PREMIÈRE PARTIE
LE P. ANDRÉ mSTORIEN DE MALEBRANCHE.
M. Tabbé Guyot , auteur de l*Éioge historique qui pré" cède les ouvrages posthumes du P. André , est , je crds t le premier qui ait parlé de la Vie de l'illustre oratoriea composée par notre jésuite. Il s'exprime ainsi, p. 5S-5& de l'Éloge historique : « Ce morceau peut être regardé « conune un ouvrage d'esprit et de sentiment Notre an- « teur y parle en maître de tout ce que la théologie , la « métaphysique et la morale du P. Malebranche ont de « plus relevé, en écrivain parfaitement instruit des moin* 0 dres circonstances de sa vie et de ses guerres littéraires» « Le cœur s'échappe par mille endroits , surtout lorsqu'il « s'agit de quelque trait historique ou de quelques dé- « couvertes qui peuvent faire honneur à la reUgion. » Et il ajoute en note : « Cet ouvrage n'a point encore paru* « La copie que nous en avons est trop défectueuse pour « qu'il nous soit permis d*en faire usage. Nous avons ou! tt dire qu'il en existait une autre plus complète; cdui « qui en est le possesseur obligerait certainement le pu- « bhc s'il voulait la communiquer. »
Le P. Tabaraud, de l'Oratoire, dans l'article de la Biographie univei^selle sur le P. André, semble avoir connu cette Vie de Malebranche; car il déclare qu'elle « a été étrangement mutilée par celui qui en est le dépo- « sitaire actuel » Quel était ce possesseur actuel de ta Vie de Malebranche, par le P. André? le P. Tabaraud
Xij INTRODUCTION.
n'en dit rien ; il aurait dû le dire : nous saurions aujourd'hui à qui nous adresser, à qui faire entendre d'énergiques réclamations. Mais, dans le silence du P. Tabaraud, tout moyen d'information nous échappe, et nous en sommes réduits à attendre le résultat douteux des démarches de M. Mancel auprès de la famille de M. l'abbé Heraey-d'Auberive. Les extraits que nous allons donner de la partie des lettres du P. André qui se rapporte à cette biographie de Malebranche, montreront combien elle devait contenir de faits curieux et importants pour l'histoire de notre grande philosophie du xviv siècle , et combien est coupable celui qui, pour la satisfaction d'une curiosité égoïste ou par un misérable esprit de parti , prive le public d'un écrit qui lui était destiné , et dont la perte ne peut pas même servir le plus violent ennemi des doctrines de Malebranche, puisque désormais rien ne peut aboUr les œuvres de ce grand homme.
Le P. André avait fait la connaissance personnelle de Malebranche à Paris, aux conférences que tenait M. l'abbé de Cordemoi. Depuis, il avait entretenu avec lui une correspondance intime et assidue. Il lui avait voué une sorte de culte. La seule nouvelle de sa maladie lui arrache un cri de douleur.
A M. l'abbé de marbeuf. — 16 août 1715.
(( Ce que vous me mandez de la maladie du R. P. Malebranche m'afflige extrêmement. Et peut-on avoir un amour sincère pour la vérité , sans regretter un homme qui en a été, de nos jours, le plus intrépide et le plus sage défenseur? J'en ai une raison particulière : j'ai toujours trouvé en lui un ami, un père, un oracle dans mes doutes et un consolateur dans mes peines.... Je vous avoue ma faiblesse; je me sens atten-