‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 3 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE. \iij · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. \iij

dri jusqu'aux larmes; cela n'est guère philosophe : car ce n'est pas lui ( qui va être heureux ) , c'est vous , c'est moi , c'est tous ses amis que je pleure.... »

A M. LARGUEVÂQiE. — 20 octobre 1715.

« .... Je recommande à vos prières Tâme du l)on P. Malebranche. Il mourut dimanche dernier, âgé de près de soixante et dix-huit ans. Il a écrit presque jusqu'au dernier soupir. Nous verrons apparemment bientôt ses ouvrages posthumes. Peu de temps avant sa mort , il m'a fait assurer de son amitié par un de ses amis qu'il m'a légué pour me tenir sa pluce (M. l'abbé de Marbeuf ). Il le chargea en même tom|)S d'un exemplaire de son dernier livre contre celui de l Action de Dieu. Je l'ai lu fort attentivement, et j'y ai trouvé toutt; la force et toute la beauté d'esprit qui brille dans tous les autres. Il y parle partout en maître , quoique toujours avec une modestie qui relève infiniment son mérite. »

C'est immédiatement après la mort de Malebranche que le P. André eut la pensée d'écrire sa Vic^ et il s'adressa à M. de Marbeuf pour obtenir des confrères et amis de l'illustre défunt des renseignements et des documents authentiques. Le P. Lelong , un des plus intimes amis de Malebranche , s'empressa de composer un certain nombre de Mémoires à l'asage du P. André. Dès l'année 1716, nous voyons celui-ci mettre la main à l'œuvre , et nous allons suivre dans ses lettres la trace et le progrès de son travail.

A M. l'abbé de MARBEUF. — D'Alençon , 20 avril 4716.

« Monsieur,

« Je viens de lire avec une extrême satisfaction les deux Mémoires que vous m'avez envoyés pour l'histoire du R. P. Malebranche. Ils sont de main de maître , pleins.de bon sens et de lumière, en un mot, d'un homme qui possède parfaitement les matières dont il parle. Je vous prie , Monsieur, d'en faire

idv INTRODUCTION,

mes très-humbles remercîments à Fauteur, et, en le remerciant, de lui demander encore en grâce * :

« 4^. De me donner carte blanche sur Tusage de certains conseils qu'il m'adresse dans ses Mémoires, et que je ne pourrais peut-être pas suivre dans la dernière exactitude, comme d'insérer dans notre histoire les extraits que le P. Malebranche a lui-même faits de quelques-uns de ses livres , etc. Il est, ce me semble, à propos que j'aie là-dessus une pleine liberté ; car il faut sur toutes choses nous garder d'être ennuyeux , ce qui n'est pas aisé dans les citations.

« 2*. De se donner la peine de faire encore quelques recherches pour nous trouver de quoi égayer la matière. Il y a certains petits faits intéressants, des rencontres , des personnalités, des bons mots, où notre illustre ami était si fécond , des pensées ou des sentiments sur diverses matières humaines, des actions de piété, de générosité , de régularité aux observances de sa congrégation , d'humilité , d*honnéteté , mille petites choses , qui , par la raison même qu'el* les sont petites, paraissent quelquefois grandes dans les grands hommes. Ne craignez pas que j*en charge trop notre histoire. Je ferai un choix que je placerai où les choses me paraîtront devoir faîre un bon effet pour réveiller l'attention du lecteuf .

« 3®. Je voudrais sur toutes choses avoir un journal exact de sa dernière maladie , de ses derniers sentiments , de ses dernières paroles, enfin de quoi faire une peinture frap^ pante et touchante : visités de ses amis , leurs regrets, les témoignages d'affection de ses confrères , etc.; son portrait physique , les vers mis au bas ; il faut penser à toilt. « 4®. Ne pourrait-on pas avoir une attestation en bonne

* Même aujourd'hui , apr^s tant de Notices sur Malebrancbe ( Éloge de FonteDelle ; le P. Niccron ; article Max.ebrakcue, du P. Tabaraud, dans la Biog, univ., ctc.)f nous sommes dans rimpossibilité de répondre à toutes les questions d'André. Quand nous le pourrons , nous donne* rons ici les renseignements qu'il demandait à l'abbé de Marbouf et aa P. Leloog.

