‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 16 sur 126 · DES ARGUMENTS DÉVELOPPÉS DANS LE CHAPITRE PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

DES ARGUMENTS DÉVELOPPÉS DANS LE CHAPITRE PRÉCÉDENT

Réponses. — Dans son Cours de Philosophie^ § 1112, M. l'abbé Fabre émet cette proposition : « L'ontologisme ne « détruit pas la distinction qui se trouve entre l'ordre naturel « et l'ordre surnaturel, et en voici les preuves :

M. Fabre (i*"» proposition) « Toute science est restreinte dans « les limites de son objet formel ».

Réponse. Je concède cette première proposition en me réservant le droit d'expliquer, s'il en est besoin, le vrai sens de la formalité objective qui distingue et classifie les sciences.

M. Fabre (2'' proposition) : « Or l'objet formel que saisit la « perception naturelle de l'Infini diffère de l'objet formel que « la Révélation nous fait connaître ».

Réponse. Je distingue : diffère par le terme, concedo *, diffère en réalité, nego. L'ontologisnie n'a pas le droit de faire cette distinction admise par les écoles catholiques et enseignée par le Concile œcuménique du Vatican, Je l'ai prouvé au chapitre précédent.

M. Fabre (3« proposition et preuve de la deuxième) : « Nous ff savons, en effet, qu'il y a deux objets formels, deux essences

46 l.IV. m. — DE LA LUMIÈRE OBJECTIVE. — 2« PART.

« en Dieu, deux sphères d'un ordre distinct ; nous avons « compris qu'il peut y avoir en nous diverses vues de cet être « infini. »

Réponse. Cette preuve ne prouve rien. Il est inexact de dire qu'il 3^ a en Dieu deux objets formels, et plus inexact encore d'ajouter qu'il y a deux essences ; mais- passons sur l'inexactitude de l'expression, puisqu'on ne veut dire autre chose sinon que nous pouvons considérer Dieu sous deux aspects. M. Fabrc aurait dû remarquer toutefois que la question consiste précisément à déterminer la raison de cette double formalité, de ces deux aspects en Dieu relativement à notre connaissance. Il nous dit bien (2° vol. page 023, n. 870) qu'il y a en Dieu deux objets formels, deux essences, l'une ontologique ou métaphysique, l'autre théologique, qui produisent dans l'intelligence finie deux aspects de Dieu essentiellement distincts, « parce « que nous ne le ( Dieu) comprenons pas. Je perçois l'Infini, je (c perçois son esseité, mais je ne le perçois pas totalement, « adéquatement. » Or j'ai prouvé que l'incompréhensibilité de Dieu n'entre absolument pour rien dans la nature de la surnaturalité de la vision de Dieu facic ad faciem. Les Bienheureux ont cette vision toute surnaturelle, et cependant ils ne comprennent pas Dieu, et de plus, il y a parmi eux divers degrés de vision (i). Donc, recourir à cette incompréhensibilité pour expliquer les deux ordres naturel et surnaturel de connaissance, et dire que par la vision ontologique on voit Dieu comme de loin et du dehors (2), et qu'on n'en voit pas la nature intime,

(ij Voir le III» Cliap. de ce IIP Livre.

(2) M. P'abre fait allusion à ce texte de Job : Omnes homines vident eiim sed unitsquisquc iutuctur pvocid. Mais voici ce qu'écrit Bellarmin sur ce texte cité par les ontologistes pour exprimer leur intuition : Qiio loco dicuntur homines vidcre Deiim, quia omnes habent lumen naturale,~qïio perîingeve p-ossimt ad cognitionem veri Dei ; tamen proctil eiim intiieri, quia non possunt cognoscerc nisi communia quaedatn, ut esse, et esse iimini, esse bonum, etc. Quae ex rébus creatis coUiguntur. S. Gregorius Lib. 2y moralium, Cap. 2, et Beda Lib. 3. in Job. Cap. 5. ita hune locum expommt. De Gratia el libero arbitrio. Lib. IV. Cap. II, 0pp. Tom. IV. Vcnetiis 1721. pag. 284.

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