‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 150 sur 154 · TL MERE AE · texte numérisé non relu

TL MERE AE

SUR L'IMMATÉRIALITÉ DE L’AME. 335 faites générales que quand on considère et que l’on compare ensemble les puissances particulières. Or, cette comparaison n'existe que dans l’idée; et par conséquent les puissances générales ou génériques n’existant réellement dans les choses que par notre moyen, n’ont réellement ni parties ni tout, et ne peuvent, à proprement parler, point du tout entrer en considération dans la question présente. Ce n’est point le mouvement ou la figure prise en général qui est formée de mouvement et de figures, mais c’est le mouvement ou la figure numérique et individuelle d’un corps qui est formée des mouvements et des figures de ses parties. Le mode nu-

-mérique de mouvement du tout est toujours la somme des

modes numériques de mouvement des parties : le mode nu-

mérique de la figure superficielle du tout est la somme des

modes numériques de figure des côtés extérieurs de ses par-

ties superficielles : et le mode numérique de figure solide du

tout est la somme des modes numériques de figure solide de toutes les parties prises ensemble. Pareillement si la pensée pouvait inhérer dans un amas de matière, ce ne serait pas la pensée en général, mais toujours quelque pensée numérique particulière, qui serait le résultat des pensées des différentes parties.

Si vous répliquez que par puissances génériques vous n’entendez pas puissances générales ou universelles, qui n’ontpoint d'existence réelle { quoique vos expressions, quand vous mettez la figure au nombre des puissances génériques , par Opposition à toute figure particulière, ne puissent guère présenter d’autre sens que ce sens absurde); si, dis-je, vous répondez que par puissances génériques vous n’entendez pas puissances, générales, mais seulement ces sortes de puissances particulières qui sont sommes ou collections de puissances de même genre, par opposition à ces autres puissances ou qualités particulières qui ne sont pas sommes ou collections de puissances de même genre? je réponds qu'une semblable distinction ne se trouve point dans la nature, mais que toutes

336 … LETTRE ” puissances ou qualités quelconques qui inhèrent dans un amas de matière, soit du nombre de celles que vous citez comme génériques , soit du nombre de celles que vous citez comme puissances numériques, sont également de la même manière sommes ou collections de puissances de même genre. Car, si, par ce terme de même genre ou espèce, vous entendez le species specialissima, ni l’une ni l’autre sorte de qualités, ni aucuns touts dans le monde ne sont dans ce sens collections de parties de même genre, n’étant pas plus vrai que la grandeur ou mouvement que vous appelez qualités génériques d’un pied cube de matière, sont formées de grandeurs ou mouvement de pied cube, qu’il est vrai que la rondeur que vous appelez qualité numérique d’un globe, est formée de rondeurs semblables. Mais si, par le terme de même genre, lon entend, ainsi que le sens commun le requiert et que je l'ai expliqué ci-devant, le species generalior, alors les deux sortes de qualités et tous les touts imaginables sont col- Jections de parties de même genre; étant également vrai et évident que la figure ronde d’un globe, la qualité numérique est, relativement à sa surface, formée des parties de surfaces sHctRabnt et concentriquement convexes; et relativement à son contenu solide, formée de figures rondes concentriques , ou de voussures snneridununt et concentriquement convexes, qui, étant parties de toute la surface sphérique ou dé tout le contenu solide sphérique , sont respectivement du même genre qu’elle : comme il est vrai et évident que la grandeur d’un pied cube de matière, la qualité générique est formée de pouces cubes ou de toutes autres grandeurs qui, étant parties d’un pied cube , sont de même genre qu'elle. Quand vous dites : « Si l'on attache une idée générique « aux termes puissances de même genre, alors je conviens «que les puissances connues de la matière ne sont'autre « chose que les sommes des puissances de même genre; c’est « à-dire que la figure et le mouvement d’un corps (il eùt «été peut-être plus exact de dire la grandeur et le mouve-

