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Plénitude des temps pour la venue du Messie

(i) Siciit non probavertmt Detim habere in notifia, tradidit illos Deus in reprobtnn sensum, iit faciant ea qiiae non conveniunt. Ainsi s'exprime S. Paul sur les anciens philosophes. Rom. 1. 28.

L'homme voulut faire l'expérience de ses propres forces dans l'ordre de la science et dans l;ordre de la vertu, mais le premier des remèdes pour guérir les présomptueux c'est de les laisser à eux-mêmes, afin que les chutes les avertissent de leur faiblesse et que, l'orgueil de l'indépendance cédant la place à la confession de leur impuissance, ils implorent assistance par une humble prière et l'acceptent avec une sincère gratitude. Ainsi Dieu a fait très sagement par rapport à l'homme, nous enseignant dès le commencement la nature de sa Providence, qui est à la fois justice (i) et miséricorde. Le genre humain suivit donc pendant de long siècles les voies qu'il s'était choisies, ne regardant plus vers le ciel d'où il était venu et où il devait retourner, mais creusant sous ses pas des abîmes de plus en plus profonds et ténébreux, si bien qu'ayant oublié ou corrompu les traditions paternelles et presque éteint la lumière de la raison, il se trouva qu'il n'était plus l'homme de la tradition et de la foi, ni même de la raison et de la science. Il éprouva donc alors le besoin d'un remède radical qui le rétablît dans sa dignité première; le peuple le sentit, les plus célèbres philosophes le proclamèrent, et la plénitude des temps étant ainsi arrivée, Dieu envoya son Fils sur la terre.

586. Préparation des peuples a la venue du Rédempteur. — D'ailleurs la condition même de la nature humaine demandait qu'elle fut graduellement préparée à ce grand avènement, afin qu'elle reçût avec plus d'amour et de vénération le Désiré des nations et qu'elle crut à ses paroles; la loi qui régit notre nature étant un mouvement progressif de l'imparfait au parfait, comme il en est de l'enfant à qui les choses moindres sont enseignées d'abord, avant qu'on ne lui ouvre les profondeurs de la science, que la faiblesse de son esprit ne pourrait

(i) Vindicat cnim primo ht anima aversa a se, exordio poenarum, ipsacaecitate. Qui cnim se avertit a liimine vero, id est, a Deo, jam raccus efficitiir. Nondum sentit poenam sedjam habet. S. Augustinus Scrm. CXVil. De vcrbis Evangelii Joannis, Cap. IV. n. 5. tin.

sonder (i). Et le genre humain corrompu par l'idolâtrie était moins qu'un enfant. De là, l'époque des Patriarches, puis de la loi écrite qui, selon S. Paul, fut comme le pédagogue qui nous a conduits au Christ (2), et enfin des Prophètes.

Deux grands peuples et deux grandes cités s'élevaient sur la terre ; le peuple de la révélation et le peuple de l'idolâtrie, la cité de Dieu et la cité des hommes (3). Et bien que ces deux peuples fussent soumis aux éléments du monde, comme S. Paul l'enseigne (4), cependant la servitude des uns et des autres était de nature différente et même opposée. Car, tandis que ces éléments matériels du culte étaient donnés au peuple hébreu comme des moyens pour leur expliquer les choses spirituelles et les élever jusqu'à Dieu, la gentilité, au contraire, adorait ces mêmes éléments, leur attribuant la vie, la puis sance et la divinité (5).

S. Augustin remarque au XVIII". Livre de la Cité de Dieu que les Prophètes précédèrent les philosophes de la gentilité. Pythagore, qui le premier prit le nom de philosophe, commença à philosopher quand la captivité du peuple de Dieu à Babylone avait déjà cessé; conséqemment nous devons a fortiori reconnaître l'antériorité des Prophètes sur tous les autres philosophes. Ainsi Socrate, qui tint le premier rang dans la science morale, vécut après Esdras ; ensuite vinrent Platon et Aristote, et les écoles qu'ils fondèrent dans la Grèce. ILest vrai qu'avant eux tous, vécurent les sept sages de la Grèce ; puis Thaïes, le père des physiciens ou scrutateurs de

(1) Cf. s. Th. Contra Gentiles, Cap. LV. n. g. — P. 111. Qu. 1. Art. VI.

(2) Lex paedagogiis nosterfuit in Christo, iitexfide jiistificemur. Galat. 111. 24.

(3) Civitaiem Dei dicimus, ciijus ea Scriptura testis est, qiiae non fortidtis motibiis animoriim, sed plane summae dispositione providentiae super omnes omnium gentium lifteras, omnia sibi ingeniorum humanoriim divina excellens auctoritate subjecit... Huic Conditori sanctae flivitatis, cives terrenae Civitatis deos suos praeferunt, ignorantes eum esse Deum deorum, non deorumfalsorum... S. Augustinus, De Civitate Dei, Lib.XI. Cap.l.

('4) Siib démentis mundi eramus servientes. Galat. IV., 3. (5) Cf. S. Th. in Cap. IV. ad Galatas, Lect. 1. fin.

la nature des corps, suivi par Anaximandre, Anaximène, Anaxàgore et autres ; mais il est vrai aussi que Thaïes florissait quand Romulus régnait à Rome, c'est-à-dire quand le fleuve de la prophétie s'était déjà répandu des sources d'Israël : Qtiando de fontibtts Israël in eis litteris, quae toto orbe matiarent^ prophetiae Jlîtmen erupit (i).

