‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 19 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nécessairement qu'elles en viennent à un troisième aveu ; car il faut qu’elles avouent que quand même on mettrait l'existence et les attributs de Dieu au nombre de ces choses dont il n’est pas possible de donner de démonstration, pourvu seulement qu'on les suppose possibles et telles qu’il n’y ait point de démonstration du contraire ( comme certainement il ne saurait y en avoir), il s’ensuivra évidemment de cette supposition que toutes sortes de raisons doivent porter les hommes à vivre suivant les règles de la piété et de la vertu, et que la dépravation des mœurs, de quelque côté qu’on l'envisage et quelque hypothèse qu’on suive, est la chose du monde la plus absurde et la plus inexcusable. La consé— quence sera plus évidente et plus forte, si à la possibilité on ajoute la probabilité, et si on suppose ces doctrines plus approchantes de la vérité que de la fausseté.

Après ces réflexions préliminaires auxquelles tout athée, j'entends celui qui fait profession d'examiner les choses et de . les peser à la balance de la raison, doit nécessairement souscrire (car pour ce qui regarde les autres, ce sont des gens, comme je l’ai déjà dit, qui ne méritent pas qu’on leur fasse l’honneur de disputer avec eux, puisqu'ils ne sont pas moins ennemis de la raison que de la religion); après ces réflexions préliminaires, dis-je, je viens au point principal que je me suis proposé , et j'entreprends de prouver à cet ordre d’incrédules qui se piquent de raisonner, que l’existence et les attributs de Dieu sont des choses non-seulement possibles ou simplement probables, mais des vérités qui peuvent être démontrées par les principes les plus incontestables de la droite raison, d’une manière à convaincre tout esprit libre de préjugés. Or, puisque les personnes à qui j’ai affaire rejettent la révélation et ne veulent reconnaître d’autre tribunal que celui de la raison, je serai obligé de mettre à quartier tous les témoignages de l’Écriture , toutes les autorités et tous les arguments populaires dont on se sert ordinairement, pour me renfermer dans les bornes étroites

et sévères de l'argumentation par les seuls principes de la raison. |

On a entrepris de prouver l'existence de Dieu et ses attributs par plusieurs arguments différents , et peut-être que la plupart de ces arguments, s'ils étaient mis dans tout leur jour et dégagés des raisonnements faux et incertains dont on les a quelquefois embarrassés, paraîtraient concluants et solides ; mais comme j'ai dessein d'éviter, autant qu’il me sera possible, toute sorte d’embarras et de confusion, je renonce dès à présent à cette diversité d'arguments , et je ne ferai usage que d’une chaîne suivie de propositions liées étroitement et nécessairement dépendantes les unes des autres, par lesquelles je démontrerai la certitude de l'existence de Dieu, et dont je déduirai ensuite l’un après l’autre les attributs essentiels de sa nature , que notre raison bornée est capable de découvrir. Il est aussi bon d’avertir que je ne me propose pas de donner à cette matière un tour plus intelligible en faveur de ceux qui croient déjà qu’il y a un Dieu; je ne travaille ici qu’à convaincre les incrédules et à leur faire voir par des raisons fortes et incontestables, qu’il n’est rien de plus mal fondé que leurs doutes. Je ne mettrai donc rien en avant dont tout le monde ne convienne , et je ne supposerai rien qui soit en dispute; je ne veux appuyer que sur des principes clairs, et que sur des propositions qui ne peuvent être niées sans renoncer à la raison sur laquelle les athées dont je parle fondent leur incrédulité. De leur côté, il faut nécessairement qu'avant toutes choses, ils consentent à mettre à quartier toutes sortes de préjugés , et principalement ceux qui viennent de l'usage trop fréquent de certains termes d'art, qui au fond ne signifient rien, et qu'ils renoncent à recevoir pour véritables certaines}maximes de philosophie qui n’ont absolument aucun sens:

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