‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 91 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

démontrer maintenant les devoirs immuables de la religion naturelle, et la certitude de la révélation céleste. J'aurai à combattre ici les vaines subtilités d’un ordre de gens vicieux et profanes, qui pour couvrir leur incrédulité d’un beau prétexte, affectent d’être partisans zélés de la raison humaine et font profession de s’attacher avec sincérité et avec diligence à la recherche de la vérité. Mais il y a tout lieu de craindre qu'ils ne sont pas ce qu’ils voudraient paraître, et que, bien loin de chercher sincèrement la vérité, ils ne cherchent au contraire qu’à excuser leurs vices et leurs débauches, en les couvrant du manteau de l’infidélité. Esclaves de leurs passions brutales , ils ne sauraient se résoudre à y renoncer ; et de là vient qu’ils font tous leurs etforts pour secouer le joug importun de la religion, dont les vérités et les maximes condamneraient leur conduite, et répandraient infailiblement de l’amertume sur tous leurs plaisirs. Je me propose donc, pour mettre la dernière main au dessein que j'ai, d'établir sur de solides fondements la vérité et Pexcellence de la religion chrétienne, et de la défendre contre les attaques de ces partisans prétendus de la raison; je me propose, dis-je, en suivant la même méthode dont je me suis servi pour démontrer l’ existence de Dieu et de ses attributs, de prouver distinctement les propositions suivantes :

I. Que les mêmes relations que différentes choses ont les unes avec les autres, nécessairement et éternellement, et que la même convenance ou non-convenance de l'application de certaines choses à d’autres, ou de certaines relations à d’autres , suivant laquelle nous concevons que la volonté de Dieu se détermine toujours et nécessairement à agir selon les règles de la justice, de la bonté et de la vérité, et cela pour le bien de l'univers, que ces mêmes choses, dis-je, doivent aussi déterminer toujours la volonté des êtres rai sonnables subordonnés, les porter à conformer toutes leurs actions à ces règles, en vue de procurer, autant qu’il est en eux, le bien public, chacun dans la situation particulière

dans laquelle il se trouve. C'est-à-dire que de ces différentes relations que les choses ont-entre elles, nécessairement et éternellement, il résulte qu’il est convenable et raisonnable que les créatures agissent d’une manière plutôt que d'une autre, et qu’elles sont obligées à la pratique de certains ob , indépendamment d'aucune volonté positive, ou d'aucun commandement de Dieu, comme aussi antécédemment à toute espérance de profite de récompense , et à toute crainte de dommage personnel et de punition , soit pour le présent , soit pour l’avenir; soit que ces récompenses et ces peines suivent naturellement de la pratique ou de la négligence de ces devoirs, ou qu’elles y aient été attachées en vertu d’un règlement positif.

IT. Qu’encoré que tous les êtres raisonnables soient obligés d'observer ces devoirs éternels de la morale, même indépendamment de la volonté positive de Dieu et antécédemment au commandement qu’il en a fait, il y a une considération pourtant qui redouble lobligation indispensable qui leur est imposée de les pratiquer. C’est que Dieu étant né: cessairement juste et bon dans l'exercice de cette puissance infinie, qu'il déploie dans le gouvernement de Funivers, il ne peut s'empêcher d'exiger positivement que toutes les créatures raisonnables soient pareillement justes et bonnes à proportion des facultés qu’il leur a données, et des cireon— stances différentes dans lesquelles il les a placées : le tout fondé sur la nature des choses, sur les perfections de Dieu, et sur plusieurs autres raisons collatérales, c'est-à-dire que ces devoirs éternels de la morale, qui de leur nature sont réellement et toujours obligatoires, le sont aussi en vertu de la volonté expresse de Dieu, et de sa loi immuable, telle: ment que toutes les créatures raisonnables les doivent observer avec toute l'exactitude dont elles sont capables, par respect pour son autorité souveraine, aussi bien qu’en con: formité à la raison naturelle des choses. à

IT. Qu’encore que toutes les créatures raisonnables soient

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