CHAPITRE Il
besoin de l'intervention de sa toute-puissance dans chaque occasion particulière. Je ne voudrais pas même nier que ce sentiment ne puisse, à force d'arguments subtils et abstraits, être concilié avec une ferme persuasion de l'existence de Dieu, et même avec une notion assez saine de la Providence. Mais, s’imaginer que Dieu après avoir créé au commencement une certaine quantité de matière et de mouvement, ne s’est point mis en peine de l’arrangement du monde, qu’il a tout laissé à l’aventure, sans vue ni direction particulière, au hasard de ce qui en arriverait, e’est une hypothèse qui est tout à fait insoutenable, et qui aboutit nécessairement au pur athéisme. Qu'il me soit permis, en attendant que je le prouve, de faire cette remarque, que les progrès qu’on a faits depuis peu dans les mathématiques et dans la physique, nous découvrent sensiblement, que cétte opinion, impie en elle-même, est pareillement fausse et absurde ; car, outre que la matière étant d'elle-même incapable de se conformer à aucune loi, il est impossible que les lois originales du mouvement subsistent, à moins qu’une puissance supérieure à la matière ne la détermine à se mouvoir conformément à ces lois : outre cela , dis-je, c’est une chose maintenant audessus de toute contestation, que les corps des plantes et des animaux, la partie la plus considérable du monde, n’ont pu être formés par la pure matière, suivant les lois générales du mouvement. Il y a plus; Car, qui ne voit que le pouvoir de gravitation, ce principe si universel, la source de presque tous les mouvements réguliers du monde matériel, qui,
comme je l’ai insinué dans le discours précédent, ‘agit, non pas à proportion de la superficie des corp S, mais à propor— tion de la quantité de leur matière solide : : qui ne voit, disje, qué ce pouvoir ne saurait être venu d'aucun mouvement imprimé originairement dans la matière, mais qu’ il doit nécessairement avoir été produit par une Cause qui pénètre la substance solide de tous les corps, et qui leur donne continuellement une force entièrement différente de celle en vertu
de laquelle la matière agit sur la matière? Ce qui, pour le dire en passant, nous fournit une démonstration évidente, et de la formation du monde par une cause intelligente, et de l’existence d’un Être suprème qui veille continuellement à sa conservation ; et nous fait voir aussi, que tous les grands mouvements qui arrivent dans l'univers sont produits par quelque substance spirituelle qui n’a pas imprimé, au commencement, dans la matière, une certaine quantité de mouvement, comme quelques-uns le prétendent, mais qui déploie son pouvoir actuellement dans toutes les parties du monde, et cela, sans discontinuation. Or, que cette puissance, par laquelle le monde est conservé et gouverné, vienne immédiatement de la cause suprême qui a créé l’Univers, ou qu’elle vienne de quelques êtres subordonnés que Dieu a établis pour avoir soin de certaines parties du monde, et pour y présider, il n'importe. De ces deux partis, quel que soit celui que l’on prenne, on aura toujours une idée grande et noble de la Providence. J'avoue que ceux qu’une vaine et fausse philosophie à jetés dans l’opinion qui attribue lPorigine et la conservation de l'univers à une certaine quantité de mouvement, imprimée originairement dans la matière sans aucun dessein déterminé, et qui laisse à ce mouvement le soin de former un monde à l’aventure; j’avoue, dis-je, que les philosophes qui ont embrassé cette Opinion, sans en apercevoir les absurdités, ne sont pas responsables de toutes les affreuses conséquences qui découlent de leur principe. Mais il est pourtant certain qu’il v.en a plusieurs qui, sous ce prétexte, ont été de véritables athées, et que l'opinion elle-même conduit, comme je l'ai déjà dit, nécessairement et par des conséquences inévitables, au pur athéisme; car, si Dieu est un Être tout-puissant, présent partout, intelligent, sage et libre, comme je l’ai démontré ci-dessus ; il est clair, qu'en tout temps et en tous lieux 1l connaît certainement tout ce qui existe, qu'il prévoit ce qu’il y a de plus sage et de meilleur à faire ‘en tout temps et en tous lieux, et qu'il a
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un pouvoir suffisant pour venir à bout, sans peine ni opposition, de tout ce qu’il trouve à propos de faire. D'où je: conclus, qu’il doit nécessairement diriger tous les événements qui arrivent dans le monde, jusqu'aux moindres ! circonstances, et faire tout immédiatement, à la réserve de ce qu'il laisse, par un pur effet de son bon plaisir, à la direction des agents libres subordonnés. Oter donc à Dieu le gouvernement du monde, et dire qu’il ne se mêle pas des affaires dici-bas, c’est lui ravir sa toute-présence, sa connaissance et sa sagesse. C'est nier, en effet, son existence, de sorte que l’hypothèse des déistes, dont je parle, n’a aucun principe fixe et suivi, et mène inévitablement au pur athéisme. Ils confessent, de bouche, qu’il v a un Dieu ?, mais ils renversent, en effet, son existence.
