‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 32 sur 126 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des atiribuis divins par rapport à nos connaissances

Sommaire. — 38o. — Assertion de Gcrdil. — 38 1. Vérîtcs de foi sur la réalité de la vision béatifique. — 382. Et sur Tinégalité de cette vision. — 383 Question de droit et de fait sur l'extension objective de la vision béatifique. — 384. C'est le sentiment commun des théologiens que les bienheureux ne voient pas et ne peuvent pas voir tout ce qui est virtuellement en Dieu. — 385. Ils ne voient pas les décrets libres de la volonté divine, pris dans le sens relatif. — 386. Ils voient cependant les relations personnelles et les perfections divines nécessaires, soit absolues, soit relatives. — 387. Opinion de Scot sur la possibilité absolue devoir intuitivement l'essence divine sans en voir les attributs et les personnes. — 388. Elle est contraire au sentiment commun des théologiens. Raison de leur sentiment. — 38g. Cette raison est puissante a fortiori contre l'intuition des ontologistcs modernes. — 390 Récapitulation et conclusion du chapitre.

38o. Assertion de Gerdil. — Si, dans le chapitre précédent, je me suis arrêté à exposer longuement la vérité catholique et les opinions des Scolastiques sur les attributs divins, je ne l'ai point fait pour faire montre d'érudition, mais parce que ces recherches sont essentiellement liées avec les doctrines ontologiques, comme on le verra dans ce chapitre et le suivant. « Il « est incontestable, affirme Gerdil, que Dieu peut manifester « ce qu'il y a en lui qui a rapport aux créatures et qui en est

« l'archétype, ou même quelques-uns de ses attributs sans mail nifester le fond de son essence (i). » Et Sans-Fiel, dans le second Dialogue de la Discussioti amicale^ rapporte ce texte de l'illustre Cardinal en soulignant le mot incontestable^ comme pour signifier que l'ontologisme est incontestablement étranger à la pensée de vouloir confondre l'intuition ontologique avec la vision béatifique. M. Fabre cite aussi les paroles de Gerdil. Mais malheureusement pour la cause de l'ontologisme, ces assertions du savant Cardinal sont fausses historiquement et sont très contestables scientifiquement, comme je m'apprête à le prouver. J'exposerai d'abord les doctrines indubitablement catholiques, ensuite les opinions théologiques, et enfin, j'en viendrai à l'ontologisme. Commençons par les attributs divins, et laissons les idées archétypes pour un autre chapitre.

38 I. VkRITÉS de foi sur la réalité de la vision BÉATIFIQUE.

Cest une vérité de foi que dans la Patrie les Bienheureux voient l'essence de Dieu immédiatement et à découvert. Bienheureux les purs de cœur, dit Jésus-Christ, parce qu'ils verront Dieu : Beati îJiundo corde quoJiiam ipsi Deiim vi'debutit (2). Maintenant nous voyons dans un miroir et en énigme, écrivait S. Paul, mais alors nous verrons face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu : Vide mus niinc per spéculum in aenigmate^ tune autem facie ad faciem (3) ; nunc cognosco ex parte ; tune autem cog-noscam, sicut et cognitus sum (4}. Nous savons, dit S. Jean, que quand il apparaîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le

{}) Principes métaphysiques de la Morale Chrétienne. Liv. II. Prop. XI. -Cf.

Institutiones philosophicae Hyacinthi Sigismundi Gcrdilii nunc primum

editae studio Caroli Vercellone sod. Barnabitae. Tom. II. Exercitat. III. Qu. II. Cap. I. Art. IV.

(2) Math. V. 8.

(3) Nihil aliud vult dicerc Apostolus, cum dicit, videbimus in Patria facie ad faciem quant quod videbimus ipsam Dei essentiam. S, Thomas. Comment, in I. ad Corinth. Cap. XIII. Lect. IV.

