CHAPITRE XIIL
Or, un Être infiniment sage, parfaitement bon et seul suffisant à soi-même, est, comme chacun voit, entièrement à l'abri de toutes ces choses , et par conséquent il est impossible qu'il trompe ‘, ni qu’il soit trompé. En un mot, tout ce qu'il y a de maux et d’imperfections dans le monde est le fruit ou d’un entendement dont les lumières sont courtes, ou du manque de pouvoir, et souvent aussi du défaut de la volonté. C’est°à l'impuissance et à la dépravation que ce défaut de la volonté doit évidemment son origine, puisqu'il ne consiste qu'à agir par choix et avec connaissance de cause contre les lumières de la raison et contre la nature des choses. Or, puisqu'il est manifeste que la cause suprême ou l’auteur de toutes choses , doit être infiniment au-dessus de toutes ces faiblesses, 1l est incontestable aussi que ce doit être nécessairement, «un Être infini en bonté, en vérité, en justice, et en toutes les autres perfections Re »
dJe ne sache qu’une seule objection qu’on puisse faire contre cet argument a priori. On peut dire a posteriori que l’expérience semble le démentir, puisqu'on remarque une grande inégalité dans la distribution des biens et des maux de la vie, et que cette inégalité se trouve fort souvent à l'avantage des méchants. Je laisse à part les réflexions judicieuses que Plutarque et les autres auteurs païens ont faites sur cette conduite de la Providence, et les raisons qu’ils en ont données pour faire l’apologie de la bonté et de la sagesse de Dieu, en se renfermant même dans la vie présente, sans porter leurs vues au delà; et je me contenterai de dire ici que cette objection est tout à fait hors de propos ; car lorsqu’il s’agit de juger de la sagesse et de la bonté, je ne dis pas de Dieu seulement, mais de quelque gouverneur que ce soit, il ne faut pas s'arrêter à la considération de quelque
1 OÙx écris 00 évexa &y Osds Vevdoiro. — Komidû Apa © Oeds &m)doùy pat à )n0ës, Ev Te épyo xai êv Adyo. Kai adrès pebioTarar, oùre &)dous Ebarata ; OÙTE ATX PAYTAGRS » oÙTE xaTù }oyous, oÙre 24Tù cnpelory rourès, 000 Ürap oùd ôvap. PLar., de Repub., lib, IL, sub finem.
action détachée ou de quelque événement particulier ; il faut faire attention en gros à toute sa conduite, et juger sur ce pied-là de sa sagesse et de sa bonté. Si à cela on ajoute la considération de la courte durée de cette vie, et qu’on mette de plus en ligne ce compte et fout ce qui est passé, et tout ce qui est encore à venir , les difficultés s’évanouissent, et l'objection dont je viens de parler perd toute sa force.
De ce que je viens de dire sur les attributs moraux de Dieu je tire les conséquences suivantes. La première, qu’encore que toutes les actions de Dieu soient parfaitement libres, et que par conséquent il soit faux de dire que l’exercice de ses attributs moraux est nécessaire, dans le sens . qu'on donne au terme de nécessaire lorsqu'on dit que l’existence en Dieu et son éternité sont des choses nécessaires, il est pourtant très-vrai que ces attributs moraux sont réellement nécessaires, d’une nécessité qui, quoique fort compatible avec la liberté , ne laisse pas pour cela d’être certaine et infaillible , tellement qu'on peut compter sur elle tout comme sur l’existence même et sur l'éternité de Dieu. J'ai déjà prouvé fort au long, dans ma neuvième proposition, que Dieu agit toujours volontairement et sans contrainte, qu’il a toujours en agissant des vues particulières, qu’il sait parfaitement qu’il fait bien et qu’il a intention de bien faire, qu'il M est porté librement et par choix, sans y être obligé par au: cune loi que celle que sa propre bonté lui impose , sa bonté, dis-je, qui le porte à se communiquer lui-même à ses créatures et à leur faire du bien. J'ai fait voir aussi que la nature divine étant parfaitement libre, elle ne reconnaît d’autre nécessité que celle qui est compatible avec sa liberté ; ce qui, pour le dire en passant, est le fondement de nos prières et de nos actions de grâces, et la raison qui fait que nous supplions Dieu de nous être bon et miséricordieux, et que nous le remercions des témoignages qu’il nous donne de sa justice et de sa bénignité, pendant que personne ne s'avise de le prier d’être présent partout, et de le remercier