Resteraient les seuls poètes théologiens, comme Orphée, Linus, Musée et autres; mais s'ils précédèrent les Prophètes, ils furent précédés eux-mêmes par Moïse. Et qu'on ne dise pas que, d'après la sainte Ecriture, Moïse fut instruit par les Egyptiens; car Abraham, ne fut pas seulement Patriarche, mais encore Prophète 2). Et quand Isis, fille d'Inachus et déesse mère de la sagesse ég\^ptienne florissait, Abraham avait déjà des fils et de nombreux neveux : Sed nec sapientia ^gj'ptioriim sapientiam Prophetarum nostrortim tempore antecedere potuit^ quando quidem et Abraham propheta fuit. Qiiid autem sapientiae potuit esse in yEgypto^ anteqtiam eis Isis., qiiam mortuam tanquam deam magnam colendam piitaveriint, litteras traderet ? Isis porro Inachi Jilia fuisse proditw\ qui primus regnare coepit Argiris., quando Abrahae jam nepotes reperiuntur exorti (3). Et avant Abraham, nous avons Noé, nous avons Enoch, et beaucoup d'autres, qui tous représentent dans l'histoire les organes vivants de la parole divine révélée (4).

Ce fait étant établi, voici la réflexion qui vient spontanément à l'esprit. Est-il possible, moralement parlant, que la lumière de la vérité révélée ait été tellement restreinte aux Patriarches et aux Prophètes, que nul rayon n'ait été vu par les autres peuples: Non, humainement parlant, ce n'est pas possible: les philosophes du moins en ont su quelque chose, et les

(1) s. Augustinus De Civ. l^ei, Lib. XI. Cap. XXXVII.

(2) Gènes. XX. 7.

(3) S. Augustinus. Op. et loc. cit.

(4) Cf. S. August. Op. et Lib. cit. Cap. XXXVIII.

sublimes mystères de la révélation ont excité leur génie à s'expliquer par la raison ces vérités que le peuple hébreu, sous le magistère divin immédiat, conservait par la foi. S. Augustin trouve des analogies entre ce que Platon enseigne dans le Timée touchant la constitution primitive du monde, et le commencement de la Genèse : In pjHncipio fecit Deiis coelum et ter- 7'^w(i),etc.Et nous savons de Platon comme aussi de Pythagore qu'ils entreprirent de longs voyages par amour de la science (2).

587. Le Verbe de Dieu et son incarnation. — Les peuples étant ainsi disposés soit directement soit indirectement à la foi chrétienne, le Verbe éternel^ qui était, qui est et qui sera toujours dans le sein du Père, se Jît chair et habita parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Ph^e^ plein de grâce et de vérité... et nous avons tous reçu de sa plénitude (3).

Le Verbe de Dieu ! En entendant cette parole sacrée et toute divine, nous devons nous réfugier dans une pieuse confession de notre ignorance plutôt que dans la téméraire affirmation de notre science : Sit pia confessio ignorantiae inagis quam temeraria professio scientiae (4). Et néanmoins nous sommes portés à dire quelque chose de ce Verbe, science du Père et notre science (5) ; car le Verbe est Dieu, et Dieu est la béatitude de notre intelligence, la béatitude de notre cœur. Notre nature nous entraîne donc à connaître de quelque manière, à pénétrer selon notre pouvoir la nature de cet objet infini de notre éternelle félicité. J'ai déjà dit ailleurs (6) quelque chose du Verbe

{i) De civitate Dei, Lib. VllI. Cap. XL

(2) Justin martyr, Origène, Clément d'Alexandrie, Eusèbe, S. Ambroise, et d'autres affirment que Platon eut connaissance des livres hébreux et qu'il en transcrivit beaucoup de choses. S. Augustin doute de la vérité de ce dernier fait et Lactance le nie. Mai* de ce que Platon n'aurait pas eu ces livres dans les mains, il ne suit pas qu'il n'en ait pas eu quelque connaissance.

(3) Joann. I. 14 et 16.

(4) S. Augustinus. Serm. CXVU. De Verbis Evang. Joann, Gap. 111. n. 5.

(5) Cf. S. Aug. loc. cit.

(6) Livre IV. Chap. XU.

divin en expliquant comment il est la lumière de notre âme; je dirai encore maintenant comment après nous avoir enseignés par le don de l'intelligence et ensuite par la voix de ses Prophètes, lorsque notre intelligence errait égarée dans les ténèbres de l'ignorance et^que les voix prophétiques n'étaient plus comprises par l'homme animal, il vint lui-même dans notre chair pour se faire notre voie, notre vérité et notre vie : Miiltifariam miiltisqite modis oîim Deus loqiiens pat ri bus in prophetis ; novissime diebiis istislociitusest Jiobis in Filio^ qiiem constituit haeredem iiuiversorum^ per qiiem fecit et saecula (i).

Quiconque connaît, par cela seul qu'il fait procéder en son ame quelque chose, qui est le concept formé de la chose entendue, concept formé par la vertu active de l'intellect, et provenant de la notion de la chose elle-même. Ce concept est la parole, c'est le verbe de l'intellect (2). Or Dieu aussi est intelligent, il est même infiniment intelligent, et non-seulement il connaît son essence infinie, mais encore il la comprend; et se connaissant il forme le concept, le Verbe qui l'exprime infiniment lui-même, en lui et à lui; tellement que ce Verbe divin est consubstantiel dans sa nature au Père dont il procède, mais il en est distinct dans sa personnalité, comme je l'ai expliqué plus au long dans le douzième Chapitre de ce même IV" Livre.

