CHAPITRE X. — RÉPONSi: A LA SECONDE DIFFICULTÉ SyS
sit auctor nostr^e naturte (i). Cette dernière partie de la proposition donne la raison de son langage et explique le vrai sens des expressions citées; elle nous remet aussi en mémoire les principes qui nous ont servi à dire pourquoi prima prmcipia simt 7iatiiraliter cognita, sunt indita naturaliter, sunt innata.
Ce principe des écoles est très connu : causa causae (necessariae) est causa cansati, d'où l'on infère que les actions produites par une nature, en tant que nature detenninata ad iimim^ s'attribuent en quelque manière à la source commune de toute nature et de toute causalité, qui est Dieu même. Or, j'ai prouvé et redit avec S. Thomas que la connaissance des premiers principes provient immédiatement de l'intellect agent: in ijitellectu possibili immédiate ab intellectu agente caiisatiir ; àonc c'est Dieu qui, a3^ant mis en nous la lumière de rintellect agent, est vraiment l'auteur et l'inspirateur de cette même connaissance : Ciim ipse Deiis sit aitctor riostrae îiaturae.
53. Théorie d'Averroès sur le magistère humain. — La théorie si justement célèbre de S. Thomas sur le magistère humain confirme amplement cet argument. Trois opinions sur la genèse de nos connaissances étaient surtout en vogue dans les écoles de l'antiquité: l'averroïsme, le platonisme et l'aristotélisme. Averroès, ne vo3^ant que son intellect séparé auquel il revenait sans cesse (l'idéalisme panthéistique de l'Allemagne le recopie en cela), rapportait l'origine de toutes nos connaissances à l'union de cet intellect avec les phantasmes de chaque individu ; d'où, pour le philosophe arabe, le magistère humain est à peu près nul, étant réduit au misérable office de disposer les phantasmes des disciples, de manière à ce que l'intellect séparé puisse s'unir à eux, et faire naître le concept de l'universel, correspondant au phantasme, concept qui, pour parler
( i) Voir le Chap II«.
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exactement, n'est pas propre à l'individu, mais bien à l'intellect séparé. S. Thomas combattit énergiquement ces aberrations d'Averroès, car ce ne sont pas des doctrines ; il montra qu'elles étaient en contradiction ouverte spécialement avec la conscience, avec la personnalité individuelle et avec le sens commun. Personne avant et depuis le saint Docteur n'a mieux terrassé ce panthéisme du moyen âge. Mais voici qu'après avoir caché dans les ténèbres pendant plusieurs siècles ses complots contre la vérité, il essaie de se montrer de nouveau au grand jour, dans le siècle dit de la restauration philosophique. Actuellement le panthéisme trône dans les écoles rationalistes de l'Allemagne, et de là, enveloppé de m3^stérieuses formules, il s'efforce de s'emparer des esprits amis de la nouveauté. A ce titre, l'éclectisme français lui a fait bon accueil.
54. Théorie de Platon. — Le platonisme réduisait aussi l'enseignement humain à bien peu de chose. Platon voulait que l'âme humaine possédât innées toutes les connaissances, dès le moment de sa création; mais leur développement, disait il, était empêché par la pesanteur du corps auquel elle est unie: par suite, le magistère d'autrui est bien encore nécessaire, il est vrai, mais seulement pour tirer l'âme de son assoupissement et pour diriger son attention sur les intelligibles préexistants dans sa mémoire-
Afin de la réfuter, S. Thomas oppose à cette -opinion sa doctrine sur la potentialité primitive de l'intellect humain.
55. Théorie thomiste. — Reste l'opinion d'Aristote, mais l'angélique Docteur l'adopte, la développe et l'amplifie de telle sorte qu'on peut bien dire qu'elle lui est propre, plutôt qu'à Aristote. La thèse qu'il entreprend de démontrer et qu'il exprime en termes généraux est celle-ci : Docens causât scientiam in addisceiite, reducendo ipsum de potentia ad actum (i).
(1) I. Qu. CXVII, Art. L La doctrine que j'expose dans ce paragraphe et les