‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 105 sur 136 · SUR LA NATURE DES IDÉES · texte numérisé non relu

SUR LA NATURE DES IDÉES

nent tant de formes différentes pour nous manifester la présence d'un maître, d*un législateur tout-puissant, et d'une loi étemelle. Voilà donc encore l'infini dans l'objet de la morale.

Quelle est la conclusion naturelle de ce premier principe de fait? j'aperçois l'infini. Donc il est. Car quoi de plus absurde, ou de i^us insensé, dit saint Augustin, que d'admettre l'existence des objets que nous voyons par les yeux du corps , et de refuser d'admettre celle des objets que nous voyons des yeux de l'esprit * ? Quid tam absurdum, quam ea esse, quœ oculis videmus, ea non esse, quœ inteUigentia cernimus.

Après avoir éclairci la notion des idées, il faut en établir la nature.

La question est de savoir si elles existent indépendamment de notre esprit, ou si c'est notre esprit qui leur donne l'être en y pensant? .

C'est-à-dire, par exemple, si les idées des nombres, des figures géométriques , de l'ordre ou de la règle des mœurs ne sont autre chose que des modifications de notre âme , ou si elles en sont réellement distinguées ?

C'est-à-dire encore, pour me rendre plus intelligible à tout le monde, si nous voyons dans notre âme toutes les vérités que nous connaissons , arithmétiques , géométriques, morales, ou dans quelque autre substance lumineuse par elle-même, qui nous les manifeste par son action continuelle sur notre esprit?

En un mot , si nos perceptions et nos idées ne sont réellement que la même chose , exprimée par deux termes différents , ou si elles sont deux choses essentiellement différentes par leur nature ?

D'abord , il est certain que Dieu , l'être infiniment parfait , connaît tout en lui-même ; que toutes les choses qu'il a faites lui étaient connues avant qu'il les eût faites; qu'il en

' De Immori. (UiUnœ., c. lO'

avait dans son entendement divin toutes les idées , les exemplaires , les modèles , tous les desseins , sur lesquels il a formé tous les êtres visibles et invisibles , les esprits et les corps.

D'où il suit par une conséquence nécessaire que les idées de Dieu ne peuvent être distinguées réellement des perceptions qu'il en a, ou de son entendement.

La question se réduit donc à savoir si en cela mémo Dieu nous a créés à son image.

En doutez-vous , me dira-t-on , quelques-uns môme sans balancer? Non-seulement j'en doute , mais, après avoir longtemps balancé le pour et le contre , j'ose assurer comme une vérité indubitable que les idées qui nous éclairent dans toutes nos sciences démonstratives sont réellement distinguées des perceptions que nous en avons dans l'esprit.

Le principe est que deux choses sont réellement distinguées quand elles ont des propriétés incompatibles dans un même sujet. C'est une vérité de logique universellement reçue.

Or, Messieurs , je le demande à quiconque entend seulement les termes , quelles sont les propriétés des idées qui nous éclairent dans nos sciences démonstratives? n'est-il pas évident que les idées des nombres , des figures géométriques , de l'ordre , et de la règle des mœurs sont essentiellement , comme les vérités qu'elles nous démontrent , éternelles, immuables, nécessaires, universelles, partout les mômes dans tous les temps et dans tous les lieux ?

Sont-ce là les propriétés de nos perceptions ? ne sentonsnous pas, au contraire, que nos connaissances les plus étendues sont toujours très-bornées, comme nos esprits, passagères, muables, contingentes , particulières , différentes en différentes personnes, et quelquefois dans nous-mêmes on divers temps? fût-il jamais entre deux termes de comparaison une distinction réelle plus marquée?

Dites-moi donc , Messieurs , ne serait-ce pas confondre la

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