CHAPITRE XIIL
naissance que les êtres intelligents ont des relations naturelles et nécessaires des choses, qu’ils règlent constamment toutes leurs actions, à moins que quelque intérêt particulier, ou quelque passion dominante ne vienne à la traverse séduire la volonté et l’entrainer dans le déréglement : et c’est ici , pour le dire en passant, que je trouve le vrai fondement de toute la morale. Après ces éclaircissements, je dis que l’Auteur de toutes choses étant ( comme je l’ai déjà prouvé), infiniment intelligent et parfaitement sage, il est clair qu'il est absolument impossible qu’il puisse se tromper en rien, ni qu’il puisse ignorer les véritables relations, les véritables convenances des choses; ni que rien au monde soit capable de lui en imposer sur cet article. Je dis, outre cela, qu’étant aussi un Être existant par lui-même, absolument indépendant et infiniment puissant, il n’a besoin d'aucune chose que ce soit, de sorte que, comme il est impossible que rien fasse pencher sa volonté du mauvais côté, il est de même impossible qu'aucune force supérieure mette des bornes à sa puis: sance. Il suit donc évidemment de ces principes, que l’Ëtre suprême doit toujours faire ce qu’il connait être le meilleur, c'est-à-dire qu’il doit toujours agir conformément aux règles les plus sévères de la bonté, de la vérité, de la justice et des autres perfections morales. C’est une affaire de nécessité, à prendre ce terme, non, pas dans le sens des fatalistes, pour une nécessité aveugle et absolue, mais pour une nécessité morale, dont j'ai fait voir ci-dessus l'entière compatibilité avec la liberté la plus parfaite. Pour descendre maintenant dans le détail, je dis premièrement que l’Être suprême doit être infiniment bon : c’est-à-dire qu’il doit avoir une disposition invariable à distribuer le bien et à faire des heureux. Seul suffisant à soi-même, et n’ayant besoin pour être heureux que de la jouissance éternelle de ses perfections infinies, il est clair que le seul motif qui l’a porté à créer des êtres ; c’est afin d’avoir des sujets à qui il püt faire part de ses perfections , suivant leurs différentes capacités, prove-
nantes de la diversité des natures qu’une sagesse infinie a dû produire, et suivant l'usage qu’ils feraient de leur liberté, cette faculté éminente qui entre nécessairement dans la constitution des créatures intelligentes et actives. Je prouve encore qu'il est infiniment bon, par la raison qu’il est seul suffisant à soi-même; car étant nécessairement tel, il est évident qu’il doit être infiniment au-dessus de la malice, de l'envie, et de toutes les autres causes possibles de tentation au mal, qui tirent toutes, comme chacun sait, leur origine de l'indigence, de la faiblesse, de l’imperfection ou de la dépravation. Je poursuis et je dis que la Cause suprême, l’Auteur de toutes choses, doit être aussi infiniment juste; car la règle de l'équité, n’étant autre que la nature même des choses et les relations nécessaires qu’elles ont entre elles ; et l'exercice de la justice consistant uniquement dans l’application des différentes circonstances des choses aux différentes qualifications des personnes, conformément à cette convenance originale dont j'ai déjà parlé, et que j'ai déjà prouvé être antécédente à toute volonté positive et à tout précepte positif, tout cela, dis-je, étant tel, il est évident qu'un être à qui cette règle d'équité est parfaitement connue, qui juge toujours sainement des choses, qui, avec une connaissance parfaite de la justice, a tout le pouvoir nécessaire pour l’exercer, qui n’en peut être détourné le moins du monde par aucune tentation possible, sur lequel enfin, ni la fraude, ni la corruption-, ni la crainte ne sauraient avoir aucune prise, il est, dis-je, évident qu’un être tel que je viens de le dépeindre doit nécessairement faire toujours ce qui est droit, sans iniquité, sans partialité, sans préjugé et sans aucun égard à apparence des personnes. Enfin je dis, qu'il est de la dernière évidence que l’Auteur de toutes choses, l'Être suprême , doit être véritable dans tout ce qu’il dit et fidèle à tout ce qu’il promet. Les sources de la tromperie sont ou la précipitation, ou l’oubli, ou l’inconstance, ou l'impuissance, ou la crainte du mal, ou l'espoir du gain.