‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 116 sur 136 · SUE LA NATURE DU RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

SUE LA NATURE DU RAISONNEMENT

sentir à rimpresBion actoeHe que j'en reçois, ou de suspendre mon contentement malgré cette impression.

Cest la notion commune de la liberté. C'est un empire véritable que Dieu nous a donné sur notre cœur, pour l'y exercer sous ses ordres.

Tirons les conséquences pour en découvrir l'étendue, mais aussi pour en fixer les bornes.

Donc : 4®. dans la recherche de la vérité je demeure libre, pendant que dans Texalnen d'une question je puis, après en avoir pesé lepour et le contre, suspendre encore mon jugement.

Donc, par la raison des contraires, je cesse d'être libre dans la recherche de la vérité aussitôt qu'elle se démontre à mon esprit par une évidence irrésistible.

Donc : S*, dans la recherche du bonheur, je demeure libre pendant que, sous l'impression actuelle d'un bien qui me prmnet de me rendre heureux, je puis, malgré son attrait, suspendre mon contentement, ou ne lui donner mon amour qu'à demi, conune à un objet qui ne remplit pas encore tout mon cœur.

Donc, par la raion des contraires, je cesse d'être libre dans la recherche du bonheur, aussitôt que l|jmpression actuelle cpie je reçois d'un objet aimable devient irrésistible, comme un torrent qui m'emporte en m'ôtant tout pouvoir de m'opposer à son cours.

Et pour encore mieux éclaircir la nature de notre liberté dans ses deux branches essentielles , prenons garde à la différence que la moindre attention sur nous-mêmes nous fait apercevoir.

4**. Dans la recherche de la vérité entre les jugements que nous portons des objets sur l'évidence des idées qui est toujours irrésistible, et les jugements que nous en portons sur des lueurs de vraisemblance qui nous laissent toujours le pouvoir d'en douter ;

2®. Dans la recherche du bonheur, entre l'amour du bien en général , où notre cœur nous entraîne sans cesse irrésisti-

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blement, et l'amour des biens particuliers, qui ne sollicitent notre cœur que par des impressions passagères, d'autant plus faciles à vaincre qu'elles nous fournissent des armes les unes contre les autres , comme nous l'éprouvons à tout moment par l'usage continuel de notre liberté.

D'où enfin je conclus que le sentiment intérieur nous conduit à la connaissance des facultés de notre âme par des raisonnements infaillibles.

Ne pourrait-il pas nous conduire encore plus loin? Je veux dire à la connaissance de Dieu et des hommes , avec qui nous vivons en société.

La question parait assez surprenante ; si le sentiment intérieur nous peut conduire à la vérité hors même de son territoire?

Pour y répondre , sans péril d'erreur , nous n'avons qu'à consulter notre propre expérience , mais en suivant toujours la direction des idées claires pour en tirer les conclusions.

Je sens tour à tour tantôt du plaisir, tantôt de la douleur. Quelle est la cause qui les produit en moi? Estrce moi-même ou un agent extérieur? Consultons notre oracle ordinaire.

J'aime le plaisir et je hais la douleur. Donc, si j'en étais le maître , je me donnerais toujours du plaisir et jamais de la douleur. C'est la conclusion naturelle du désir invincible que j'ai d'être heureux.

Mais je me trouve dans un état bien différent : j'ai beau aimer le plaisir, mon amour ne me le donne pas; j'ai beau haïr la douleur , ma haine, au lieu de la détruire quand elle me tourmente , me la rend au contraire d'autant plus insupportable que je la déteste plus.

De là une autre conclusion encore plus infaillible que la première. Donc, par le principe que tout effet a une cause, il y a dans le monde une volonté supérieure à la mienne, une volonté toute puissante qui m'avertit, par son action continuelle en moi , que je suis sous la main d'un maître qui me peut rendre heureux ou malheureux , qui me le fait

Si6 SUR LA NATUIB MJ RAISONNEMENT.

défi MBtir, tàntM par la plaisir dont il me flatte, ettantAC par la doalaar dont il m'afflige, l'un et l'antre , auivaiiC OMPlaîiiat lois Atmatantei. Je ne lui demande pas des raiflona i$ aa aowliula i Je l'adora, ja aais que rfitre tou^Hifflawil est aussi tout saga at tout josto par sa nature.

