CHAP. IV. — ARGUMENTS DES ONTOLOGISTES
revient à affirmer que la vision béatifique n'est pas de l'ordre surnaturel, ou que la distinction présentée est fictive ; et que la vision ontologique est absolument la même que la vision béatifique, quoique, si l'on veut, d'un degré inférieur.
D'après le Concile du Vatican, M. Fabre ne peut l'ignorer, la vue de Dieu dans l'ordre naturel est fondée sur la vue de Dieu par le mo3'en ou par l'objet formel des créatures ; comme la vue de Dieu dans l'ordre surnaturel nous est donnée maintenant par le moyen formel de la révélation, et dans la Patrie par le mo} en formel de la divine essence. Quels que soient ses dires, en réalité l'ontologisme détruit la nature intrinsèque des deux ordres , et ce nouveau système , je ne me lasserai pas de le répéter, ruine par sa base la théologie catholique.
M. Fabre (4" proposition) : « Nous avons reconnu que la « vue naturelle de Dieu n'implique pas la vue surnaturelle que « ce souverain Etre peut, s'il le veut, nous donner de son « essence intime. »
Réf. Ce sont là des mots, répéterai-je encore, et l'affirmation des mots ne constitue point un argument. On a beau dire que la vision naturelle de Dieu, au sens ontologique, n'implique pas la vision surnaturelle ; affirmer n'est pas prouver, et les vraies preuves sont contraires à ces assertions sans logique. M. Fabre renvoie son lecteur au n» 904 ; mais ce nombre nous donne les mêmes assertions, à moins qu'on ne veuille regarder comme une preuve l'argument basé sur la diversité de l'objet, argument qui prouve juste le contraire de ce que M. Fabre voudrait, car il prouve que la vision ontologique implique la vision surnaturelle. Dans ce nombre, en effet, M. Fabre cite et admet le principe de S. Thomas: que la raison différente du] connaissable cause la différence des sciences : Dicendiim quod diversa ratio cognoscibilis diversitatem scieritiaritm indiicit^ et cet autre identique et généralement admis aussi par l'Ecole :Objectiim formate est ratio sub
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qiia^ et secundum quant î^es consideratu7\.. a qiio objeclo scientiasumit iinitatem et distijictionem.
Mais M. Fabre sait-il ce qu'on entend dans le langage scolastique par objet formel^ par raîio?iem sub qiia causant la distinction des sciences ? Il paraît l'ignorer, et il a ainsi creusé sa fosse de ses propres mains. En effet : l'objet de la science c'est ce dont la science traite, ainsi le monde est l'objet de la science cosmologique; l'àme, celui de la psychologie; Dieu, celui de la théologie. Mais les scolastiques distinguaient soigneusement et avec raison deux choses dans l'objet : Vobjet matériel et Vobjet formel. L'objet matériel est celui dont la science traite, soit le monde, soit Tâme, soit Dieu ; l'objet formel est la propriété que la science considère spécialement dans l'objet matériel, propriété sous laquelle ou pour laquelle l'objet matériel est considéré et ordonné. Le corps humain est l'objet de la physiologie et de la métaphysique, mais la première le considère dans les fonctions des organes du corps vivant, la seconde le considère dans sa nature spécifique d'animal raisonnable ; le physiologiste et le métaphysicien considèrent l'un et l'autre dans le corps humain quelque chose qui en est l'objet formel. Toutefois l'objet formel peut être connu de deux ou de plusieurs manières distinctes et même différentes : ainsi, pour ne pas parler des autres moyens, je puis connaître une vérité par mon propre raisonnement, en partant à^^ principes dont la lumière contient les vérités déduites ; ou bien je puis y adhérer fermement sur la parole ou l'autorité d'autrui. Dans ce cas nous avons l'objet matériel dans les deux connaissances, et l'objet formel est identique aussi, parce que, par supposition, la vérité par rapport à l'objet matériel est la même ; mais leprincipe ou la lumière par laquelle je vois cet objet formel est différente, puisque dans le premier cas (le raisonnement) c'est \q principe ou la lumière homogène et intrinsèque à la vérité connue ; et dans le second^ au contraire, c'est un principe ou une lumière extrinsèque à cette même vérité, je veux dire l'au-