‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 63 sur 100 · CHAPITRE I. — SYSTEME D UBAGHS · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — SYSTEME D UBAGHS

toujours présents à notre esprit depuis le premier instant de notre création ; ils constituent même essentiellement la lumière objective de notre raison. Et cependant, bien que ce soit à cette lumière que nos connaissances se développent, nous ne la percevons pas toujours, soit que l'œil de l'âme ne soit pas assez fortifié pour la contempler, soit que nous portions ailleurs notre regard ; de même qu'on n'aperçoit pas toujours la lumière ph3'sique, bien qu'elle ne cesse jamais de briller, et qu'on peut même l'éviter en fermant les 3'eux. En outre, commie la lumière physique, par laquelle nous voyons tout ce que nous voyons, ne nous est connue que quand nous avons vu beaucoup de choses visibles, ainsi nous connaissons par réflexion ces intelligibles, lumières de toutes nos connaissances, seulement après avoir connu par leur m.oyen beaucoup de vérités.

5. Développement intellectuel. — Deux conditions sont requises pour avoir les perceptions des choses corporelles et des états de notre âme : l'impression ou commotion sensible capable d'émouvoir et d'exciter l'esprit, et l'attention spontanée, provoquée par cette commotion et suffisante pour que l'esprit la remarque. La perception des vérités morales a besoin de la parole pour remplir le rôle du sensible dans la perception des choses corporelles. Les concepts se forment ensuite en réfléchissant sur les perceptions ; mais quatre conditions sont ici nécessaires: les idées, formes des concepts; les perceptions qui en sont la matière ; l'emploi des mots ou des signes; l'exercice; de la réflexion ou de la méditation, sans laquelle les autres conditions sont stériles.

D'où il suit qu'avant la formation des concepts, bien que l'esprit soit informé par les idées innées (prises dans le sens expliqué plus haut), idées qui sont les sejiiences des sciences, et de plus, bien qu'il soit actif de sa nature, toutefois la connaissance scientifique n'existe pas encore. La vitalité intellectuelle de l'âme est semblable à celle d'un œuf fécondé, ou à celle

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de Tarbre dépouillé par Thiver de ses fleurs et de ses feuilles; son regard est celui d'une personne plongée dans les plus épaisses ténèbres. Le développement intellectuel commence à se faire dans la formation des perceptions.

6. Cette théorie n'est pas nouvelle. — Tel est en abrégé le système idéologique de l'illustre professeur Ubaghs. J'ai cherché à l'exposer en employant les termes mêmes du savant auteur, et à l'expliquer par les mêmes comparaisons (i). Ce s3'Stème n'est pas nouveau : il embrasse en partie la doctrine de Leibnitz; il a des ressemblances très accusées avec l'idéologie de Kant, spécialement en ce qui concerne les catégories; enfin il a des affinités avec l'ontologisme le plus récent, tel qu'il est expliqué et défendu par les PP. Vercellone et Milone, par l'abbé Fabre, par Sans-Fiel et autres.

Je ne m'arrêterai pas à déterminer la valeur intrinsèque du système des idées innées, je veux seulement comparer les commentaires de l'érudit professeur, avec la doctrine de S. Thomas sur ces mêmes idées innées, entendues dans le sens déjà expliqué. Et afin d'éviter les longueurs, je me contenterai de tracer sommairement les principes idéologiques du saint Docteur d'Aquin.

(i) Voir l'ouvrage cité. Psychol.

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