sur le théâtre de ce « monde, doivent le plus s'intéresser. Les grands « princes sont ces grands acteurs , et nulle ré- « putation ne leur est plus importante, que celle a d'être les appuis des malheureux, et les dé- <c fensleurs des anciennes lois et des droits de « leur pays. Je souhaite que ce caractère soit l'atf panage de votre Altesse Royale, et que je puisse « être un exemple qui le fasse connaître. »

Page 1