‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 102 sur 136 · SUR LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

SUR LA LIBERTÉ

de même force que celle qui nous attaque actuellement, I^a conséquence est évidente par le principe accordé. Or, de là, que 8*ensuit-il encore? Tout le monde sait que la résistance à une passion est une victoire commencée. Je suppose que dans le premier moment de Fattaque vous y résistiez en effet. A quoi tieat*il donc qu^ayant commencé de vaincre vous ne pousaiez pas plu9 loin votre victoire?

Me direz-vous que , par la force de l'habitude , la passion est devenue si dominante qu'elle vous emporte malgré vous? Je vous demanderai si elle voua emporte jusqu'à vous faire perdre la raison? Si vous en convenez , je n'ai rien à vous dire , sinon que dans le moment du transport il faut vous lier comme un frénétique jusqu'à la fin de son accès. Que si vous n'en convenez pas, qu'est-il besoin pour combattre une passion d'en appeler une autre à votre secours? Voilà la raison qui , de votre propre aveu , luit encore dans vos té* nèbres; qui voua oiïre ses lumières pour dissiper les nuages de votre esprit, ses moti& de sagesse pour arrêter les mouvements de votre cœur, ses exhortations secrètes pour vous rappeler à vous-même. Vous convenez que vous entondoz encore sa voix ; et vous regarderiez comme la plus atroce des injures si l'on vous disait dans ce moment que vous ne Tentende* plus. Pourquoi donc, je le répète, pourquoi dans ce combat intérieur des sens et de la raison , serait-il besoin d'appeler vos tyrans au secours de votre liberté, pendant que votre maître légitime vous tend les bras pour vous affranchir de leur servitude? Que dis-je? sa seule présence vous rend déjà libres. Au seul mot de raison , vous venez de reconnaître une loi que vous devez suivre. Encore un moment d'attention , et vous sentirez bientôt que la même loi qui vous impose le devoir de combattre vos passions , vous donne aussi le pouvoir de les vaincre. Je dis un pouvoir efficace, et, quand nous le voudrons, effectif. Combien d'exemples dans toutes les histoires, même profanes , dépassions vaincues par la raison? Combien d'habitudes vicieuses for-

mées dans la jeunesse, domptées dans un âge mûr par l'amour naturel de Tordre et de la vertu? Combien même de tempéraments nés vicieux, colères, insolents, superbes, enclins aux plaisirs des sens, convertis en leurs contraires par l'horreur naturelle du vice et du désordre? Je parle dans une académie savante. Je laisse à votre mémoire le soin de vous les rappeler.

En est-ce assez, Messieurs, pour nous convaincre des trois merveilles de notre liberté , dans ses trois points de vue les plus considérables?

1^. Dans cette espèce de royauté naturelle, que Dieu, en nous formant à son image , nous a donnée sur nous-mêmes pour coopérer avec lui à notre perfection et à notre solide bonheur ;

2®. Dans ce conseil intime dont il nous a pourvus avec tant de sagesse pour nous éclairer dans le gouvernement de notre cœur;

3**. Dans la manière admirable dont il nous conserve libres entre deux puissances contraires, l'une qui nous attire au bien , l'autre au mal , mais en nous laissant toujours les maîtres de nous-mêmes , c'est-à-dire dans le sens que nous Favons expliqué, nos souverains, nos rois.

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