CHAPITRE Il
Les matières de mon premier discours étaient de nature à pouvoir être démontrées ; dans celui-ci, il faudra se contenter souvent d’une certitude morale, c’est-à-dire de preuves prises des circonstances des choses, et du témoignage des personnes qui sont presque les ue dont les matières de fait soient susceptibles, et dont, par conséquent, les personnes raisonnables et de bonne foi se contentent toujours. La raison en est, que tous les principes sur lesquels les athées bâtissent, peuvent être renversés et réduits à impliquer contradiction par la force seule d’un raisonnement suivi et poussé. Mais les déistes font profession d'admettre tous les principes de la raison, et de n’en vouloir qu’aux choses dont la volonté est fondée sur le témoignage et sur les preuves de fait, dont ils croient +. tata se débarrasser facilement. |
Mais, si on examine les choses à fond, on trouvera sans peine que ce n’est pas là de quoi il s’agit; car, je suis persuadé qu'il n’y a point de déiste dans le monde, au moins dans cette partie du monde où la religion chrétienne est enseignée dans sa pureté, qui, demeurant attaché à ‘tous les principes de la droite raison, et sincèrement persuadé de la justice de tous les devoirs de la religion naturelle et de la nécessité de les pratiquer, rejette le christianisme , uniquement par la raison qu’il n’est pas convaincu pleinement des faits sur lesquels il est appuyé. Un attachement constant et sincère à toutes les lois de la raison, et à tous les devoirs de la religion naturelle, doit nécessairement conduire un homme à la profession du christianisme, pourvu qu’il examine les choses avec attention, et qu’il se fasse un devoir d’agir d’une manière conforme à ses principes. Tous ceux qui prétendent être déistes et qui n’en sont pas logés là, ne peuvent avoir aucun principe fixe et assuré ; ils ne peuvent ni argumenter, ni agir conséquemment. Il faut, de toute nécessité, qu'ils se précipitent dans l’athéisme tout pur, et par conséquent, qu’ils succombent sous le poids des arguments employés dans le
discours précédent. C'est ce que je vais faire voir clairement dans les réflexions suivantes, où je ét des différentes espèces de déistes. |
4, I y en à qui portent le nom de déistesl parce qu’ils font semblant de croire à l'existence d’un Être éternel, infini, indépendant et intelligent; et que, pour ne pas passer pour des athées épicuriens, ils attribuent, outre cela, la structure du monde à cet Être suprême. Mais, ils sont épicuriens sur la Providence; car ils se figurent que Dieu ne se mêle point du tout du gouvernement du monde, et qw’il ne fait aucune attention à ce qui s'y passe!, ni ne s’en soucie ?, Cette opinion n’est, au fond, qu'un athéisme déguisé, et quand on l’examine avec attention, on trouve qu’elle vient aboutir au pur athéisme. J'avoue que je ne vois point de contradiction à dire que Dieu, en créant l’univers, ou en donnant à quelque partie de cet univers la forme qu’elle à, aurait aussi pu, s’il eût voulu, par sa sagesse infinie, à qui rien n'échappe, et qui est infaillible dans toutes ses vues, disposer originairement les choses, et agencer tellement les ressorts et les enchaînements des causes nécessaires et sans intelligence, qu’en vertu de cet arrangement primitif, tous les effets qu’elles auraient produits se seraient trouvés dignes de la sagesse souveraine de Dieu, sans qu’il eût été
4 A Omnis enim per se Divum natura necesse est Immortali «vo summa cum pace fruatur, Semota a nostris rebus, sejunctaque longe.
Nam privata dolore omni » privata periclis, :. Jpsa suis pollens cpibus, nihil indiga nostri, Nec lente capitur neque tangitur ira. »
Lucrer., lib, 1, v, 51 et seqq.
as 204
? Tè paripuos a dpapres, obte adro mpdypara Eye, oùte Go TAPEXEL" GGTE odre à Pi » OÙTE Xdpisr ovvéyerat. Dioc. Larrr. in Vita Epicur. C'est à peu près 1 le langage de quelques philosophes modernes. Is attribuent tout à la matière et au mouvement à l'exclusion des causes , et ils parlent de Dieu comme d’une intelligentia supramundana. C’est le vrai jargon d'Épicure et de Lucrèce.