‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 92 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

indispensablement obligées d'observer les devoirs éternels de la morale, antécédemment à aucune vue de récompense ou de punition, il doit pourtant de toute nécessité y avoir des récompenses et des peines attachées à l'observation ou à l’inobservation de ces devoirs. Car les mêmes raisons qui prouvent que Dieu est nécessairement juste et bon, et que sa volonté immuable, suivant laquelle il faut que tous les êtres créés se gouvernent, est toujours conforme aux règles de la justice, de l'équité et de la bonté; ces mêmes raisons, dis-je, prouvent aussi qu’il ne peut-s’empêcher d'approuver la conduite des créatures qui l’imitent et qui lui obéissent en se conformant à ces règles, et qu'il doit, au contraire, désapprouver celles qui s’en éloignent. D’où il s'ensuit qu’il doit, de manière ou d’autre, en agir fort différemment avec elles à proportion de leur obéissance ou de leur désobéissance, et manifester son pouvoir absolu et son autorité suprême en maintenant la majesté des lois divines , et en punissant ceux qui les transgressent d’une manière qui réponde à sa qualité de juste gouverneur et d’arbitre souverain de l'univers.

IV. Qu'originairement la nature des choses et la constitution de l’univers étaient telles, que l'observation des règles éternelles de la justice et de la bonté tendait, par une conséquence directe et naturelle, à rendre toutes les créatures heureuses, et l’inobservation de ces règles, au contraire , à les rendre malheureuses ; par où la différence entre les fruits de la vertu et du vice, si raisonnable en elle-même et si nécessaire à la justification de la gloire de Dieu, était établie et mise hors de toute contestation. Mais que le genre humain se trouve maintenant dans un état où l’ordre naturel des choses de ce monde est manifestement renversé, la vertu n'ayant pas, à beaucoup près, le privilége de rendre Îles hommes heureux; ce qui vient d’une corruption grande et générale, dont l’origine nous serait à peine connue sans le secours de la révélation. Qu’ainsi, il est absolument impos-

sible de concevoir que Dieu n'ait eu d'autre vue en créant des êtres raisonnables, tels que sont les hommes, et les plaçant sur la terre, et qu'il ne se soit proposé d’autre fin que de conserver éternellement une succession d'êtres d'aussi courte durée dans ce triste état de confusion, de corruption et de désordre qu’on trouve aujourd’hui dans le monde, où les règles éternelles du bien et du mal sont si mal observées, et où la gloire de Dieu et la majesté de ses lois sont la plupart du temps foulées aux pieds à cause que les gens de bien n'y reçoivent pas la récompense qui leur est due, ni les scélérats la punition qu'ils méritent. Ce qui doit faire conclure qu’au lieu d’une succession éternelle de nouvelles générations, telles qu'elles sont aujourd’hui, il faut nécessairement qu’un jour les choses changent entièrement de face, et qu’il y ait un état à venir où les récompenses soient distribuées à qui elles sont dues, un état d’où tous les désordres et toutes les inégalités soient bannies, et où tout le système de la Providence, qui nous paraît maintenant si confus et si inexplicable à cause que nous n’en connaissons qu’une petite partie, soit mis en évidence et reconnu à tous égards digne d’une sagesse infinie, d’une justice et d’une bonté souveraine.

V. Qu’encore qu'on puisse prouver en général d’une manière démonstrative, par une chaine d'arguments clairs et incontestables, l'indispensable nécessité de tous les devoirs moraux de la religion naturelle, et la certitude d’un état à venir où se fera la distribution des peines et des récompenses : le genre humain est pourtant aujourd’hui si corrompu, la négligence, l’inattention et le manque de réflexion parmi la plupart des hommes, si grands; leurs préjugés et les fausses notions qui leur sont venues par léducation, en si grand nombre ; leurs convoitises, leurs appétits et leurs désirs naturels, si violents, et leur aveuglement produit par les opinions superstitieuses, par les mauvaises coutumes et par les pratiques vicieuses qui ont la vogue dans le monde,

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