‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 103 sur 136 · SUR LA NATURE DES IBEËS · texte numérisé non relu

SUR LA NATURE DES IBEËS

Depuis que les hommes ont commencé à philosopher méthodiquement, la question des idées a toujours paru en philosophie d'une extrême importance, d'une si extrême importance , dit saint Augustin, que, sans en avoir bien compris la nature , on ne peut être véritablement sage ' ; siquiâem in ideis ianta vis constituitur, ut nisi his inteUeciis, sapiens esse nemo possit.

Mais pourquoi , dira-t-on , nous amuser dans les sciences à ces théories abstraites , où si peu d'esprits peuvent atteindre? ne vaudrait-il pas mieux pour nous instruire à fond des choses, nous les faire voir en elles-mêmes , que de nous les montrer dans leurs images , dans un miroir ou dans un tableau?

Oui, sans doute, Messieurs, si nous pouvions connaître en elles-mêmes toutes les choses qui peuvent être les objets de nos connaissances; mais combien peu en est-il que nous puissions connaître immédiatement ? Tout le monde un peu philosophe convient que nous ne connaissons ainsi que notre âme , nos pensées , nos affections , nos sensations actuelles ; que nous ne connaissons les êtres distingués de nous , Dieu , le monde visible , notre propre corps que par les idées qui nous les représentent, lesquelles par conséquent sont les seuls objets immédiats de notre esprit dans la recherche de la vérité.

Voilà donc sans contredit le fondement de toutes les

• L. TAXXTII,qq. 11,4-46.

sciences divines et humaines. Je conclus avec saint Augustin : de quelle importance n'est-il donc pas d'examiner d'abord si ce fondement est solide et inébranlable?

C'est le dessein que je me propose dans ce discours ; je veux dire , d'examiner la nature des idées qui nous éclairent dans les sciences , d'en éclaircir la notion , et d'en établir la réalité.

D'abord , Messieurs , je vous déclare que je ne parle ici qu'à l'esprit pur, comme si j'avais à parler dans une académie d'intelligences purement spirituelles , et je ne crains pas que ma déclaration diminue le nombre de mes auditeurs. L'esprit pur est une faculté de notre âme , aussi commune à tous les hommes que l'imagination et les sens. Je commence par un principe de fait notoire à tout le monde.

Nous avons trois sciences incontestables , où les idées qui en sont les objets immédiats se montrent tout à découvert à la simple vue de l'esprit pur : l'arithmétique , la géométrie et la morale. Rien de plus facile que de s'en convaincre par la seule intelligence des termes.

Premièrement, quel est l'objet de l'arithmétique? On appelle ainsi la science des nombres 1, 2, 3, 4, 5, etc. , jusqu'à rinfîni. Mais qu'entendez-vous par nombres? Je vous le demande à vous-mêmes? Que peut-on entendre par là, sinon les idées qui nous éclairent dans tous nos calculs? ces idées , à la lumière desquelles nous comptons tous les êtres, les esprits, les corps et les nombres eux-mêmes, c'est ce qu'on appelle nombre nombrants , ou nombres essentiels , pour les distinguer des nombres d'institution humaine , que nous appelons nombres nombres , comme quand nous disons dans la géométrie pratique : un pied, deux pieds , trois pieds , etc. Il ne s'agit ici que des premiers.

Rentrons dans nous-mêmes pour les considérer de plus près dans leur suite naturelle. Quel spectacle pour des esprits attentifs ! Aimons-nous la simplicité dans les éléînents des sciences? considérons la progression des nombres dans

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