Mais tant que notre verbe est formé et renfermé dans notre âme, il ne sert qu'à nous-mêmes; pour le produire au dehors et le faire pénétrer dans l'âme d'autrui, il faut le revêtir des formes sensibles, de la parole soit articulée, soit gesticulée, soit écrite, afin que, par le canal des sens, seuls capables de recevoir le sensible du verbe mental, il puisse pénétrer jusqu'à l'âme de celui qui écoute et y être exprimé. Ainsi Dieu

(1) Hebraeor. 1. 1.3.

(2) Quicutnqtie intelligit, ex hoc ipso quod intelligit procedit aliquid intra ipsum quod est conceptio rei intellectae ex vi intellectiva provcniens et ex ejus notitia procedens ; quant quidem concept ionem vox significat, et dicitur verbvm cor dis signifie atum vcrbo vocis, P. I. Qu. XXVII. Art. I.

a-t-il agi avec nous, s'adaptant les conditions de notre nature. L'humanité de Jésus-Christ est comme l'enveloppe matérielle (i) par laquelle le Verbe se rend sensible à nous, de même que la voix rend sensible le verbe de notre âme. Au commencement les créatures étaient les signes sensibles du Verbe (2), qui est la Sagesse de Dieu ; ensuite la voix muette des créatures n'étant plus comprise, le Verbe nous a parlé par la voix sensible et humaine de ses Prophètes; enfin, s'étant fait homme, il est venu lui-même se rendre visible dans notre forme humaine et se faire entendre dans notre langage, afin que dans le verbe sensible nous entendions facilement le Verbe intelligible et éternel, et que, croyant la Divinité cachée sous l'enveloppe de l'humanité, ce ne fut plus l'homme, mais Dieu même nous parlant immédiatement que nous suivions comme maître ; et que ce ne fut plus aux pieds du monde sensible, mais aux pieds du Verbe incarné que nous écoutions, humblement assis, les paroles de Celui qui est la vie éternelle et la vérité, et qui pour cela ne peut ni se tromper lui-même ni illusionner notre intelligence.

(( Afin que l'homme, ditéloquemment S. Augustin, marchât avec plus de confiance pour aller à la vérité, cette vérité Dieu, Fils de Dieu, prenant la nature humaine, sans diminuer la Divinité, constitua et fonda la foi, pour que l'homme eût par l'Homme Dieu une voie vers le Dieu de l'homme. Car l'homme Jésus-Christ est le médiateur entre Dieu et les hommes (3). w « Et puisque nous ne pouvons pas encore voir le Verbe Dieu,

{1) Humana natura in Christo assimilatur habitai, idest vestimento, non qttidem quantum ad accidcntalem unionem, sed quantum ad hoc, qiiod Verbum videtur per humanam naturam, sicut homo per vcstimentum. P. 111. Qu. 11. Art. VI. ad 1.

(2) Ipsae creaturae per sapientiam Dci factae, se habent ad Dci sapicntiam, cujus indicia gerunt, sicut vcrba hominis ad sapicntiam ejus, quam sigtiificant. S. Th. in 1. ad Corinth. Cap. Lect. IV.

(3) In qua (fide) ut fidcntius ambularct (homo) ad veritatem, ipsa veritas Deus Dei Filius homine assumto, non Dca ronsumto, eamdem constituit atque fundavit fidem, ut ad hominis Deum iter esset homini per hominem Deum. Hic est enim mediator Dei et hominum homo Christus Jcsus. De Civitate Dei Lib. XI. Cap II.

écoutons le Verbe chair : puisque nous nous sommes faits charnels, écoutons le Verbe fait chair. Il est en effet venu pour cela, et il a pris notre infirmité afin que vous puissiez recevoir en toute sécurité la parole de Dieu portant notre infirmité. C'est avec vérité qu'il a été appelé lait, car il donne le lait aux enfants, pour donner aux plus grands la nourriture de la sagesse. Prenez le lait avec patience, si vous voulez recevoir abondamment une nourriture substantielle. Car comment se forme le lait qui allaite les enfants ? L'aliment n'était-il point sur la table ? Mais l'enfant est incapable de prendre l'aliment qui est sur la table; alors que fait la mère? Elle s'incarne l'aliment, puis elle en forme le lait. Elle forme pour nous un aliment que nous puissions prendre. Ainsi le Verbe s'est fait chair afin que nous soyons nourris comme des enfants, nous qui étions vraiment des enfants pour cette nourriture. Il y a cependant cette différence que, lorsque la mère fait le lait avec la nourriture qu'elle s'est incorporée, c'est la nourriture qui se change en lait; tandis que le Verbe, restant immuablement ce qu'il était, a pris la chair, la greffant sur lui en quelque sorte. Je veux dire qu'il n'a pas corrompu ni changé la chair qu'il a prise, afin de nous parler étant en notre forme, quoique d'un autre côté, il n'ait pas été converti ni changé en homme. Car, restant intransformable, immuable et absolument inviolable, il s'est fait pour vous-mêmes ce que vous êtes, et est demeuré ce qu'il est pour son Père (i). t

{i) Si nondttm possumtts videre Verbum Dettm, audiamiis Verbum carnetn : quia caniales facti sumtis, audiamiis Verbum carnem factum. Ideo otim venit, idco susccpit inftrmitatem iiostram, ut fossis firmam locutionem capcrc Dei portant is injîrmitatem tuam. Et vere dictum est lac. Lac enim dat parvulis, ut cibum sapientiae dct majoribus. Lactai'e patienter, ut avide pascaris. Quomodo enim fit etiam lac, quo lactantur infantes? Sonne esca erat in mcnsa? Sed invalidas est infans ad comedendam escam, quae in mensa est: quid facit mater? Incarnat escam, et conficit lac de ipsa. Conficit nobis quod capere possimus. Sic Verbum caro factum est, ut lacté parvuli nutriremur, qui ad cibum quidem eramus infantes. Verum hoc intercst, quia quando cibum mater incarnatiim lac facit, cibus il lac convcrtitur: incommutabilitcr autem manens Verbum carnem assumsit, ut csset qiiodammodo contcxtum. Quod est, non

468 liv. iv. — de lu lumière objective. — 3" part.

