‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 15 sur 136 · PREMIERE PARTIE. .\li · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. .\li

après Tcsprit. Non, Monsieur, je vous nssuro ({ucjo no cours qu'après la vérité. Il ost vrai ({ue je luche do lui donner Unis les ornements ({ue jo puis , sans néanmoins la rondiv méconnaissable. Il me semble que le bon j^oût le veut ainsi. Jo n'écris ni pour des anges ni pour des géomètres ; j'écris ]H>ur les lecteurs ordinaires^ qui veulent dans un livre quel(|uo chose qui les réveille et qui les pi<iue. Si j'ai tort, jo vous prie , avant que de me condamner , do faire lo procès à Tito- Live, àSalluste, à Tacite, à Thucydide, à Xénuphon ot à tous les héros de l'histoire tant ancienne que modorno. Je prends surtout pour modèle les Mémoires du cardinal de Betz. Il écrit dans le vrai goût de la narration. Vous conviendrez même, Monsieur, que j'ai plus déraison que tous ces auteurs de chercher quelques ornements dans notre histoire. La plupart des faits qu ils rapportent se |)euvent soutenir par eux-mêmes , au lieu que les miens n ont rien qui attache un lecteur toujours prêt à bailler à la vue d'un philosophe ou de la philosophie. Conclusion , Monsieur : j'irai toujours mon train jusqu'à ce que l'histoire soit finie. Alors je vous écouterai avec plaisir ot avec docilité dans toutes les choses où la raison et le bon goût seront de votre côté ; car je suis convaincu qu'il y a encore bien des défauts dans ce que je vous ai envoyé de notre histoire »

Ici périt tout vestige du travail du P. André sur la Vie de Malebranchû. Vers Tannée 1721, arrêté, jeté à la Bastille, comme nous le verrons, tous ses papiers furent saisis, et, ainsi qu'il l'avait appréhendé, tombèrent entre les mains de la société. Parmi ces papiers étaient la Vie de Malebixmche dans sa dernière forme. Cet onvragc a donc fini par se trouver à la fois à l'Oratoire et chez les Jésuites. L'Oratoire ne possédait que la première ébauche, et il paraît que, telle qu'elle était , on songeait à la publier; 6ar« itt milieu de notre correspondance , se trouve une

1 INTRODUCTION

lettre anonyme adressée à ^L Tabbé de Marbeuf de TOra-

toire : elle est datée d*Orléans, du 10 janvier 1721^

« Je vous envoie , (fit le correspondant anonyme à M. de Marbeuf, une lettre du P. André: je la reçus hier. Je n'ai pu la lire sans laisser couler quelques larmes. Si ses ennemis connaissaient sa vertu et son courage, je ne puis m'empêclier de croire qu'ils seraient eux-mêmes sensibles à ses malheurs* »

Et aîOeiird :

a Je vous prie de me faire savoir s'il n'est pas possible d'adoucir un peu certains traits de l'histoire deMalebranche» qui ne peuvent avoir d'autre effet que d'aigrir de plus en plus la société contre T auteur. »

Par égard pour la situation d'André, Tabbé de Marbeof s'abstint de publier l'écrit qui lai avait été confié. On ne sait plus anjoord'hni ce qn'il est devenu. Est-ce cdni que le P. Tabaraud de l'Oratoire paraît avoir connu et déclare avoir été mutilé par son possesseur actuel 7 II est certain que la bonne édition, s'il est permis de parler ainsi, de la Vie de Malebrancke, fut saisie par les supérieurs da P« André. En effet, dans une lettre de ce dernier, datée d'Amiens, 18 juillet 1722, et adressée à un M. Mazore, du collège de Laon, à Paris, on trouve ces mots :

« J'avais entrepris l'histoire du P. Malobranche ; Dieu n'a pas permis que je Taie achevée. A ïa bonne heure ; il l'a voulu mettre en de meilleures mains. Je le prie seulement d*insptrer à Fauteur qui la réformera et qui la finira un certain esprit d'éqtdté qui lui fasse faire justice à tout le monde, sans refr> pect humain ; sans cela, ce ne serait qu'une histoire de partL»

£1 qadks étaient ces meilleures mains? Celles d'an jesaite : c^est ce qui résuhe d'an passage d'ane ktlre ano* oyne et sans date qui se rencontre aa milieu de noire Baaauserit, et où le correspondant inconnu rokl compte, à

PIEXIÈBB PAITIE. Ij

pcnooae dont le bodi maiiqaf éplcmenc, de rembarras oà il est de quitter la société des jésuites dont il fait partie , M d*y rester pour y sulûr de perpétuelles tracasseries.

c Le P. André parie du recteur d'Amieni^ lorsqu il dit

que la l'iV du P. Jdaiebranche e^t resiée entn' leâ mains du

père recteur El ce recti*ur t*st io P. Fni}:erais', qui fut

envoyé à ^Vrras pour nuire délix ruiico. a

Quant aux Méuioires et papiers communiqués au P. André par ses amis de TOratoirc et dont nous avons donné la liste , il put les sauver sous la promesse formelle de ne plus eonrei|N»dre avec de pareils amis. Dans une lettre datée d* Amiens, du 23 avril 1722, adresse'^ à M. Larche\équo, et dans laquelle il raconte la persécution dont il a été Tobjet, k P. André s'exprime ainsi :

«ne donc fallu céder à la force. Pour tirer de leur^ mains les livres et les Mémoires qu on m'avait prêtés fiour fuin' rhisloire du P. Malebranche, il m'a fallu, contre mon inclination , leur promellrc que je n'écrirais plus à ceux «iont je les tenais, gens suspects à notre compagnie, mais qui n'en sont pas , à mon avis, moins honnêtes gens. »

Tels sont les renseignements de toute sorte qui nous sont fonrnispar le manuscrit de Lille sur la Vie do Malel/twiche, que tant de documents authentiques, une si vaste correspondance et le talent du P. André auraient infailliblement rendue bien supérieiu'e à la Vie de Descaries par Baillet.

Avant de quitter cet important sujet, nous voulons adresser encore une fois, avec toute la force qui est en nous, notre publique et instante réclamation ù celui qui possède encore aujourd'hui les matériaux de ce grand ouvrage. Qu'il sache qu'il ne lui est pas permis de retenir

* Voyez plus bas, V partie.

.lij INTRODUCTION.

Je précieux dépôt tombé entre ses mains, encore bien moins de l'altérer. Tout ce qui se rapporte à un honune de génie n'est pas la propriété d'un seul homme, mais le patrimoine de l'humanité. Malebranchc aujourd'hui, élevé par le temps au-dessus des misères de l'esprit de parti, n'est plus l'ami de Port- Royal et le confrère de Quesnel ; ce n'est plus que le Platon du christianisme , l'ange de la phi< losophie moderne, un penseur sublime, un écrivain d'un naturel exquis et d'une grâce incomparable. Retenir, altérer, détruire la correspondance d'un tel personnage, c'est dérober le public, et, à quelque parti qu'on appartienne, c'est soulever contre soi les honnêtes gens de tous les partis. Mais il est temps de laisser là l'histoire de Malebranche pour entrer dans celle d'André. Nous allons la parcourir pas à pas à l'aide de nos manuscrits. Jusqu'ici , nous n'avons puisé que dans le manuscrit de Lille; maintenant nous ferons usage de nos deux manuscrits, mais surtout de cdai de Gaen, qui embrasse un espace plus considérable de la vie d'André.

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