(^4) 1. Corinth. XIII. i2. Nunc, idest in praesenti vita, ego Paulus cognosco ex parte, idest obscure et imperfecte : tune autem, scilicet in Patria, cognoscam sicut et cognitus sum, idest sicut Deus cognoscit essentiam meam, ita Deum

I l8 LIV. III. — DE LA LUMIERE OBJECTIVE. — 2® PART.

verrons comme il est : Scimus qiioJiiain ciim appanierît^ similes ei erimus ; qiioniam tndebimus eum sicuti est (i). Ces paroles et les autres semblables de la saime Ecriture ont toujours été entendues par l'Eglise catholique dans le sens de la vision de l'essence divine, accordée aux Bienheureux. Aussi Almaric de Bena (2), au troisième siècle, qui niait que les Bienheureux jouissent de la vision de l'essence divine, fut-il condamné dans le iv" Concile œcuménique de Latran (i2i5), Chap. II. Au quatorzième siècle, Grégoire Palamas, dont j'ai parlé plus haut, se fit l'ardent champion de l'hérésie condamnée par le Concile de Latran, soutenant à grand bruit que ni l'homme ni l'ange ne peuvent voir la substance de Dieu (3), Les Grecs schismatiques, dont Palamas faisait partie, embrassèrent cette erreur ; et c'est des Grecs qu'elle passa aux Arméniens, à ce que pense Petau (4). Toutefois l'Esflise latine et l'Eglise grecque, dans le Concile œcuménique de Florence (1439), s'accordèrent à déclarer unanimement dans leurs lettres d'union que : Illorinn animas^ qui post Baptisma siisceptiim^ nullam ojnnijio peccati maculajii incurrerunt ^ illas etiam^ quaa post conti^aclam peccati maciilam.... siint piirgatae in Cœhim mox recipi et intiieri clare ipsum Dewn^ triniim et uniim. 382. Vérités de foi sur l'inégalité de la vision béati- FiQUE. — Mais comme c'est un dogme de notre sainte Foi

cognoscam per essentiam : ita quod ly sicut non importât hic aequalitatem cognitionis, sed similitudinem tantum. (S.Thomas ib.). Sur les véritables Corn» mentaires des lettres de S. Paul par S. Thomas, voyez la première dissertation du célèbre dominicain Bernard M. a De Rubcis. (i) Epist. I. m. 2.

(2) Almaricus ineimte i3 saeculo haercsim promtilgavit. E territorio Carnoiensi, villa ciii Benae nomen oriitndiis erat, professione Clericus, in Academia parisiensi studens. — Natalis Alexander. Hist. Eccles. Saeciil. XIII et XIV. Cap. m. Art. II.

(3) Cf. Natalis Alexandri Hist. loc, supra cit. Art. XIV.

(4) Nec diibium est qiiin Armenis Graecî auctores illiits erroris ftterint, ut et ceterorinnfere. Apud Graecos aiiiem vindex et propugnator ejiisdem acerrimiisfuit Gregnritis Palamas novae illiiis factionis corypliaeus ; ciijiis historiam et ridicula dogmata in primo hiijiis operis libro descripsi. Théologie. Dogmat. De Deo Deiqiie propriet. Lib. VII. Cap. VU. g VIII.

qu'on voit l'essence de Dieu dans la vision béatifique, c'est pareillement un dogme de foi qu'il y a dans la Patrie beaucoup d'habitations (i), c'est-à-dire que parmi les bienheureux, l'un voit l'essence divine mieux que l'autre ( j'en ai dit un mot au troisième chapitre de ce Livre). Quant à la cause de ces divers degrés, c'est-à-dire qu'ils viennent soit d'un degré différent de la lumière de la gloire, et en même temps de la vertu différente des intelligences créés, comme le veut Scot que Cajétan paraît suivre en quelque chose; soit de la seule lumière de gloire diversement infuse dans l'intelligence, comme les thomistes, Suarez et autres (2) l'enseignent plus généralement, en se conformant davantage à la doctrine de S. Thomas, ces opinions n'entrent pas dans le dogme de la diversité des degrés de vision dans les bienheureux ; c'est donc assez de les indiquer. Le dogme fut énergiquement défendu contre l'erreur de Jovinien, fameux hérétique du quatrième siècle, par S. Jérôme dans les livres qu'il écrivit expressément contre cet hérétique, et dans son exposition de la doctrine catholique au pape saint Damase. Et quand, au seizième siècle, Luther, quoique partant de principes différents, fit revivre l'erreur de Jovinien, le saint Concile de Trente condamna dans Luther l'antique hérésie, et défendit par de nouvelles définitions -la doctrine catholique, déjà définie par l'Église contre Jovinien et plus récemment par le Concile de Florence, dont voici les expressions : Definimiis animas intiieri clare tpsum Deiim^ ti^inum et wiîim siciiti est^ meritoriim tamen diversiiaie alium alto per~ fectius (3). La raison philosophique de cette vérité est que

