III. André à Hesdin et à Amiens, année 1709, i7io et iTii
11 était arrivé à l'époque où, ayant parconni les grades inférieurs de la compagnie, il devait faire les derniers vœnx et devenir profès, ce qui donnait accès aux emjdois un peu élevés. Mais la doctrine d'André ne parot point assez sûre au général des Jésuites pour l'admettre à'&ire profession. André s'émut de ce refus; il s'imagina qu'on voulait le chasser de la société; et, pour prévenir cette extrême di^râce, il se décida à écrire au père général une lettre longue et développée où, recherchant les motifs du refus qui lui est opposé, il n'en trouve qu'un seul, son attachement à la doctrine de Descartes et de Malebranche; sur quoi il déclare que, à ce motif est le vrai , il est insurmontable et l'empêdiera à jamais de devenir {HTofès, parce qu'il est bien résolu à ne point trahir sa omscience et à ne point abjurer la doctrine cartésienne. Il pose donc au père général cette ahematîve, ou de l'admettre à faire ses derniers vœox à présent malgré ses 0|MnionSi on de lui permettre de se retirer librement de la compagnie. Il désire ardemmrat y rester; mais s'il doit y vivre toujours soopçmmé, mal vu, maltraité^ il aime mieux en sortir, quoiqu'il soit sans aucune ressource i
' Probablement d'après la régie : IfuHÛs ita cubicultan suum claudat qiHn aperiri 9xtrim€cus possit, p. 19.Regui.jb coioajifBs. Regnl. Soc. J«
DEUXIÈME PAITIE. -- III. XCiX
9Ê0È pttrimome , sans aâle» incapable de toat excqité de Ift prière et de Fétode. Cette lettre , écrite en latin » est un modèle à la fois d*humilité et de courage.
Gomme une affaire aussi importante que celle de la démission d*un membre de la compagnie devait passer par le conseil provincial, André écrivit à un des membres de ce conseil , qui avait la réputation d*étre plus éclairé et plus modéré que ses confrères, une lettre plus détaillée Qocore que la précédente, pour qu*elle fût mise sous les jeux du conseil. Il s*y explique catégoriquement sur les points de la doctrine de Malebranche qu'il est résolu de ne pas abandonner. Celui qui était alors le plus agité était l'origine des idées. Fidèles à Aristotc, les jésuites mettaient dans les sens Torigine de toutes les idées. André 9 avec Descartes et Malebranche, soutenait la théorie platonicienne qui rapporte à la force de l'entendement «mtes les idées générales , seules appelées du nom d'idées; et ces idées ou vérités, que l'entendement humain conçoit mais qu'il ne fait pas, André, comme Platon et conmie Blalebranche, comme aussi Fénelon et Bossuet, les faisait remonter jusqu'à Dieu lui-même. Ainsi les jésuites, ces délàisearssi vigilants du catliolicisme, étaient pour l'école empirique , et ils persécutaient André comme trop peu orthodoxe et trop peu catholique , parce que celui-ci tenait pour l'école idéaliste de Descartes et de Blalebranche, c'est-à-dire pour l'école de Fénelon et de Bossuet , celle que plus tard défendit contre les péripatéticiens modernes Gassendi, Hobbes, Locke et Condillac, le cardinal Gerdil, avec les plus fidèles interprètes de la religion chrétienne. Jamais accusation d'hérésie anticatlioliquc ne fat donc plus mal fondée que celle qu'on faisait alors au
C INTROIXJCTIOK.
P. André; jamais persécmk» en matière de docdinen^ plus directemoit contre le bat même qu'elle se proposait
« HesdiD, le 31 jiiiii 1Y«9.
« Mon très-révérend père,
tt Ayant une affaire qui doit bientôt passer à la consulte de province , j'ai cm qu'il étoit à propos d'en écrire à quelqu'un de ceux qui la composent, afin de parler par son entremise à tous les autres. Comme je sçais que votre révérence a de grandes lumières, et que j'ai toujours ouï dire qu'elle Y joint une équité à l'épreuve de la prévention , c'est à elle que je m'adresse. Vous pardonnerez cette liberté à la fâcheuse nécessité où je me trouve. Voici le fait : Il y a trois ans qu'on me renvoya de Paris, sur l'accusation vague et générale que je donnois dans des nouveautés dangereuses, et qu'en plusieurs occasions j'avois témoigné beaucoup d'estime pour M. Descartes et pour le P« Malebranche. Gonmie je ne croyois pas qu'il y eût au monde une personne assez déraisonnable pour condamner ces deux auteurs en toutes choses, je priai le révérend père provincial de me marquer en détail les opinions dangereuses que l'on m'accusoit d'avoir prises d'eux , afin que je pusse me justifier si j'avois raison , ou me corriger si j'avois tort. Me voyant refusé, et prévoyant bien toutes les suites de cette affaire, et d'ailleurs persuadé qu'un prêtre, accusé en matière de doctrine, ne pouvoit se taire sans prévarication , j'en écrivis à notre révérend père général pour le conjurer de me faire signifier par mes Hupéri(Mirs immédiats quelles étoient ces nouveautés dont on mo faisoit un si grand crime. Mais j'eus beau prier, on me refusa toujours cette grâce , et par là tout moyen de me défendre. Depuis ce temps-là je me suis tenu en paix, attendant en patience le dernier coup de la persécution , c'està-dire, mon révérend père, le retardement de mes derniers vauix. Jo no forai point icj lo philosophe : quoique j'y fusse