‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 28 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — L Ixîîj · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — L Ixîîj

qa*André? Quels étaient ces professeurs de philosopliio cl de physique qui enseignaient la doctrine de Descartes et de Malebranche ? I^ charité du P. Andrô ne lui permet pas de les nommer. La latinité de cette lettre est peu se- Tère, mais facile, et le ton en est reinar(]uablcmcnt éner* giqne.

Une plainte aussi \ive ne dut pas plaire beaucoup à Rome. Le général des jésuites % Michel-Ange Tamhurini, se contenta de faire avertir le P. André de se tenir tranqaflle et d'obéir h ses supérieurs, qui d'ailleurs pouvaient BTOir encore d'autres motifs que son attachement h des noureautés dangereuses iK)ur l'envoyer de Paris à la Flè* cbe. Cette lettre, que nous n'avons pas, parut au P. André uBe injasticc nouvelle , contre laquelle il réclama de nouveau auprès du général lui-même. Cette réclamation est plus vive encore que la première. Elle abonde en détails curieux; elle renferme une défense de l'orthodoxie de Descartes et de Malebranche, et, quoique toujours d'une latinité peu sévère, elle s'élève quelquefois jusqu'à l'éio-

quence.

Tout fut inutile, et pourtant André croyait bien avoir pris toutes les mesures nécessaires pour réussir. En même temps qu'il s'adressait au père général , il avait eu soin d'écrire à un de ses confrères et amis le P. Deschamps ^,

* Elu tout récemment dans la quinzième assembli^e générale, le 31 janvier 1706, et mort en 1730. Pfous retrouverons plusieurs fois ce personnage dans la suite de Tbistoirc d'André.

' Ce ne peut être le P. lôlicnno Dcscliamps , auteur du livre de Hœrcsl Janseniana ah aposlolica seile merilo proscripla (la dernière édition par le P. Soucicl est de Paris, in-fol., I7'i8) et de plusieurs autres ouvrages célèbres dans leur temps, né à Bourges en 1013, mort ù la Flèche au mois d'août 1701. Voyez les Mémoires de Trévoux, Janvier 1702, et le Dictionnaire de Moreri, art. Champs (des).

IXÎV INTRODUCTION.

qui était alors en Italie , et de lui demander son appui aa« près du révérend père assistant pour le royaume de France, le P. DaubentonS qui ne pouvait manquer d'avcm* du crédit sur l'esprit du général de la compagnie. Par les mains du P. Deschamps, il envoya au P. Daubenton une relation de toute l'affaire , intitulée Relation fidèle^ où il feit connaître toute sa correspondance avec le révérend père provincial Delaistre , et reproduit à peu près tout ce que nous avons vu dans les lettres précédentes.

Il su£Sra de donner les deux passages de cette relation où le p. André fait allusion aux deux cartésiens de la compagnie qu'on épargnait tandis qu'on le frappait , et où il nous apprend que le recteur du collège de Clermont, qui l'avait dénoncé sans l'avertir, était le célèbre Letellier \

* Le P. Gaillaume Daabenton était né à Auxerre en 1648, entré dans la compagnie en 11S65, recteur du collège de Strasbourg quand la France acquit TAlsace, puis confesseur d'Anne-Yictoire, mère de Philippe V, ce qui le conduisit à devenir celui de ce prince quand il monta sur le trône d'Espagne. Il partit, en 1700, poulr allef remplir cet emploi; mais il se forma bientôt contre lui un parti puissant, et il revint «n France. En 1706, il fut député à Rome pour la quinzième congrégation générale de sa compagnie , et il y fut élu assitant général pour la nation française; peu s'en fallut même, dilMoreri, quMl ne fût élu général au lieu du P. Tamburini. C'est en ce poste que nous le rencontrons dans celle partie de l'histoire du P. André. En 1716, Philippe Y le rappela en Espagne , et il fut de nouveau le confesseur de ce roi; Il mourut à Madrid le 7 août 1723. Voyez dans Moreri la liste de ses ouvrages, qui ne sont pas fort importants.