(i) In domo Patris mei mansiones multae stint (Joann. XIV. 2). In hac ergo domo, idest in gîoria, quae Deus est, mansiones multae siint, idest diversae participationes beatitudinis ipsius : quia qui plus cognoscit, majorem locum habcbit. Diversae ergo participationes divinae cognitionis et fruitionis, sunt diversae mansiones. S. Th. in cap. cit. Joann. Lect. I. — Cf. Pctavius Theolog. Dogm. De Dco Deiquc Proprietat. Lib. Vil. Cap. X et XI.

(2) Summ. Thcol. P. I. Lib. II. Cap. XXI. — Cf. Billuart Cursus Theol De Dco et divjnis attributis. Dissert. IV. .^it. VIII.

(3) In littcris unionis.

120 UV. m. — DE LA LUMrKRE OBJECTIVE. — 2* PART.

Dieu est incompréhensible, et que si les bienheureux le voient toiit^ ils ne le voient pas totalement ; par suite, la raison même d'incompréhensibilité veut une manih^e de voir plus ou moins parfaite, causée non par la plus ou moins grande visibilité de Dieu, mais par la plus ou moins grande disposition ou puissance de vision des intelligences bienheureuses.

383. Question de droit et de fait sur l'extension objective DE LA VISION BÉATiFiQUE. — De Cette doctrinc de foi sur l'inégalité des visions des bienheureux, considérées subjectivement ou formellement, les théologiens furent conduits à chercher la nature de la perfection de ces visions dans l'ordre de leur objectivité, c'est-à-dire à chercher ce que voient les bienheureux dans la contemplation à découvert de la Divinité. Afin de mieux comprendre la nature de ces recherches, n'oublions pas qu'en Dieu , outre l'essence , il y a des attributs qui se distinguent d'elle virtuellement, comme nous l'avons expliqué dans le chapitre précédent. Pour les théologiens, il est certain et il est de foi que la vision béatifique est quidditative en tant qu'elle a pour objet l'essence divine, et qu'elle est intuitive parce que c'est une vision immédiate et très lumineuse, facie adfacicm; j'ai traité cette question plus haut.

Or, cette vision qui se termine immédiatement à l'essence divine, mais qui n'est pas compréhensive, embrasse-t-elle aussi les attributs divins? Telle est la question. Afin d'éviter toute équivoque il est nécessaire de distinguer les divers genres d'attributs ou de perfections qu'on attribue à Dieu. Certaines perfections sont en Dieu formellement^ c'est-à-dire selon leur signification absolue; d'autres, au contraire, ne sont pas en lui formellement, mais éminemment ; c'est-à-dire que ces perfections sont en Dieu dégagées des imperfections dont elles sont mélangées dans les créatures en qui elles existent (96 et suiv.). Parmi les premières il y a l'essence, les perfections dites simpliciter simplices et les relations personnelles des Personnes divines; parmi les secondes il y a toutes les créa-

CHAP. Vlfl. — DES AITR. DIV. PAR RAP. A NOS CONNAIS. 12 l

tures que Dieu a fait exister et qui étaient virtuellement en lui avant leur existence, comme en lui sont virtuellement aussi toutes les créatures possibles. En outre, parmi les perfections formelles de Dieu, il y en a de nécessaires, comme les attributs et les relations personnelles ; et il y en a de libres, comme les décrets de la volonté divine, décrets qui sont, mais qui auraient pu ne pas être. Enfin, les perfections nécessaires se subdivisent en absolues et en relatives, selon qu'elles conviennent à Dieu considéré en lui-même, comme la bonté, la vérité, etc.; ou qu'elles lui conviennent par rapport aux créatures, comme la création, la providence et autres semblables.

Cela étant posé, la question peut être résolue de deux manières : en fait et en droit; en fait, en se demandant si le bienheureux voit tous les attributs énoncés ; en droit, en recherchant s'il doit les voir.

