‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 19 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — I. Ivij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — I. Ivij

gouhaiiter, il faut nécessairement qu*elle travaille à effacer de Fesprit des (supérieurs ] les impressions qu'on a conçues d'elle. C'est ce que je lui souhaite et à quoi je la prie de tout mon. cœur de travailler. Croyez-moi , mon révérend père, c'est le seul moyen que votre esprit , cultivé par beaucoup d'études, produise, dans la suitte, des fruits qui vous soient agréables et qui fassent honneur à la compagnie. Je me recommande à ses saints sacrifices, et suis plus que personne, avec beaucoup de respect, do votre révétence, le trèsihumble et très-obéïssant serviteur,

«Rouen, 5 septembre 1706.

« Delaistre. »

Nouvelle lettre du P. Atidré , plus vive que la première , où, insistant sur la forme plus que sur le fond de Taflaire, il se plaint avec énergie d'être puni comme s'il était coupable » sans avoir été admis à se justifier. André avait alors une trentaine d'années , et il en comptait déjà dix ou douze de service parmi les jésuites.

i< 10 septembre 1706.

« Mon révérend père ,

ff Je sçai trop bien le prix des croix pour murmurer de celle que Dieu m'envoie par vos mains ; je m'en tiens honoré, et le remercie de tout mon cœur de la part qu'il me donne au calice de son fils. Mais je ne suis point plus patient que mon maître ; vous savez combien de fois il demanda ( grâce) à son père , et qu'un coup reçu d'un valet insolent lui sçut arracher une plainte; c'est, mon révérend père, la même que je prends la liberté de vous faire aujourd'hui. Si j'ai mal parlé, si j'ai de mauvais sentiments, que mes accusateurs montrent en quoi ; mais, si je n'en ai point d'autres que ceux de la raison et de la foi la plus pure, oserois-je le demander à votre révérence, pourquoi prêter vos mains paternelles à l'injustice des coups qu'ils me portent ? Encere si

IvSj INTRODUCTION.

l'on avoît observé quelque forme de justice à mon égard ; mais à peine ai-je été accusé à votre tribunal , dès ce moment j'ai été coupable et condamné. Votre révérence ellemême m'en est un sûr gariant ; car, si vous n*avez point fait réponse à la lettre justificative que j*eus Thonneur de vous écrire il y a près de deux mois, c'est ^ dites-vous, parce que, dès lors, la résolution étoit prise de m'ôter d'ici? Quoi, dès lors, mon révérend père? J'ai doiic été condamné avant que vous m'eussiez communiqué les accusations de mes ennemis, avant que je sçûsse que j'étois accusé? Est-ce là le procédé d'un père, d'un supérieur, d'un juge? Quel est donc mon crime , ce crime si énorme , qu'il mérite qu'on viole , à mon égard , les droits les plus naturels ? Je veux bien m'en rapporter à votre révérence , c'est trop d'attachement à do certaines nouvelles opinions. Voilà , dites-vous, la seule raison de ma disgrâce. Mais, premièrement, quelles sont ces certaines nouvelles opinions? qu'on m'en marque une seule parmi les miennes en matière de foi , ou qui y ait le moindre rapport aux yeux du bon sens ; qu'on m'en montre en philosophie même une seule que j'aie tellement embrassée que je ne sois pas prest de l'abandonner à la première lueur de la vérité. Mais, en second lieu, mon révérend père, quand }'aurois ces prétendues nouvelles opinions, puis-je demander à votre révérence d'où elle peut savoir que j'y ai trop d'attachement ? M'en avez-vous jamais parlé ou fait parler par vos subalternes? Vous avez passé par ici à vôtre-retour de Rome ; m'avez-vous mandé pour m'en avertir charitablement ? Et cependant c'est dès lors que ma perte a été résolue. Que le Seigneur en soit loué ! Mais je le prie de nous juger tous deux , et de vous pardonner cette violente résolution aussi bien qu'à ceux dont les calomnies vous l'ont arrachée.

« Cependant , mon révérend père , malgré leur crédit et leurs instances, j'ai bien de la peine à croire que vous l'eussiez prise s'ils ne vous avoient empoché d'examiner : 4®. le

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