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forme de M. le cardinal de Polignac sur le fait de M. de Cambray au sujet de son livre de YEooistencê de Dieu, dont je voudrais bien avoir les deux éditions? Ce fait me touche personnellement, car je crois avoir été Toccasion de la préface du P. Toumemine, par une lettre que j'avais: écrite à notre provincial, et où je défendais les sentiments du R. P. Malebranche sur la nature des idées par F autorité , si bien reçue chez nous , de cet illustre archevêque ; du moins ne futce qu'après ma lettre que Ton s'avisa de faire une nouvelle préface à son livre.

« 5^. Je voudrais savoir plus exactement les emplois qu'il a eus chez les pères de l'Oratoire , les lieux où il a vécu , ce qu'il y a fait de particulier , les personnes avec qui ou chez qui il s'est trouvé ; ce que c'est que Barri ou Varvi , l'abbaye de Perseigne , les motifs de son voyage à La Rochelle , etc. ; ce qui le détermina plutôt à l'Oratoire qu'à un autre institut, avec les règles fondamentales de cette illustre congrégation.

« En attendant sur tous ces points des éclaircissements , je ne laisserai pas de mettre la main à l'œuvre dès demain. Je commence à jeter sur le papier la suite chronologique des faits et de3 ouvrages du P. Malebranche , afin d'avoir toujours devant les yeux où je vas et par où je passe. Après quoi , je composerai chaque morceau par ordre , ne lisant les livres qu'à mesure que j'en aurai besoin pour me bien expliquer et pour me rendre, si je puis, intelligible à tout le monde. J'oubliais de vous demander un détail bien circonstancié * des brouilleries de l'Université qui donnèrent occasion au roi d'y envoyer M. de Harlay pour en baniiir lé cartésianisme, et à Boileau de faire cet Arrêt burlesque, qui rend le péripatétisme si ridicule. Lorsque j'étais au collège de Clermont, à Paris, on tâcha de me décartésianiser en me mettant entre les mains une relation vraie ou fausse de ce qui s'était passé à ce sujet. Ne pourraitron pas l'avoir? On

* Ce détail se troare dans rArertissement, au sujet de l'Arrêt burlesque, Œuvres de Boileau, édition de Saint-Marc, tome III, p. 108.

XVJ INTRODUCTION

ne me dit point qui est l'auteur du livre de rAction de Dieu * , ni le nom de certaines personnes citées dans les Mémoires , soit messieurs ou dames , etc. Il me parait néanmoins à propos que je les connaisse pour les nommer si cela est nécessaire, et pour les désigner s'il n'est pas permis de les nommer ; car je n'aime pas à voir, dans les histoires, de ces messieurs à trois petits points qu'on ne sçaurait deviner, surtout quand on n'en dit que du bien. Voilà , Monsieur, bien de la peine que je vous donne , mais c'est pour vous faire plaisir^ et il est bien juste que nous travaillions à frais communs à la gloire de notre commun père. Je suis , avec respect , en N.-S. J.-C, qui aura, comme il le mérite , la meilleure place dans notre ouvrage , comme il y aura la meilleure part , <( Monsieur, « Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

« André , J. »

AU MÊME. — 27 avril 1716.

« Monsieur,

« Si je vous ai demandé de plus amples informations de la vie du P. Malebranche , ce n'est point que les Mémoires du R. P. Lelong ne soient très-exacts et très-remplis de belles choses; ce n'est pas non plus que je veuille faire usage de tout ce que vous m'envoierez ; c'est avarice toute pure de ma part , mais une avarice dont je ne crois pas que vous me blâmiez ni l'un ni l'autre. Je me suis mis dans l'esprit que , lorsqu'on écrit sur une matière , on ne saurait trop avoir à

' C'est Boursier, né à Écouen en 1679, élevé aax coUéges des Quatre- Nations et du Plessis, puis docteur de Serbonne. L'Action de Dieu sur la créature est de i7i3, 2 vol. in-4'*. Boursier s'opposa au formulaire d'Alexandre YII et à la constitution de Clément XI , et fut un des partisans les plus chauds de VappeL De là pour lui de longues disgrâces, au milieu desquelles il mourut, le 17 février 1749. (Voyez l'arlicle Boursier, par le P. Tabaraud, dans la Biog. univ.)

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