384. C'est le sentiment commun des théologiens que les bienheureux ne voient et ne peuvent voir tout ce qui est virtuellement en Dieu. — Les théologiens admettent communément et très facilement que les bienheureux ne voient pas et ne peuvent pas voir tout ce qui est virtuellement en Dieu, c'est-à-dire toutes les créatures (i) que Dieu a créées ou peut créer. Car il semble que connaître tous les effets contenus dans une cause, et toutes les natures de ces effets dans leur intimité et individualité, équivaudrait à la compréhension de la cause elle-même; et Dieu est incompréhensible à tout intellect créé : nie igitur intellect us créât us pot est in causa cogjioscere omnes caiisae effectus^ et omnes ratio7ies effectuum^ qui causam totaliter comprehendit . Nullus autem intellectus creatus totaliter Deum comprehendere pot es t^ ut ostensum est (art. prasced). Nullus igitur intellectus creatus videndo Deum potest co-

(i) Les théologiens distinguent deux objets de la vision béatifique : l'un primaire et formel, qui est vu en soi et par soi; l'autre secondaire et matériel, qui est vu en raison de l'objet primaire. L'objet primaire dans la vision béatifique est Dieu; les créatures sont l'objet secondaire.

gnoscere omnia^ quae Deiis facit^ vel potesi facere. Hoc enim esset comprehendere ejus virtiitetJi : sed horum, quae Deits facit vel facere potest, lanto aliquis iiitellectits pliira cognoscit^ quaJito perfectiits Deum vîdet [i). Quelques-uns prirent de là occasion de noter le sentiment contraire comme très proche de Terreur et périlleux pour la foi. Suarez n'approuve pas la sévérité de cette censure, quoique lui-même soutienne que : Probabilius est non possc dari vlsionein Dei creatain^ per qiiam videtitur in Deo omnes res possibiles ; citant en faveur de cette conclusion, à la suite de S. Thomas et des thomistes, S. Bonaventure, Richard, Scot, Henri de Gand (2).

J'avoue que je ne comprends pas ce langage trop mitigé de l'excellent théologien. Bien qu'il soit certain, dit-il, que Dieu ne peut être compris par l'intellect créé, même béatifié; néanmoins, que la vision de tous les possibles équivale à la compréhension, c'est seulement une pure opinion, fondée sur un raisonnement probable, mais incertain , et conséquemment insuffisant pour infliger une censure à l'opinion contraire (3). Je ne sais vraiment pas pourquoi Suarez dit probable seulement la proposition, que la vision distincte de tous les possibles serait compréhension ; cette proposition me paraît au contraire très certaine. C'est aussi le sentiment de Petau (4) qui, après avoir dit que les bienheureux ne voient pas tous les possibles en Dieu, ajoute qu'une telle vision appartient nécessairement à la nature même de la compréhension : Qiiod ex Us necesse est sequi^ quae de perfecta Dei cognitione^ quam comprehensionem nomijtant^ supra docuimus ; et il poursuit : Ostenswn est enim absolutam illam Dei comprehensionem^ quam creata res nuîla potest consequi, in eo cojisistere, quod infinita Dei omnipotentia pîene cogniiioni nostrae pateat. Id auiem tum fieri^

(i) s. Th. p. I. Qu. XII. Art. VIII.

(2) In Sum. Theol. P. I. Tract, de div'ma stibstaniia ejusque attribiiiis. Lib. II. Cap. XXVI. n. 12.

(3) Suarez. Ib.

(4) Cf. Ferrarens, in III, Contra Cent. Cap. LIX.

cum res oimies, qiias possibiles vocajit^ distincte perspicitintur, (i). Et moins scrupuleux que Suarez, il écrit : Igitur ex cojnmiini sejisii et inlerpretatio7ie Vetertim Patriim^ illae ipsae scriptiirae [cxiéts,) significajit ^ perspiciie videri quidem a beatis Deiim, sed 7ion perfccto aliquo notitiae geiiere^ quo qiiidquid in Deo^ ejitsque vi ac patent la continetiir omnino percipiant (2). Tolet est encore plus explicite. Après avoir posé la conclusion : Nid lus beat us videt in Verbo^ quotquot Deus ipse videt, il ajoute aussitôt : Conclusio Jiaec estjîde tenetida ita, ut oppositinn sit error; et dans la troisième preuve, rappelant l'article de S. Thomas, il dit que s'il en était autrement Dipiîia virtus comprehenderetur[Q\:i intellectu creato); quod est impossibile (3).

