‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 35 sur 154 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

VIT Pror. Quel Être existant par lui-même doit nécessairement être | unique.

. La vérité de cette proposition se démontre facilement. L'unité de l’Être suprême est une conséquence naturelle de son existence nécessaire ; car la nécessité absolue est simple

et uniforme, et elle ne reconnaît ni différence ni variété quelle qu’elle soit, et toute différence ou variété d’existence procède nécessairement de quelque cause extérieure de qui elle dépend, à proportion qu’elle est plus ou moins efficiente. Or, il y a une contradiction manifeste à supposer deux ou plusieurs natures différentes, existantes par elles-mêmes nécessairement et indépendamment ; car chacune de ces na— tures étant indépendante de l’autre, on peut fort bien supposer que chacune d'elles existe toute seule, et il n’y aura point de contradiction à imaginer que l’autre n'existe pas ; d'où il s'ensuit. que l’une ni l’autre n’existera nécessairement *. Il n’y a donc que l’essence simple et unique de -VÊtre existant par lui-même , qui existe nécessairement, et tout ce qui est différent de cette essence ne saurait exister nécessairement, puisque l’absolue nécessité n’admet ni différence ni. norte d'existence. Qu'on multiplie tant qu’on voudra le nombre des êtres, il n° y en à qu'un $eul qui puisse être infini et exister par lui-même. S'il y en avait.un autre, il s’ensuivrait qu’il serait tout ensemble et différent du premier et individuellement le même, ce qui est absurde. Or, de là, il s’ensuit :

Premièrement, que l'unité de Dieu est une unité réelle et véritable, et non pas une unité figurative. Je parle ailleurs, en son lieu, du dogme de la Trinité. J'ai tâché en Router de faire voir que les décisions de l’Écriture sur ce dogme sont | parfaitement d’accord avec celui de l'unité de l’Être existant par lui-même, qui est le premier fondement de la religion naturelle.

Je conclus de là en second lieu qu il n’est rien de plus absurde et de plus faux que l'opinion que quelques philosophes . ont débitée, touchant deux principes différents, tous deux iniébondanté et existants par eux-mêmes, savoir : Dieu ét la matière ; Car, puisqu’exister par soi-même, c’est exister né-

* Voyez à la fin de ce Traité la rÉRqUse à la première lettre d’un gentilhomme, etc.

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cessairement, et puisqu'il y a ‘une cantradicibii expresse à imaginer deux natures différentes, existantes toutes deux nécessairement, comme nous l'avons prouvé ci-dessus, il suit évidemment qu’il est absolument impossible qu ‘il y ait deux différents principes existants par eux-mêmes, et indépendants l’un de l’autre, tels qu’on prétend que sont De et la matière. -Je conclus enfin troisièmement que l'opinion de Spinoza est lachose du monde la plus extravagante et la plus faible. Sous prétexte qu’il est absolument nécessaire que l'Être e xistant par lui-même soit unique, il conclut « que l'univers en- «tier et tout ce qu’il renferme, n’est qu’une seule substance «uniforme, éternelle, incréée et nécessaire ?. » Il aurait infiniment mieux raisonné, s’il avait conclu justement le con: traire ; car puisque toutes les choses du monde sont trèsdifférentes les unes des autres, QuisA on y remarque une variété infinie , et que bien HE qu’on y trouve le moindre caractère de AMEN elles ont au contraire des caractères bien marqués de mutabilité et de dépendance d’une volonté arbitraire , puisqu'on les voit revêtues de qualités très-diftérentes qui se rapportent à des fins très-différentes aussi ; et enfin puisqu'elles sont distinguées les unes des autres par la diversité non-seulement de leurs modes , mais aussi de leurs attributs essentiels et même de leurs substances, autant que nous en pouvons juger par la connaissance que nous en avons ; puisque, dis-je, tout cela se rencontre dans les diverses choses dont l'univers est composé, il estaisé de conclure qu’iln'y en a aucune qui existe nécessairement et par elle-même, mais qu’elles dépendent toutes d’une cause extérieure, © ’està-dire de l’Être suprême, immuable et existant par lui-même. La grande source des erreurs de Spinoza, le fondement de son opinion extravagante, sur quoi il a bâti son malheureux

1 « Una substantia non potest produci ab alia. x Spin, Ethic., Dr I, Prop. VI.

« Ad naturam substantiæ pertinet existere. » 1d., Prop. VII. « Præter Deum nulla dari , neque concipi potest substantia. » Prop. XIV, ibid.

sh DE L'EXISTENCE DE DIEU.

système, c'est sa définition absurde de la substance. « J’en-’ Ctends par substance, dit-il, ce qui est en soi et qui est conçu « par .Soi-même, eaie: ce dont la conception n’a pas ‘ «besoin de la conception d’une autre chose dont elle doive «être formée !. » Ou cette définition de Spinoza est fausse * et n’a point de sens, auquel cas tout son système dont elle est le fondement, tombe nécessairement en ruine, ou, si elle signifie quelque chose et qu’elle soit vraie, il s'ensuit que ni la matière, ni l'esprit, ni aucun être fini, quel qu’il puisse être, ne peut être en ce sens, à parler proprement, une substance, comme on l’a fait voir ci-dessus ; il n’y aura que (le 6 y) l'Être existant par lui-même, à qui le nom de substance puisse convenir en ce sens-là. Or, cela étant ainsi, voilà Spinoza déchu de sa grande prétention qui est de nous persuader qu’il n’y à dans l'univers ni liberté ni puissance, et que chaque chose est précisément: ce qu’elle est par une absolue nécessité ?, sans qu’il soit possible qu’elle soit autrement. Quand donc on lui passérait sa définition de la substance , il n’y gagnérait rien par rapport à son but principal qui est d'établir l’absolue nécessité de toutes choses ; car, puisque suivant sa propre définition, ni la matière ni Fes prit, ni aucun être infini ne peut être une substance, mais seulement un mode de la substance, comment fera-t-il pour prouver que la substance existant par elle-même, ces modes doivent pareïllement exister par eux-mêmes? «C’est, dit-il, «qu’une cause infinie ® doit nécessairement produire des ef-

«Per substantiam intelligo id, quod in se est, et per se concipitur, . hoc est, cujus conceptus non indiget conceptu alterius rei, a quo formari debeat.» Ce qu'il explique plus bas en disant : « Âd naturam subslantiæ perlinet existere; hoc est, ipsius essentia involvit necessario existentiam. » Spin., Eth., Pars I, Prop. VIE.

? « Res nullo älio modo , neque alio ordine , a Deo potuerunt produci, quam productæ sunt. » Ip , ibid., Prop. XXXIIT.

3 « Ex necessitate divinæ naturæ infinita infinitis modis (hoc est omnia quæ sub intellectum infinitum (es Me se va debent. » Ibid, Fope XVI,

(ei CHAPPB ER | 55 «fets infinis. » Fort bien ! mais c’est en supposant que cette . cause infinie existante par elle-même, n est pas un agent qui agisse librement et volontairement, mais un agent poussé à agir par une aveugle et absolue nécessité. Or c’est là supposer ce qui est en question. Il ne faut pas dissimuler qu'il allègue quelques raisons pour prouver sa supposition ; mais

ce n’est pas ici le ‘lieu de les examiner : nous le sp plus à propos dans la suite. 7.

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