® SUR L'IMMATÉRIALITÉ DE L’AME. DST « ment), est composée des figures et mouvements des gran- « deurs et mouvements des parties: mais si les termes « puissances de même genre sont pris numériquement, C’est: « à-dire comme puissances qui existent réellement , alors il y « a des puissances inhérentes dans des amas de matière qui « ne sont point les Sommes des puissances de même genre. « Par exemple, la rondeur d’un corps n’est point la somme « des rondeurs des parties : » votre distinction est évidemment destituée de fondement, parce que dans le même sens que la rondeur d’un corps n’est pas la somme des mêmes rondeurs des parties (car, pour ce qui est des autre rondeurs, telles que les rondeurs innombrables concentriques, et les convexités extérieures de ses petites particules externes, elle en peut être et en est toujours la somme ), dans le même sens, dis-je , que la rondeur d’un corps n’est pas la somme des mémes rondeurs des parties , dans ce sens même il est vrai aussi que la grandeur et le mouvement d’un corps ne sont point composés des mêmes grandeurs et mouvements des parties. Au contraire, dans le même sens qu’il est vrai que la grandeur et le mouvement d’un corps sont composés des grandeurs et des mouvements , non les mêmes , mais différents des parties ; dans ce même sens il est également vrai que la figure ronde numérique d’un corps, c’est-à-dire la figure ronde de sa surface, est la somme des rondeurs, par où j'entends les con— vexités ou rondeurs extérieures d ses parties superficielles ; et sa figure solide est la somme de toutes ses parties solides prises ensemble , qui, selon que je l’ai dit ci-devant, peuvent être considérées comme autant de voussures- concentriques, ou telles autres figures qui‘peuvent être parties constituantes du contenu solide d’un globe.

Et quand vous dites : « C’est une contradiction de faire le « sentiment intérieur, la somme des sentiments intérieurs « des parties, de même que c’est une contradiction de faire « consister la rondeur dans les rondeurs des parties; » quoique vous n'eussiez pas de peine à accorder que « si le

xs

338 LETTRE «sentiment intérieur était une puissance générique sem— « blable à la figure et au mouvement, elle serait pareillement « la somme et le résultat des sentiments intérieurs des diffé « rentes parties, et ainsi qu’il y aurait autant de sentiments « intérieurs distincts qu’il y a de particules de matière qui « forment l’amas, ce que vous avouez être très-absurde. » Quand vous ajoutez : « si le sentiment intérieur propre aux « hommes est un mode de quelque puissance générique de la « matière, il ne doit point être la somme des sentiments in- « térieurs des parties. » Quand vous dites : « si le sentiment « intérieur répondait à la figure et au mouvement, aux puis- « sances génériques, il serait pareïllement formé des senti- « ments intérieurs des parties. » Lorsque vous dites : « le « sentiment intérieur peut résulter de qualités qui, considé- « rées séparément, sont destituées de sentiment intérieur, de « la même manière que la rondeur est une qualité réelle « spécifiquement différente d’autres qualités destituées de «rondeur, et cependant peut être le résultat ou le composé « de pareilles qualités. » Enfin quand vous dites : « le senti- « ment intérieur n’est point un pouvoir qui réponde à la fi- «gure et au mouvement, aux puissances génériques, que « vous convenez consister seulement dans les figures et mou- « vements des parties, mais il ressemble ou répond aux modes « numériques de figures et de mouvement, » tout cela n’est dit que pour amuser votre lecteur par dés mots qui ne signifient rien. Car, premièrement, le sentiment intérieur, comme j'aurai ci-après occasion plus particulièrement de l’observer, est vraiment une puissance plus générique que la figure ou le mouvement. En effet, la figure ne renferme sous elle que des modes de figure, et le mouvement ne renferme que des modes de mouvement; mais le sentiment intérieur, comprenant sous lui tous les modes de la pensée, renferme en lui-même les idées de tous les modes de figure et les idées de tous les modes de mouvement et une infinité d’au— te idées encore. Le sentiment intérieur étant done une

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puissance générique que l’on ne saurait comparer et qui est infiniment supérieure à la figure et au mouvement, il doit être, de votre propre aveu , la somme et le résultat des sentiments intérieurs des différentes parties, et ainsi il y aurait autant de sentiments intérieurs distincts qu’il y a de particules de matière qui forment l’amas, ce que vous convenez être très-absurde. Secondement , tàächons d'imaginer que le sentiment intérieur n’est pas une puissance ou qualité générique, mais en est une numérique, telle que la rondeur, et voyons ce qu'il suivra de là. Le sentiment intérieur, en général, ne peut pas plus être conçu comme une puissance numérique que la figure en général et le mouvement en général. Mais de même que la rondeur d’un globe est une qualité numérique de ce globe individuel, aussi vous pouvez seulement dire que le sentiment intérieur individuel que je trouve en moi dañs tous les instants du temps, est un mode numérique de quelque puissance inhérente à cet amas de matière qui constitue mon cerveau : or, tout comme la rondeur indivi= duelle d’un globe n’est effectivement point formée d’un nombre de rondeurs entières semblables, de même que le nombre cent n’est point formé de centaines, ni la grandeur d’un pied cube de pieds cubes, ni aucun tout que ce soit d’un nombre de touts semblables; qu’il est cependant nécessaire qu’elle soit formée de figures qui puissent être parties de rondeurs , parties mêmes qui aient ce degré numérique particulier de courbure ou rondeur, et qu’eile ne peut pas l’être de lignes droites ni d’aucunes figures qui ne soient pas, pour ainsi dire, morceaux de rondeur ou morceaux qui n’aient pas ce degré particulier déterminé de courbure ou rondeur : aussi le sentiment intérieur individuel que je trouve en moï dans tous les instants du temps, supposé que ce soit une qualité inhérente à un amas de matière, doit être formé, si ce n’est pas d’un nombre de sentiments intérieurs absolument les mêmes, du moins de puissances qui soient de même genre que ce sentiment intérieur numérique, autant que les arcs