588. L'enseignemfnt de Jésus-Christ commence par le cœur; il veut le guérir de l'orgueil par l'humilité. — Et que nous a donc enseigné le Verbe fait chair qui a daigné habiter parmi nous et se faire notre maître ? Il s'adresse d'abord au cœur, car, s'il n'est pas affranchi du vice, en vain l'intelligence s'efforcerait-elle de s'élever dans les hautes et resplendissantes régions de la pure vérité. C'est au cœur qu'il se découvre, afin que son exemple rende le magistère de sa parole efficace; c'est par les abaissements de l'Homme-Dieu qu'il lui insinue la première dés vertus pour arriver à Dieu, l'humilité. Notre ruine avait commencé par l'orgueil du cœur, et l'orgueil l'avait aggravé sans mesure; c'était donc par l'humilité du cœur, vertu dont le paganisme ignorait même le nom, que devait commencer notre réparation. Apprenez de moi, dit le Sauveur, que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez la paix de vos âmes; la paix de l'âme dans la tranquillité d'une bonne conscience, la paix de l'âme dans les pures et sereines contemplations de la vérité : Discite a me, quia mitis sum et humilis corde ^ et invetiietis requiem animabus vestris (i).

Qu'on me permette de citer encore une autre page très-éloquente du grand S. Augustin. « Que dit-il donc à ceux qui souffrent pour qu'ayant recouvré la vue ils puissent de quelque manière voir le Verbe par qui toutes les choses ont été faites ? Venez à moi ô vous tous qui êtes chargés et fatigués, et je vous restaurerai. Prenez mon joug sur votre tête, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Que proclame le maître. Fils de Dieu, la Sagesse de Dieu, par qui toutes choses ont été faites ?

« Il appelle le genre humain et il dit : Venez à moi vous tous qui êtes chargés, et apprenez de moi. Vous. pensez peut-être

cornipit, non commuiavit, tttpcr habitiim tiium tibiloquerctnr, non în hohîinem transmutatus atqiie conversus. Inconvertibilis enim et incommutabilis et oinnino inviolabilis mancns,factifs est quod tu ad te, quodipse ad Patrem, Serm. CXVIL de Vcrbis. Evang. Joann. Cap. X, n. i6. Opp. Tom. V. P. \. (0 Matth. XL 29.

que la Sagesse de Dieu va dire : Apprenez comment j'ai fait le ciel et les astres ; comment toutes choses étaient nombrées en moi, avant qu'elles fussent faites; comment, dans la vertu des raisons immuables, même les cheveux de votre tête sont comptés. Pensez-vous qu'il dira cela et autres choses semblables ? Non. Mais d'abord apprenez que je suis doux et humble de cœur. Voilà ce que vous devez entendre. Vous le voyez, mes Frères, c'est certainement peu de chose. Nous ambitionnons de grandes choses; comprenons les petites et nous serons grands : Ad magna 7ios tendimus^ pavva capiavîiis^ et magJii erimiis. Voulez-vous connaître la grandeur de Dieu? Connaissez d'abord l'humilité de Dieu. Daignez être humbles pour vous, puisque pour vous Dieu a daigné l'être; car ce n'est point pour lui-même qu'il a été humble. Comprenez donc l'humilité du Christ, apprenez à être humbles, et non à vous élever par l'orgueil. Patiemment prosternés aux pieds du médecin confessez votre infirmité; et quand vous aurez reçu de lui l'humilité, élevez-vous avec lui, non comme lui-même s'élève en tant qu'il est le Verbe, mais plutôt élevez-vous vers lui, en cherchant à le connaître toujours mieux. Auparavant vous le connaissiez d'une manière incertaine et hésitante, connaissez-le maintenant avec une plus grande certitude et une plus grande lumière. Lui, il ne croît point, mais c'est vous qui grandissez, et il semble que lui-même croît avec vous : Non ille crescit^ sed tu proficis^ et quasi tecum ridetiir sur gère (i). »

589. Révélation que Jésus-Christ nous a faite des vérités DIVINES. — Le cœur étant ainsi préparé par l'humilité et par les autres vertus chrétiennes, Jésus-Christ manifeste les sublimes vérités divines, et révèle aux intelligences humaines un nouveau monde intelligible. Le polythéisme avait gâté les intelligences en peuplant le ciel et la terre de divinités aux-

(1) Serm. CXVII. De Verbis Evang. Joann, Cap. X. n. 17.

