CHAPITRE X. REPOXSi: A LA SECONDE DIFFICULTE 07D
Et comme le magistère humain est cause extrinsèque pour l'intellect du disciple, la nature même de la thèse demande qu'on établisse si et comment l'enseignement d'autrui peut causer dans l'intellect du disciple ce passage de potetitta ad actiim.
Sur quoi le saint Docteur remarque que la cause extrinsèque peut produire de deux manières dans un sujet un effet donné ; l'une a lieu quand le sujet est, de sa nature, limité à recevoir passivement l'action de la cause extrinsèque, sans pouvoir de lui-même produire l'effet qu'elle opère en lui; l'autre, au contraire, a lieu quand la cause extrinsèque détermine un effet dans un sujet qui a la puissance d'obtenir le même effet par lui-même. La matière qui ne reçoit une forme artistique que par l'action de l'artiste nous offre un exemple du premier cas; et nous trouverons un exemple du second dans la médecine qui guérit et rétablit l'équilibre de l'organisme animal, guérison et équilibre qui pourraient cependant être obtenus par les seules forces intrinsèques et vitales de l'homme, comme il arrive assez fréquemment.
S. Thomas ne veut pas que l'enseignement humain soit pris dans le sens de la première hypothèse, c'est-à-dire que l'esprit humain soit nécessairement passif comme la matière sous l'action de l'artiste. C'est pour lui un principe évident que le principe actif de la science est en chacun de nous, et que ce principe est capable par lui-même d'acquérir la science : Inest enim imicuiqiie homini qiioddam principimn scientiae^ scilicet lumen intellectiis agentis^ per qiiod cognoscimtur statim a principio îiatiiraliter quaedam iiniversalia principia om^iium scientiariim. Cum aiitem aliqiiis hiijiismodi unwersalia principia applicat ad aliqua particiilaria, quorum jJief7îoriai7i et experimentmn per sensum accipit^ per inveyitioïiem pro-
citations se trouvent dans le même article, excepté quelques autorités que j'indiquerai séparément.
376 UBAGHS ET l'iDÉOLOGIE DE SAINT THOMAS
priam acquirit scicntiam coriim, qiiae nesciebat, ex notis ad ignota procedens.
De là, l'extrinsèque magistère de l'homme est bien la cause extrinsèque de la science du disciple, mais en prenant la causalité extrinsèque dans le second sens expliqué ci-dessus ; en d'autres termes, ce magistère est comme un art qui, de sa nature, suppose l'activité intrinsèque du sujet sur lequel il opère. En de tels cas, l'art est non-seulement une imitation de la nature, comme on dit vulgairement, mais de plus il n'agit pas comme agent principal, mais bien comme agent extrinsèque, coadjuteur de l'agent principal, dont il fortifie l'intrinsèque vertu active, et à qui il fournit des aides qui le font parvenir mieux, sinon autrement, à obtenir son effet. Comme ce n'est pas le médecin qui donne la santé et en est la cause principale ( il ne pourrait pas rappeler un cadavre à la vie), mais la vertu intrinsèque et vitale qui, aidée du médecin et de remèdes salutaires, réagit contre le mal ; ainsi en est-il dans l'ordre intellectuel : l'enseignement externe 3^ agit à la manière du médecin dans la maladie.
Nous n'avons pas la science innée, mais nous allons l'acquérant, et nous l'acquérons en partant des principes pour arriver aux conclusions ; ce qui est passer des propositions générales aux propositions particulières, du connu à l'inconnu, de la puissance à l'acte. Mais ce passage est impossible si nous ne possédons point toutes prêtes les propositions particulières qui nous servent comme de médiatrices entre les principes et les conclusions, et si nous ne savons pas composer avec une rigoureuse exactitude la synthèse syllogistique, au mo3^en de laquelle l'ordre et le lien des principes avec les conclusions nous sont manifestés. Or, c'est pour faciliter ce passage que le magistère humain est ordonné; quoique en beaucoup de cas, absolument parlant, le disciple puisse le faire de lui-même. Diicit autem magister discipulum ex praecognitis in cognitioncm ignolorum ditplicitcr. Primo qiiidcm proponendo