Il est question ici, à peine est-il nécessaire de le faire remarquer, des individus soit créés et existants, soit possibles, contenus virtuellement en Dieu, et non des genres et des espèces des mêmes créatures existantes ou possibles, parce que, comme l'enseigne l'Angélique : Species et gênera rerum et rationes earum in Deo videbit quilibet videt essentiam divijiam (4). Peutêtre devrai-je m'occuper plus loin de cette question.

385. Les bienheureux ne voient pas les décrets libres 'de la volonté divine pris dans le sens relatif. — Les décrets libres de la volonté divine peuvent être considérés sous un double aspect : entitativement et velatipement^ ou en tant qu'ils se rapportent aux créatures comme à un terme défectible. Pris entitativement, les décrets divins ne se distinguent pas de Dieu, et les bienheureux les voient en Dieu simultanément avec les perfections formelles de la nature divine, comme je le dirai bientôt. Mais ces décrets, considérés

(i)Petavius. Théologie. Dogmat. Lib. VH. Cap. IX. n. I\'.

(2) Petavius. Ib. n. VL

(3) Enarratio in Sitmmam Theolog. S. Thomae Aquinatis, in Primam Partem. Qu. XII. Art. VIII. Qu. I. Secundo concl. Edit. rom. 1869. Tom. I. pag. 174 et 175.

(4) P. I. Qu. XII. Art. VII. ad 4. — Cf. Lib. II. Contra Gcntiles. Cap. LIX — et Commcntaria Ferraricnsis in eumd. loc.

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relativement, ne sont pas tous vus par les bienheureux, comme Jésus-Christ l'affirmait du jugement dernier : De die illa nemo scit, neque Angeli coeloriim (i). Ainsi les bienheureux connaissent de ces décrets ce qui leur est révélé, soit que, cette révélation étant supposée, ils les voient dans le Verbe, comme le veulent quelques théologiens, soit qu'ils les voient d'autre manière, comme d'autres le soutiennent.

386. Les bienheureux voient les relations personnelles et les perfections divines nécessaires, soit absolues, soit rela- TIVES. — Mais l'essentiel de la question posée plus haut porte principalement sur les perfections ou relations personnelles, et sur les perfections nécessaires, soit absolues, soit relatives, suivant les divisions déjà données. J'ai dit aussi que la question peut être traitée au point de vue du fait et au point de vue du droit. En fait, il est certain que les bienheureux voient et l'essence divine et les relations personnelles, c'est-à-dire qu'ils voient Dieu comme il est en lui-même, un en trois personnes : c'est une vérité de foi, explicitement enseignée par le Concile de Florence en ces termes : Animas... iti cœlum mox recipi et intuer i claire ipsiim Detim., triniim et iimim. Si donc les bienheureux voient Dieu comme il est en lui-même, il' me semble que , d'après les définitions du Concile , on ne peut douter qu'ils ne voient aussi les attributs divins, qui existent formellement et nécessairement dans l'essence contemplée de la Divinité ; que ces attributs soient absolus ou relatifs.

Le commun des théologiens s'accorde sur ce point contre les Nominaux, si toutefois ceux-ci ne diffèrent point des autres plus en paroles qu'en réalité, équivoquant peut-être entre l'intuition compréhensive des attributs divins, qu'on n'accorde pas et qu'on ne peut vraiment pas accorder aux bienheureux, et l'intuition béatifique qui, comme il a été prouvé, admet dififé-

(i) Math. XXIV.

rents degrés. Suarcz (i) cite Silvcstre comme étant favorable au sentiment des Nominaux ; mais, si je ne me trompe, dans les Commentaires sur le troisième Livre Contra Gentiles^ Chapitre LVI, que Suarez indique, le Ferrarais ne parle que de la connaissance distincte des attributs de Dieu ; et quoique ses expressions soient un peu vagues, elles peuvent très bien s'entendre dans le sens de la négation de la compréhension, plutôt que dans un sens favorable au nominalisme. Je cite en note (2) le texte du savant commentateur, afin que le lecteur soit en état d'en juger par lui-même.

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