quelles le sens moral corrompu avait donné ses propres passions, afin d'être lui-même plus autorisé à se plonger sans rougir dans la corruption, en donnant au vice les apparences de la vertu. Jésus-Christ s'applique donc spécialement à restaurer dans les âmes dévoyées la notion de l'unité de Dieu, restée intacte, il est vrai, quand au fond, même dans les âmes idolâtres, mais horriblement défigurée, quant à la manière de l'entendre. Il répète et inculque ce que, par son inspiration, Moïse avait déjà écrit dans le Deutéronome : Ecoute, ô Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ; Audi Israël : Dominus Deus tiiîis, Deiis untis est (i). Retire-toi, Satan, car il est écrit vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul : Vade^ Sataiia : scriptum est ettim : Domimim Deum tuum adorabis^ et illi soli servies (2). Et à un jeune homme qui, regardant Jésus comme un homme seulement, mais extraordinaire, l'appelait bon m.aître, le Sauveur répond en désignant Dieu comme l'unique principe de tout bien : Pourquoi m'interrogez-vous sur ce qui est bon, et m'appelez-vous bon ? Un seul est bon. Dieu : Qiiid me interrogas de bono ? Unus est bonus, Deus (3). C'est pourquoi S. Paul nous dit : Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Un seul Dieu et père de tous, qui est au-dessus de tous, et au milieu de toutes choses, et en nous tous (4).

Après avoir établi l'unité de Dieu, Jésus-Christ nous enseigne la Trinité des Personnes divines, mystère qui nous fait pénétrer dans la vie intime de Dieu, et qui, dans son obscurité, répand cependant une si grande lumière sur nos âmes et ouvre même aux investigations de la science humaine les plus vastes horizons. La Gentilité ne savait presque rien de ce mystère, si même elle en savait quelque chose, et il

(i) Marc. XII. 29.

(2)Matth. IV. 10. et Luc. IV. 8.

(3)Matth. XIX. 17.

{^) Uitus Dominus, una fides, iimtm baptisma. Unus Deus et Pater omnium, qui est super omnes, et per omnia, et in omnibus nabis. Eph. IV. 5 et C.

GHAP. XVI. — Jl':SL'S-CHRIST ET SA DOCTRINE 47 1

n'avait été révélé que très obscurément au peuple hébreu ; car , enclin à l'idolâtrie du polythéisme comme l'était ce peuple, il aurait peut-être fait servir honteusement à ses mauvaises inclinations le sublime et ineffable dogme de l'unité de l'essence divine dans la trinité des Personnes, et de la trinité des Personnes divines dans l'unité de l'essence de Dieu.

La révélation divine est pour notre bien, elle s'adapte donc à la capacité de notre intelligence ; elle veut nous illuminer, non nous aveugler: elle est aussi comme le soleil qui envoie graduellement ses rayons à nos yeux accoutumés aux ténèbres de la nuit, afin que le passage subit de l'obscurité des ténèbres ù l'éclat du midi, loin de réjouir notre regard, ne le frappe point d'une horrible cécité (i). De même, le soleil de justice, après avoir illuminé les monts, c'est-à-dire les hommes ins' pires (2) par qui la lumière divine était réfléchie en nous, se montre lui-même dans tout son éclat pour nous éclairer complètement par lui-même sur la nature divine. Nous ayant donc parlé de Dieu, Jésus-Christ nous dit que ce Dieu est son père (3), dans le sein duquel il est essentiellement et de toute éternité, et qu'il est son Fils unique et bien-atmé (4); ce qui démontre une distinction réelle-personnelle entre lui et son Père. Il ne dit point cela énigmatiquement et dans le secret de l'amitié, mais ouvertement et publiquement (5), aux foules et aux puissants, aux amis et aux ennemis, dans les excursions pacifiques et triomphantes de ses prédications, dans les terribles persécutions de l'envie, et au sein des humi-

(i) Voyez Petavius Theolog. Dogmat. De Trinitate. Lib. II. Cap. VII. Il y parle dans lemcme sens et rapporte en preuve les témoignages des Pères.

(2) Cf. August. In Joann, Evang, Tract. I. nn. 5, ô, 7, et Tract. II. n. 3.

(3) Il y a nombre d'expressions semblables dans S.Jean. Voyez, par exemple, le Chap. X.

(4) Pater enim diligit Filium. Joann. V. 20. — Cf. Luc. III. 22.

(5) Egopalam locuttts sitm tnttndo...; et in occulto locutus sum nihil. Joann. XVIII. 20. Voyez le beau commentaire de S. Thomas sur ces paroles. Lect. III. n. M. — Cf. etiam. P. III. Qu. XLII. Art. IM.

liations et des tortures du Calvaire (i); au point que ses cruels ennemis lui en font un crime (2) et que ses bourreaux le tournent en dérision sur le Calvaire (3). Mais en même temps qu'ils nous enseigne que sa personnalité est distincte de celle de son Père, il a soin d'ajouter qu'il a la même substance avec son Père: Vous me laisserez seul ; cependa?it Je ne suis pas seul^ parce que moji Père est avec 7noi. Vous ne save:{ pas que je suis dans mon Père, et que înon Père est en ??ioi ? Philippe^ qui me poit^ voit mon Père. Pourquoi donc tHe ditesvous : montre:{-fîous imtre Père? Tout ce ^ue mon Père a est à moi. Mon Père et moi nous sommes une seule chose (4).