Diront-ils, pour se laver de l’accusation d’athéisme, qu’à la vérité Dieu gouverne par sa providence les plus grandes et les plus considérables parties de l’univers, mais que les affaires humaines ne valent pas la peine qu’il y fasse attention, et qu’elles sont trop minces et trop peu considérables pour que le souverain maître de toutes choses daigne s’en occuper ?.Mais ils ne gagneront rien par là; car si Dieu est présent partout, s’il connaît toutes choses, et s’il est infini— ment puissant, il doit connaître également toutes choses °, et gouverner les plus petites * avec autant de facilité que les plus grandes *. De sorte que ceux qui lui ôtent l'inspection
! «Quo confesso, confitendum est corum consilio mundum administrari.» Cic., de Nat. Deorum , lib, 11.
? « Epicurum verbis reliquisse deos, re substulisse. » In., ibid.
«x Deorum providentia mundus administratur, iidemque consulunt rebus humanis, neque solum universis, verum etiam singulis. » Cic., de Divin., lib. I.
AY oùdës T4 #° ày ous ein yadendy évdeiéaror TOUTOYE, GS iruuedets spurpôiy, eict Oeot, oùy ÂTToy À Ts peyéder duxpepoyruy. Pzrar., de Leg., lib. I.
? ici yap Tuves où vouitovoi etyar Ta eïa, au Touxdra cidre f 0 6yos adrà éEéonver, ayuÜ, aai Ouvauy Éyoyra Tho GxpoTéT y,
des affaires d'ici-bas, le privent de ses attributs les plus essentiels, et nient, autant vaut, son existence. J'ajoute qu'il est faux que les affaires humaines soient la partie la moins considérable de ce qui arrive dans l’univers ; car sans parler de l'excellence de la nature humaine que la religion chrétienne met dans un si beau jour, que le déiste choisisse, s’il veut, parmi les différents systèmes d'astronomie celui qui donne à l’univers la plus vaste étendue, qu'il donne l'essor à son imagination, et qu’il se le figure aussi immense qu’il lui plaira : il ne saurait disconvenir que le globe dans lequel nous sommes placés ne soit aussi considérable qu’aucun autre globe particulier; que la terre sur laquelle nous habitons ne soit tout aussi considérable qu'aucune autre des. planètes de notre globe, et que les hommes ne soient les seuls habitants considérables de la terre. Le genre humain a donc manifestement plus de droit de prétendre aux soins particuliers de la Providence que le reste des habitants de la terre. La terre elle-même y a autant de droit que le reste ‘des planètes : et, autant que nous en pouvons juger, le globe dans lequel notre terre est enchässée ne les mérite pas moins que les autres globés qui sont dans l’univers. Si donc il y a une providence, et si Dieu se mêle des affaires de l'univers, il y a toutes les raisons du monde de supposer que le genre hu= main est l’objet des soins de la Providence, autant et #8 . aucune autre partie de l’univers. è
. I ya d’autres déistes qu’on appelle ainsi parce qu is ne Fa aucune différence entre le bien et le mal moral. Îls font profession de croire l'existence de Dieu, ils reconnaissent aussi sa providence, c’est-à-dire qu'ils croient que tous les événements naturels sont l'ouvrage de la puissance
oi voi) Ta Tehetotäray. Toy péy Tor &Oporivoy xuTaÿpoyEty, ds Huxpots xui edre)@y Gvruv, xat dyubloy 7 EÉxvréiy Émuueleias. —— et dÈ roù 6ov xdopov à Oeds énipeleirar, àvayxn xUi Ths MEPÉY aoroÿ Mpooëty, Wonep xx ai ee roroÙct. Kai 152 Mad xTÀ, SIMPLIC, in Epiclelo.