des cercles sont de même genre que toute la circonférence circulaire, ou que les parties des surfaces sphériquement et concentriquement convexes sont de même genre que toute la surface sphérique qui en est composée, c’est-à-dire qu’il faut qu’elle soit effectivement formée de différents sentiments intérieurs, mais toujours sentiments intérieurs seulement et non mouvements ou figures, ou toute autre chose, pas plus que la rondeur d’un cercle peut être formée de lignes droites ou de couleurs ou de sons ou de toute autre chose que de parties de rondeur circulaires; pas plus que la surface d’une sphère peut être formée d'autre chose que de petites surfaces qui aient chacune la même convexité sphérique et concentrique ; pas plus qu’une substance étendue ou solide peut être formée d’autres parties constituantes que celles qui sont ellesmêmes parties de substance étendue ou solide. Il n’est nullement vraicomme vous l’affirmez que larondeur estune nouvelle qualité d’un genre ou espèce différente de toutes les qualités componentes prises ensemble, ou qu’elle peut résulter ou être composée de qualités destituées de rondeur, puisque l'on ne peut affirmer d'aucune partie de Parc d’un cercle qu’elle est entièrement destituée de courbure comme une ligne droite l’est; et, pareillement, il n’est nullement possible que le sentiment intérieur puisse résulter de qualités qui,

prises séparément , sont destituées de toute sorte de sentiment intérieur, comme le mouvement ou la figure le sont. Il y a plus : chaque partie de la circonférence, non -seulement n’est pas entièrement destituée de rondeur, mais a réellement autant de rondeur ou de courbure , j'entends en degré, quoiqu’elle n’en ait pas autant en quantité, que tout le cercle lui-même en a, par la même raison qu’un cercle a autant de rondeur que vingt, ou qu’un pouce cube d’eau bouillante a autant de chaleur en degré que vingt, ou qu'un pied carré de surface blanche a autant de blancheur que vingt; et, par conséquent, le sentiment intérieur, si c’étaitune qualité qui répondit ou pût être comparée à la rondeur d’un

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cercle, devrait de même être composé de parties qui auraient chacune autant de sentiment intérieur en degré que le tout.

Les mêmes principes serviraient aisément à montrer l’absurdité de tout ce que vous avez encore avancé d’après votre exemple favori de la rondeur.

Vous dites que l’argument tiré de ce que le sentiment inté— rieur n’est pas formé de différents sentiments intérieurs ne conclut pas plus contre la possibilité que le sentiment intérieur réside dans un amas de matière, quele même argument conclurait contre la possibilité de l'existence de la rondeur dans un corps , qui n’est pas plus formée de différentes rondeurs, que la pensée ou le sentiment intérieur est formé de différents sentiments intérieurs , et qui diffère aussi spécifiquement des autres figures que le sentiment intérieur diffère d’un mouvement circulaire. Mais je crois avoir montré que les exemples ne sont pas semblables ; et que la rondeur n’est pas composée de qualités aussi différentes de la rondeur, que vous supposez que le sentiment intérieur est formé de qualités différentes du sentiment intérieur ; c’est-à-dire que la rondeur de toute la circonférence d’un cercle n’est pas aussi différente de la convexité des petits arcs dont elle est composée, ou la rondeur de tout un globe n’est pas aussi différente des petites parties sphériquement et concentriquement convexes des surfaces dont elle est composée, que le sentiment intérieur est différent d’un mouvement circulaire, ou d’un mouvement en carré, ou d’aucun mouvement en tout, ou d'aucune autre chose quelconque qui est entièrement privée de sentiment intérieur, Car la rondeur consiste uniquement en morceaux de rondeur, qui ne diffèrent d’elle spécifiquement, que dans le sens le plus borné du mot spécifiquement; ou plutôt ils ne diffèrent point du tout d’elle spécifiquement, si ce n’est en grandeur seulement, comme la partie diffère du tout; n'y ayant guère d’exactitude à dire que le nombre vingt diffère spécifiquement du nombre dix, ou que trois cent soixante degrés ou soixante degrés diffèrent spécifiquement de vingt

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