Ayant ainsi révélé explicitem'^nt sa nature par sa génération éternelle dans le sein du Père, génération qui, étant par voie de conception divine intellectuelle, a pour terme le Verbe, c'est-à-dire une parfaite ressemblance et consubstantialité avec celui qui l'engendre (ce qui donne au Verbe la raison du Fils), Jésus-Christ révèle ce qui était très obscurément dans les pages de l'Ancien Testament, je veux dire l'Esprit-Saint, terme de l'amour réciproque du Père dans le Fils et du Fils dans le Père, et pour cette raison troisième Personne divine, réellement distincte comme terme spire par le principe spirant le Père et le Fils ; mais consubstantielle au Père et au Fils, en sorte

(i) Pater, ignosce illis ; Pater, inmaniis tuas, etc.

(2) Et princeps sacerdotum ait iUi : Adjiiro te per Dcum vivum,ut dicas nobis si tu es Christ us Filius Dei. Dicit illi Jésus : Tu dixisti... Tune princeps sacerdotum scidit vestimenta sua, dicens: Blasphemavit. Munh. XXVl. 63, 64, 65. — Cf. Joann. X. 36. Luc. XXI. 70, 71.

(3) Si Jilius Dei es, descende de cruce... Dixit enim : Quia filius Dei sum. Matth. XXVn. 40. 43.

(4) Ecce venit hora, etjam venit, ut dispergamini unusquisque in propria, et me solum relinquatis ; et non sum solus : quia Pater mecum est. Joann. XVI. 32. — Non creditis quia ego in Pâtre et pater in me est? Joann. XIV, 10 et 11. etX. 38. — Philippe, qui videt me, videt et Patrem. Quomodo tu dicis ostende nobis Patrem? Ib. v. 9. — Cf. XII. 43. Omnia quaecumque habet Pater mea stmt.Vo. XVI. i5. Et mea omnia tua sunt, et tua mea sunt, Ib. XVII. 10. Ego et Pater unum sumus. Ib. X. 3o.

que trois Personnes divines résultent dans l'unité d'une même essence, trois Personnes divines et un seul Dieu : Je prierai moji Père^ et il vous donnera un antre Paraclet^ pour qu'il demeure éternellement avec vous^ l'Esprit de vérité que le monde ?iepeut recevoir^ parce qu'il ne levait pas et ne le connaît pas; mais vous^ vous le connaît re^^ parce qu'il demeurera au milieu de vous, et qu'il sera en vous (i).

Nous avons ici l'existence du Saint-Esprit comme personnellement distinct et du Père et du Fils, un autre Consolateur; et sa nature nous est désignée dans ces autres paroles : V Esprit de vérité. Le divin Maître nous explique tout ceci plus clairement encore quand il parle du Saint-Esprit par rapport à lui et à son Père, disant qu'il enverra du Père, et conséquemment de lui aussi, l'Esprit-Saint; parce que cet Esprit reçoit aussi de lui, tout ce qui est au Père étant à lui, et étant lui-même une seule chose avec son Père : Lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du PèreJ'Esprit de vérité qui procède du y^ère,- il rendra témoignage de moi ( 2) . // vous enseignera toute 7'érité^ car il fie paiHera point de iui-?fiême^ mais tout ce qu'il aura entendu., il le dira, et il vous annoncei^a ce qui doit arriver. H me glorijîera : parce qu'il recevra de moi et il vous l'annoncera. Tout ce qui est à mon Père est à moi., c'est pourquoi f ai dit qu'il recevra de moi et vous l'annoncera (3).

(i; Et ego rogabo Patrem et alium Paracletum dabit vobis, ut maneat vobisciim in aeternum, Spiritum veritatis qiiem miindus non potest acciperc : quia non videt eum, nec scit eum : vos autem cognoscetis eum, quia apud vos manebit, et in vobis crit. Joann. XIV. i6 et 17.

(2) Quiim autem venerit Paraclitus quemego mittam vobis a Pâtre, Spiritum veritatis, qui a Pâtre procedit, ille testimonium perhibcbit de me. Joaiin. XV.

(3) Quum autem venerit ille Spiritus veritatis, docebit vos omnem veritatem. Non enim loquetur a semetipso : sed quaecumque audiet, loquetur, et quae Ventura sunt, annuntiabit vobis. Ille me clarificabit : quia de meo accipiet, et annuntiabit vobis. Omnia, quaecumque habet Pater, mea sunt. Propterea dixi: quia de meo accipiet et annuntiabit vobis. Joann. XVI. i3, 1401 1 3. Jésus- Christ parle ici du Saint-Esprit en se servant de termes semblables à ceux qu'il emploie en parlant de lui-même ; car il dit aussi de lui : Omnia quaecumque audivi a Pâtre meo, notafeci vobis. Ib. XV. i3.

Quelle admirable révélation sur la nature intime de Dieu' L'unité de l'essence dans la triplicité des personnes pour le développement de la vie qui est intelligence et amour! Que celui qui ne comprendrait pas encore quelle lumière Jésus- Christ a répandue par cette révélation sur la philosophie ellemême, que celui-là lise les Pères et les Docteurs de l'Eglise, et surtout qu'il lise avec une attention toute spéciale les quinze Livres De Tî^mitate de S. Augustin, et les dix-sept Questions définies par S. Thomas dans la première partie de sa Somme théologique {\)^ et il ne se pourra qu'il ne soit frappé d'étonnement à la vue de la hardiesse du vol de la raison humaine, éclairée par la lumière et portée dans les bras du Verbe incarné.

