CHAPITRE r. — SYSTEME D UBAGHS
fîdei, sire rationis) [v. D'où il suit que les perceptions ont pour objet les choses individuelles, ou du moins connues comme singulières et existant en des lieux et des temps déterminés. Toutefois, les perceptions ne sont pas une chose identique avec ia sensation. Bien que nous sentions vraiment nous-mêmes et les affections de notre âme, et les douleurs et les aises de la vie, cependant la sensation ne nous fait pas connaître que nousmêmes et nos affections nous soyons une chose distincte des objets, causes externes de nos sensations, ni que ces objets soient réellement distincts entre eux. Une telle connaissance nous est donnée seulement par la perception, bien que cependant, même avec la perception, nous ne parvenions point à pouvoir dire exactement ce que nous sommes, et ce que sont nos affections, par la description de leurs propriétés et la définition de leur nature ; car c'est le propre des concepts de nous faire connaître les propriétés premières des choses.
3. Division des concepts. — Les concepts ont pour objet les vérités universelles, ou du moins appréhendées comme telles, abstraction faite des déterminations de temps et de lieu, pour ne considérer presque exclusivement que les principes constitutifs ou essentiels, avec lesquels ces mêmes vérités s'offrent à notre intelligence. Les concepts, dits aussi apercepi ions et connaissances scientifiques, se divisent en purs ou formels, et en réels. Les concepts j^z/r^ ou formels comprennent les abstractions de l'esprit, ou les intelligibles les plus abstraits que l'école de Kant a nommés les catégories de l'intellect ; tels
(i)« Hanc pcrceptiouon fidei vocamus, quia praescrtim ope fidei scnnoni « pracstitae in primam hitjiis orclinis veriiatum noîittam venimus, rationis « autcm, quia hiijus gêner is perceptiones acque ac conccptioncs qiiaslibet nemo « habcre possit nisi qui rationc ittitur, et quia non sensibiis exteniis scd rationc « liabcatur. » Anthropologias philosophicae elementa, cura Gcrardi Casimiri Uhaghs, Pars Psychol. Cap. I, g i, in nota.
Il n'est pas besoin d'avertir que je fais seulement rexposition historique du système de cet auteur, et que je n'entends approuver ni toutes ses expressions ni toutes ses propositions parce que je les rapporte.
298 UBAGHS ET l'iDKOLOGIE DE S. THOMAS
sont : l'être^ l'existence, la nécessité, la contingence, la mutabilité, l'unité, la cause, l'effet^ la substance, l'accident, etc. Ces entités, de l'existence réelle desquelles on fait abstraction, sont nécessairement conçues par notre esprit comme étant les conditions essentielles de toute existence; c'est-à-dire que rien ne peut être conçu comme existant s'il n'est revêtu, pour ainsi dire, de quelqu'une de ces formes, bien que ces formes n'impliquent ni leur propre existence ni celle d\iutres êtres.
Les concepts réels nous donnent ensuite les choses comme existant réellement et définitivement ; qu'elles soient éternelles et immenses, ou bien circonscrites par le temps et l'espace. De là, la subdivision de ces concepts en inférieurs et supérieurs^ selon que leurs objets sont finis, comme les genres et les espèces, ou infinis, comme Dieu et les vérités vraiment absolues, telles que la bonté absolue, la justice absolue, la vérité absolue, qui, à proprement parler, sont les perfections absolues de Dieu, la règle et la mesure de toutes les bontés, justices et vérités relatives.
4. Les idées. — Les perceptions et les concepts sont nonseulement des actes transitoires de l'âme, mais de plus, ils ne pourraient avoir lieu s'il n'y avait dans notre esprit quelque chose d'inné et de permanent, au moyen duquel il nous est donné de percevoir et de concevoir chaque fois que l'esprit veut opérer ces actes, de les renouveler et de nous en souvenir quand il nous plaît. Ces substrata^ dirons-nous, sont précisément les /"Jc'e.9 proprement dites, qu'on nomme également idées lùrtuelles, habituelles et innées : leurs objets ne sont pas les choses individuelles ni les faits particuliers, mais les vérités universelles, ou encore, les principes généraux que nous représentons ordinairement par les mots : être, possibilité^ nécessité^ contingence, unité, bonté, vérité, substance, cause ^ etc.^ vérités qui, étant l'obje': propre des idées, sont communément désignées aussi par le mot idées.
Ces vérités universelles, ces intelligibles primitifs sont