‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 34 sur 100 · PvÉPONSE DE Ventura. — ' Bien qu'il ne précise pas, dans · texte numérisé non relu

PvÉPONSE DE Ventura. — ' Bien qu'il ne précise pas, dans

ce passage, sur quoi l'ordre logique doit se fonder, et que pour

cela son langage manque de la clarté si désirable et si nécessaire

dans la polémique, cependant Chastel établit en substance la

très grande différence qu'il faut mettre entre l'ordre logique et

l'ordre historique, entre la possibilité absolue et la possibilité

morale. Mais Ventura se retourne mécontent vers Chastel et

s'écrie, non sans colère: « Mais, mon Dieu! nous ne disons

(( pas autre chose ! seulement, en disant que l'homme doit

« iiécessairemefit pouvoir arriver au vrai par lui seul^ notre

« auteur établit comme certain ce qui est en question. Seule-

« ment, avec la pétulance d'un enfant, il ose affirmer que la

« méthode traditionnelle, qui, d'après l'avertissement de l'Evan-

ARTICLE V. LA POSSIBILITÉ MÉTAPHYSIQUE () i

« gile, juge de la nature de l'arbre par ses fruits^ de la puis- « sance de la raison par les faits ordinaires et universels de la « raison, est un excès aussi coîidamnable que le rationalisjne, « la grande hérésie du monde, ce rationalisme qui, sans tenir « aucun compte de l'expérience des siècles et de sa propre « expérience, prononce que la raison se suffit à elle-même. « Seulement, de la même plume avec laquelle il a tracé l'affreux c( tableau des mécomptes et des forfaits de la raison voulant « marcher seule et najayit enfanté que des erreurs et des « vices^ il ose encore accuser les traditionalistes comme s'ils « étaient des insensés, parce qu'en consultant la réalité, malgré (( la théorie et l'histoire, malgré la logique que lui-même a « consultée, ils disent que la raison voulant marcher seule « n'est propre à enfanter que des erreurs et des vices. Seu- (( lement il nous parle de ce que peuvent des esprits solides dans « des cas extraordinaires.^ tandis que la question est de savoir « oe que peuvent, pour l'ordinaire^ tous les esprits, même « les plus ordinaires. Car il s'agit de savoir ce que peut « l'homme., et non ce que peut le philosophe, comme lui, pcir « exemple

« La question dont il s'agit n'est pas de savoir ce que la « raison serait, ou pourrait être, dans des circonstances « exceptionnelles plus ou moins poétiquement imaginées; « elle est de savoir ce que la raison est dans ses opérations « constantes, universelles, ordinaires. Si vous voulez savoir, « Monsieur, ce que la raison peut absolument, nous ne nous « en soucions guère, ni le genre humain non plus. Nous « voulons savoir ce que la raison peut relativeme?ii à son « état actuel dans l'homme . . .

« La question n'est pas abstraite, mais réelle; elle n'est « pas logique, mais historique ; et c'est un résultat réel et « historique qu'il nous faut. Un résultat abstrait et logique, (c qui serait démenti par la réalité et par l'histoire des choses, « ne nous servirait à rien -, et loin d'être très important, il

(( n'importe rien, il ne vaut rien pour nous former une idée « juste de la puissance de la raison.

» En outre, toute puissance n'est jamais mieux connue que (( par son acte. C'est par les phénomènes des êtres que nous « en devinons la nature. L'homme ou le particulier, ne se « connaît que par ses œuvres : operibus crédite. Voulez- « vous savoir ce que c'est que la raison, ce que peut la raison ? « regardez à ce qu'elle fait, à ce qu'elle a toujours fait. C'est « par un procédé analytique, plutôt que par un procédé « s3'-nthétique, que vous pouvez la bien connaître. Il faut « interroger ses annales, il faut la considérer à l'œuvre, il faut « la prendre sur le fait, si on ne veut pas courir le risque de « voir toutes les observations, toutes les hypothèses psychoce logiques qu'on s'est formées à son égard, renversées par « des réalités historiques. « Ainsi parle Ventura (i).

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