590. En nous montrant l'amour de dieu pour nous, Jésus- Christ EXCITE PUISSAMMENT NOS CŒURS A AIMER DIEU. — Remarquons toutefois que notre Rédempteur ne nous enseignait point pour satisfaire notre vaine curiosité, mais qu'il voulait sanctifier, c'est-à-dire perfectionner notre intelligence non moins que notre cœur. De là il s'attache à nous expliquer la nature du Dieu-Trinité par le côté et par les attributs qui nous sont plus près, c'est-à-dire par les relations qui sont entre Dieu et nous, ses créatures. Et ici il y a une différence très remarquable entre la doctrine de Jésus-Christ et les insanités du Paganisme. Celui-ci avait presque exclu l'intelligence et le cœur de la religion ; car les passions ayant fabriqué des divinités à leur gré, les dieux qu'elles avaient inventés attiraient par l'attrait de plaisirs honteux, ou effrayaient par des atrocités L'amour dans son vrai sens n'existait pas. Jésus-Christ, au contraire, ne tait point la justice divine qui punit les méchants, mais il veut surtout former en nous l'amour de Dieu , c'est pourquoi il nous décrit sa bonté avec des expressions si tendres que, si nous devons craindre Dieu, ce sera d'une crainte filiale et non d'une crainte d'esclave, je veux dire de cette crainte qui

(i)Qu. XXVII-XLIII.

fait partie de l'amour même, parce qu'elle procède du véritable amour :

Soyei les enfants de votre Père qui est dans les deux; qui fait lever son soleil sur les bons et sur les viécharits^ qui fait pleuvoir pour les justes et les injustes (i). Regarde^ les oiseaux du ciel ; ils ne sèment ni ne moissonnent ^ ils n'emplissent point des greniet^s, et votre Père céleste les nourrit. N'ètes-vous point beaucoup plus qu'eux ?... Pense:^ comment croissent les lis des champs^ ils ne travaillent ni ne filent. Or je vous dis que 7iéanmoins Salomon dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Si donc Dieu vêtit ainsi une herbe de champs., qui est aujourd'hui, et qui demain est jetée dans le four, combien plus vous., honwies de peu de foi ! (2) .... Mon père vous aime (3).... Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique^ ajin que quiconque croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde^ tnais afin que par lui le monde soit sauvé (4).

Nous devons nous prosterner devant ce Père qui nous aime si tendrement. Le culte externe n'est pas prohibé, et même Jésus -Christ nous l'inculque par ses paroles et son exemple ; mais le Sauveur veut que ce culte ne soit pas isolé et hypocrite, mais qu'il soit une redondance du culte interne qui est la forme et la vie du culte externe : U?ie heure l'iendra et elle est déjà présente., oit les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Car le Père cherche de tels adorateurs. Dieu est esprit., et ceux que l'adorent doivent l'adoî^er en esprit et en vérité (3). Quand nous vou-

(i) Ut sitis fitii Pat ris vestri, qui in coelis est, qui soient suum oriri facit super bonoset malos : et pluit super justos et injustos. Maith. V. 43. (2) Ib. VI. 26, 28, 2(( et 3o.

(3y Ipse enim Pater amat vof. Joann. XVI. 27. (4) Joann. III. iC. 17.

p)Joann. IV. 23 et 24.

Ions prier, évitons l'hypocrisie des Juifs et le charlatanisme des païens (i), mais tournons- nous du fond du cœur vers Dieu et disons -lui : Noire Père qui êtes dans les deux : que votre uom soit sanctijîé. Que jfotre règne arrive : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent. Et tie nous ijiduiseï pas en tentation. Mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il (2).

Mais remarquons que pour aller au Père et en être exaucé, la voie et la voie unique c'est Jésus-Christ: Je suis la vraie vigne et mon père est le ingneron... Demeurez en 7noi et moi en vous. Com?7îe la branche ne peut porter de fruit par elle-?nême^ si elle n'est unie à la vigne ; ainsi ni vous^ si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne et vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi^ et moi en lui porte beaucoup de fruits .^car sans moi vous ne pouvez i^ien faire (3).,. Je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi il sera sauvé; et il entrera^ et il sortira., et il trouvera des pâturages [^).... Je suis la voie., la vérité et la vie. Personne ne vient à mon Père que par moi (5)... En vérité., en vérité je jfous le dis., tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom., il vous le do7i7iera... Mon Père lui-même vous aime, parce que vous m' avez ciimé ., et que vous avez ^''^^ que je suis sorti de Dieu [6).

Ensuite, se tournant vers nous avec quelle tendresse de langage ne s'efforce -t- il pas de nous attirer à lui , à son amour ! Quelle effusion de charité divine ne met-il point dans ses paroles ! Gomme il sait cacher tout ce qui pourrait nous éloigner, par la crainte de la peine, et comme il

(i) Matth. VI. Set 7.

(2) Matth. VI. 9 et seqq.

(3)Joann. XV. i, 4 et 5.

(4) Joann. X, g.

(5) Joann.XIV. 6.

(f)) Joann. XVI. 23 et 27.

s'étudie à nous dire tout ce qui peut faire impression sur nos âmes !

Quelle puissance dans sa parole, quelle affection ! Je suis le bon pasteur et je connais mes brebis et mes brebis me connaissent... J'ai encore d'autres brebis qui ne sont point de cette bergerie; il faut que je les amène, et elles entendront ma voix^ et il n'y aura qu'un bercail et qu'un pasteur fij. Quel homme parmi l'ous., ayant cent brebis^ qui., s'il en perd une., ne laisse les nouante neuf autres dans le désert et ne va à la recherche de celle qu'il a perdue, jusquà ce qu'il la trouve ? Et qui., l'ayant trouvée., ne la met sur ses épaules plein de Joie f2j? Vene\à moi vous tous qui prene\ de la peine et qui êtes chargés et je vous soulagerai . Prene^ monjoug sur vous... et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car monjoug est doux et mon fardeau est léger (3). Je suis le pain de vie... Je suis lé pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain il vivra éternellement^ et le pain que je donnerai^ c'est ma chair pour le salut du monde... Celui qui i7îange ma chair et boit mon sang demeure en moi., et moi en lui (4).