* Michel Tellier ou Letellier, l'un des plus grands ennemis du jansénisme (voyez dans Moreri l'énumération des ses ouvrages contre Amauld et contre Quesnel) et aussi du cartésianisme; car on lui a ailribué des Réflexions sur la vie de Descartes, qui po.urtant, d'après Moreri, sont réellement de son confrère le P. Boschet. Letellier était né à Vire on Normandie, en 1613; il flt ses éludes à Caen, au collège des Jésuites, entra dans la compagnie en t66i , et passa successivement par les emplois de régent, de recteur et de provincial, r/est comme recteur du collège de Clermont (depuis collège de

nEU3U£\IE PARTIE. — I. I\V

c Le père provincial n^tienl à P-aris pUi<iours iHTsonms dont deux noiammeat oui . r;inmv ilcrnii'n* « t'iisi'i^iu' publiquement piuàicurs points de la diKirinr i\v M. IX'scarlts vi dn P. Malebranche: leurs cahiers et leurs theso eu font foi, et surtout les caliiers et U^ thèses de celui t]ui iiuiss«>it son ooun, et qui par consiMiuent |)ou\oit être envo\è en province plus honni^tement et plus justement ipie niui. Or, mon révérend père, si ces deux |)orsunnes ne sont |H)int couimbks pour soutenir la doctrine do M. Descartes et du P. Mali^ branche , je ne suis point coupable d'estimer les personnes de ces deux auteurs.

« • • • Que veut dire ce silence aiïecté des supérieurs à mon égard , et ce soin extrême d'éviter l'éclaircissement dis laits avancés contre ma doctrine ? Mais surtout que veut dire le silence du père LeTellier? J'ai vécu une année entière avec lui ; il a été mon recteur pendant six ou sept mois ; il m'a ^11 en particulier , et je l'ai vu de mémo assez souvent ; et cependant, mon révérend père, ce grand ennemi do tout ce qui s'appelle nouvelles opinions iK)urra dire à votm |)a^ ternîté qu'il ne m'en a jamais ouvert la Itouchc ; silence d'autant plus remarquable que c'est au temps seul de son rectorat qu'on rapporte tous mes crimes, qu'il étoit informé do tout et qu'il n'épargnoit personne. Tout cela , mon n'^vérond père, est bien convaincant en ma faveur. Mais , nonobstant la justice de ma cause , je ne sais encore ce (|ue je dois espérer. Je vois beaucoup d'innoccns accusez , mais je n'en vois point de justifiez ; ou si , quc1(iuofois on en juslifie, eo n'est que de bouche et non d'effet. Je porte mes plaintes ù trois cents lieues de moi , et l'on sçait assez ipie , do loin , la peine dont on se plaint diminue* toujours aux youx du juge , et le crime qu'on impute augmente encore davantage

LoQÎs le Grand ) qu'André parait ravoir connu. A la mort du V. La Cbaiset en 1709, Lelellier fut nommé confesseur de Ix)uis \IV, cl, après la mort de ce monarque, il fut envoyée Amiens cl ensuite ù la Flèehe, où il est mort en septembre 1719.

Ix^' INTRODUCTION.

Dieu m'est témoin que je les aime et respecte ( ses accusateurs ) en Jésus-Qirist. Je prie Dieu pour eux chaque jour à Tautel, et, si je suis exaucé, ils seront plus heureux que moi. faurois pu , mon r^évérend père , user de récriminations à leur égard ; mais à Dieu ne plaise que je me justifie en les accusant ! A peine ai-je pu me résoudre à nommer dans ma lettre ceux que je ne pouvois me dispenser de nommer sans trahir la justice ou mon innocence. J*ai toujours appréhendé de leur faire le mal qu'ils m'ont fait , et pour lequel je voudrois qu'un© entière justification me pût mettre en état de leur rendre mille biens. Ni la collusion des supérieurs, ni l'acception de personnes dont ils ont usé en me maltraitant , ni le refus qu'ils m'ont fait des chefs d'accusation formés contre moi, ni leur dureté , ni leurs artifices , ne m'obligeront jamais à rompre la charité. »

La Relation fidèle est accompagnée d'une lettre, datée du 20 septembre 1706, où l'on remarque le passage sui« vant sur ses accusateurs :

« Il ( le P. provincial ) m'a puni sur la seule foi de mes accusateurs , dont je sçai , en général , que la plus part ont bien de la peine à voir autre chose que du blanc et du noir dans les livres , dont quelques-uns avoient l'esprit envenimé contre moi par certains rapports que des personnes charitables ont faits du peu d'estime qu'il m'est échappé de témoigner pour leurs écrits, dont enfin liD principal notoirement ne connoît ni antiquités ni nouveautés , n'ayant pas "mis le nez dans un livre depuis plus de trente ans , excepté peut-être dans des registres et dans son bréviaire. Voilà cependant , mon révérend père , l'habile homme dont une seule parole justifiée et condamne *, fait venir à Paris et chasse qui bon lui semble , ce qui fait dire dans la province que , depuis i 5 ou 20 ans, il n'y a point eu de provincial

* iSous ne soupçonnons pas quel pcutôirc ce personnage.

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