CM la praaafar daa toas intelHgents <iue le fientiment iatMaor nous bH oomialtra par un raisonnement infaillibla. Je ne l'apercevais, pour ainsi dire, que de loin par «on tdda addUma d'fitra par aamaoe : Ego nm qui mm. Je la toîs , floinme dans mmHnéoM, par la sentiment lutteur de bob action continuelle en moi : in qw> vivimuê, movenmr 0I 9wmi$, Uùê anin, pottvxHHMKms eoanattre avec la mèma eertilade las inteiligfineis créées, leur existence et leur nature? Nous savons très-certainement que si elles existent, elles aa daivant Imr être qu'A une volonté libre du Créateur. Donc, ja ne puia aonnaltre leur enstenee que par une e»p^e» de révélatioB divine. Tout autr^ témoignage aurait lui-même feosafia de pnuva. Et ja demande une démonstration qui mo aoavmnqae par ella-mâme, qu'il y a dans le monde une société d'écrits unis ensemUe , et avec nous par un com- Boaree de pensées f Quelle certitude en pouvons-nous avoir? Regardons tout autour de nous. Voilà du moins bien des apparences de société qui me frappent réellement. Suivons le principe.

Je mé trouve dans le monde comme sur un théâtre , environné d'un nombre infini d'acteurs qui me ressemblent par la figure. En puis^je inférer qu'ils ont aussi une Ame semUabla à la mienne? una Âme qui pense, qui réfléchit sur elle-même, qui doute, qui délibère? Mais quelle connexion entre Texistenca d'un corps et celle d'un esprit uni A ce corps? cette union ast^lle même possible? et si je n'en avais un certain pressentiment, m'aviserais-je seulement de me faire une telle question? Il faut donc quelque chose de plus pour me convaincre du fait.

Or, je m'aperçois que ces acteurs qui m'accompagnent sur

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h» scène du nionée ne sont pas maetB : ils me fyftrtent el je les eniendg; je \es inte^FO^ et ils me répoiident. Je cOfi»ptffe leuF» ré{K)iises arvec mes interrofgdtieœ f et la C€ttfiai^gfM que j'en fais m'apfNTend qti'ii» ont bîcia eompiit^ le aèiiê dé mes paroles y et par conséquent qoe noms attaeiiôiftf ktt mêmes idées aux même» tevmes« S^il «mve entrée iléus quel* que mal^teddu ^ bom neu» e&pliqiiofi»^ ùf $ipf^ U&oê êît^ expliqué»^ nous sommes de m^ne sentimetit , iioifs en dentée Aons^ si nous somm«sr d'opinkms coattfàfm, Hotls disputofli} la seèae s'tmime ^ nos opiraons s'efiti^s><lMM|iieMit ; nom eooh battons^ ^ chaeun pour k sienne f avee une égdk ardeur , el toujours en appelant de part et d'autre à kl faiaon, emoÊtê à un tritmnal sans appeL

Voilà bien des apparences d'usé efmmmû&t héê étftm plusieurs personnes. Mais ne serait-ce donc là que des apparences? Est-ce moi tout seul qui joue en moi-même tant de personnages différents? qui me parle et qui me réponds? qui soutiens une opinion et qui la combats? qui remporte la yic^ toire et qui' la perds? qui m'applaudis comme vainqueur et qui m'afflige comme vaincu? Ou, ce qui est encore plus contradictoire , est-ce l'auteur de la nature qui me représente hors de moi un spectacle imaginaire d'acteurs à visage humain sans esprits? qui me ferait entendre autour de moi tant de voix humaines articulées en paroles, souvent si peu dignes de sa sagesse , pour me faire accroire que je converse dans le monde avec des hommes réels ?

C'est-à-dire que la vérité souveraine me rendrait à toufc moment un faux témoignage. Concluons.

Donc, évidemment, voilà toutes les apparences d'une société d'esprits unis à des corps , converties en réalités par le principe incontestable qu'une chose est quand il y a contradiction qu'elle ne soit pas.

Donc enfin , le sentiment intérieur nous fait connaître les âmes des autres hommes , leur existence et leur nature , par dés raisonnements infaillibles.

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