591. Sublimité et pureté de la morale chrétienne. — Que dire ensuite des préceptes et des conseils moraux auxquels Jésus-Christ veut que nous conformions notre vie ? Afin de ne pas m'étendre sans fin, je me contenterai de rapporter une page de l'Evangile qui indique non tous, mais une bonne part des préceptes qui doivent régler le cœur en lui-même, et dans ses rapports avec le prochain :

Jésus voyant les foules monta sur la montagne., et s'étant assis., ses disciples s'approchèrent de lui. Et ouvrant la bouche^ il les ifistruisait., disant : Bienheureux les pauvres d'esprit,, parce que le royaume des deux est à eux. Bienheureux ceux

(i) Joann. X. 14 et 16.

(2) Luc. XV. 4 et 5.— Matth. XVIU. 12 et i3. 3) Matth. XI. 28 et 3o.

(4) Joann. VI. 48, 5i, Sa, Sy.

qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Bienheureux ceux qui sont doux^ parce qu'ils posséderont la terre. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice^ parce qu'ils seront î^assasiés. Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront 7niséricorde. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur., parce qu'ils verront Dieu. Bienheureux les pacifiques., parce quils seront appelés enfants de Dieu. Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice, parce que le royaume des deux est à eux. Voussere^ heureux quand les hommes vous maudiront, vous persécuteront, et quant à cause de moi ils vous diront toute sorte de mal. Réjouissei-vous et exultei de joie, parce que votre réco?npense est grande dans les deux. . . Je vous dis., moi, que si votre justice n'est pas plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens., vous n' entrer e':;point dans le royaume des deux. Vous ave^ entejidu ce qui a été dit aux anciens : Vous ne tuere:{ point, car quiconque tuera sera soumis au jugement; et moi je vous dis que quiconque se met en colère sans motif contre son frère sera soumis au jugement... Vous ave\ entendu qu'il a été dit aux anciens : Vous ne commettre^ point d'adultère ; mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la désirer, a déjà commis l'adultère dans son cœur... Que votre langage soit: Oui, oui ; Non, non; car ce qui est de plus vient du mal... Donne^ à qui vous demande^ et 7ie vous détourne^ point de qui veut emprunter de vous. Vous ave:i entendu qu'il a été dit : Aime:{ i^otre prochain et haïsse:{ votre ennemi; mais moi je iwus dis: Aime^ i^os ennemis, bénisseï qui vous maudit., faites du bien à ceux qui vous haïssent., et prie^pour ceux qui l'ous font du tort et vous pcrsécutejit... Soye\ donc parfaits comme est parfait votre Père qui est dans les deux (i).

Quel homme a jamais parlé avec cette sublime simplicité de langage ? et quel homme pouvait parler ainsi ? Yéritable-

(0 Matth. V. Luc. VI. 20 et seqq.

ment donc Jésus-Christ n'était point simplement un homme, ou quelque simple créature ; mais il était Dieu, la lumière du monde : Ego siim lux î?wndi\ la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde, la lumière qui nous a manifeste la nature divine dans son unité, dans la triplicité de ses Personnes, et dans sa Providence qui est essentiellement bonté et amour, et pour nous, justice et miséricorde, qui nous régit en nous aimant, et nous gouverne avec une main paternelle, qui a envoyé sur la terre le Verbe afin qu'il se fit chair pour nous, qu'il nous instruisît par sa doctrine et qu'il nous sanctifiât par ses vertus et ses préceptes. Et pour confirmer tout ce qu'il nous a dit, Jésus-Christ monte au Calvaire et meurt sur la croix, posant ainsi sur la vérité de ses doctrines et sur la sincérité de son amour le plus grand des sceaux, le sceau du sang.

592. Prière a Jésus-Christ. — Jésus-Christ, mon maître et Seigneur! Après avoir parlé de Vous, il est bien juste que je ne dépose point la plume sans tourner vers Vous le regard de mon âme, et sans Vous adresser une prière de mon cœur. Si en écrivant cet Ouvrage, j'ai très souvent élevé mes yeux vers Vous, et vers Celle que je voyais au pied de votre Croix, Marie, votre Mère selon la nature, et ma mère aussi par votre miséricorde et selon la grâce ; bien plus, maintenant que je parlais directement de Vous, non par une hardiesse téméraire mais plutôt conduit par la gratitude de mon cœur, bien plus ai-je tenu le regard de mon âme fixé sur vos 3'eux et sur vos lèvres, afin que pas un mot ne tombât de ma plume qui se sentît trop de l'homme et trop peu de l'adoration et de l'amour que je vous dois. Acceptez donc, ô Jésus, cette œuvre qui est vôtre : vôtre par tout ce qu'il y a en elle de vrai et de bon. Et si, contre ma volonté, j'ai donné dans quelque erreur, si, en cela, j'y ai mis du mien, pardonnez à mon ignorance et éclairez mon âme, afin que je puisse corriger ce mal. Soyez, ô Dieu, soyez Vous-même mon guide, soyez la vérité de mon

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