‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 18 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

rangement de l’ünivers, rien n’est plus clair et plus incontestable que ceci : c’est que l’homme abandonné à lui-même, qui n’est ni protégé, ni conduit par un Être suprème, est dans un état plus malheureux et plus triste qu’il ne serait dans la supposition de l’existence d’un Dieu qui le gouverne et qui l’honore particulièrement de sa protection et de sa faveur. De lui-même, l’homme est entièrement incapable de faire sa propre félicité. ! «Il est en butte à plusieurs maux «qu’il ne saurait prévenir ni corriger. Il est plein de besoins «auxquels il ne trouve pas moyen de satisfaire ; il est envi- «ronné d’infirmités qu'il ne lui est pas possible d’éloigner, «et exposé à des périls contre lesquels il ne peut jamais se « précautionner suffisamment. Sans la protection et la con- « duite invisible d’un Être supérieur, l’homme n’a pas lieu « de compter le moins du monde sur aucune des choses dont «il jouit actuellement , ni de se promettre la jouissance de « quoi que ce soit qu'il espère. Il est sujet à se chagriner « de ce à quoi il ne saurait remédier en aucune manière, «et à former des désirs ardents qui, selon toutes les appa- « rences, ne seront jamais remplis. » Il est évident que l’unique consolation qui nous reste au milieu de tant de calamités si réelles, c’est la persuasion de l’existence d’un Dieu bon et sage, et les glorieuses espérances que la véritable religion nous donne. Que l'existence de Dieu donc, que ses attributs soient ou ne soient pas du nombre des choses démontrables, il est certain au moins qu'il n’y a point d'homme sage et raisonnable qui ne doive confesser que de toutes les vérités, il n'y en à point qui l’intéresse davantage , ni qu’il doive plus ardemment souhaiter de voir démontrée, que celle de l'existence d’un Être intelligent, sage, juste et bon, qui préside sur l’univers et qui le gouverne.

. * De tout ce que je viens de dire je conclus que, puisque

ceux contre qui je dispute sont contraints d’avouer que l’exis-

! V. Tircorson, Sermon Ï, sur Job, xxvur, 28, p. 85, 86, de la trad. de M. BargeyrAC, imprimée en 1718.

tence de Dieu est au moins une chose très-désirable , leurs propres principes les portent à souhaiter par-dessus toutes choses que quelqu’un les convainque de la fausseté de l’opinion qu'ils ont embrassée, et leur donne une bonne démonstration qui les persuade de la vérité du sentiment con— traire. Ils sont obligés par conséquent d'examiner avec toute l'attention, l’exactitude et l’impartialité dont ils sont capables, le poids des arguments qu’on leur propose pour prouver l'existence et les attributs de Dieu.

Je dis en second lieu que les personnes dont je parle, qui fondent leur athéisme sur le raisonnement et sur la philosophie, que l'intérêt ou la passion n’a pas rendues incrédules, sont obligées par leurs principes de reconnaître que tous ceux qui affectent de se moquer de la religion et de tourner en ridicule les arguments pris de la raison, sont les gens du monde les plus malhonnètes et les plus déraisonnables. Il est de leur intérêt de déclarer qu'ils ne veulent avoir rien de commun avec ces mauvais plaisants qui se moquent de tout, qui ne veulent entendre raison sur rien et qui refusent les moyens de s’instruire et de se défaire de leurs erreurs ; ils doivent les regarder comme des gens qui, n’ayant point de principes et refusant d'écouter la raison, ne méritent pas qu’on perde le temps à raisonner avec eux. Écouter patiemment et sans préjugé les raisons qu’on peut alléguer sur un cas proposé , est ce à quoi nous sommes obligés en équité à l'égard de toutes les vérités qui nous intéressent, de quelque nature qu’elles soient ; c’est par là qu’on découvre les erreurs de toutes les espèces; or, si telle doit être notre disposition à l'égard des moindres vérités, combien plus la devons-nous avoir dans les choses de la dernière importance!

En troisième lieu , puisque les personnes à qui ce discours s'adresse sont obligées d’avouer que la supposition de l’existence de Dieu est la chose du monde la plus désirable, et que { quand bien même elle ne serait point vraie) l'intérêt du genre humain demanderait pourtant qu’elle le fût, il faut

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