‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 45 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXÎij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXÎij

sages me conscilleroient (Jan.< cette conjoncture. Un de mes amis de la ville , et des vôtres, mon n»vérend père, à qui je m'en étois ouvert dès le conmiencement de Taffaire ,* m'écrivit que je pouvois leur olx'ûr. Je n'avois pourtant pas cru devoir me, rendre à son sentiment. Je consultai encore trois ou quatre denos pères là-dessus, en leur marquant expressément que dicter cette espèce de rétractation de choses que je n'avoifi point enseiornées , ou que je tenois pour vraies , c'étoit parier contre ma conscience. Nonobstant cela , presque tous m'y condamnèrent sans miséricorde. Il fallut donc m'y résoudre ; mais je le fis d'une manière que je crois n'avoir trompé personne. Le R. P. Lami ' vous dira le reste. Quelques jours après , on me parla de signer Técrit que j'avois dicté en classe. Je déclaray fonnellement que je ne pouvois , en conscience, signer autre chose, sinon que je Tavois fidèlement dicté. Le père recteur me fît entendre que cela suffiroit ; sur quoi , j'écrivis mon nom au bas. J'avoue néanmoins que j'en ai eu et que j'en ai encore bien du scrupule. Priez le Seigneur qu'il me pardonne ; et vous, mon révérend père, pardonnez-moi aussi , je vous conjure , si en tout cela j'ai fait la moindre chose qui vous ait déplu. Cependant j'ai cru vous donner par là occasion à une juste défense ; et , si vous me permettez de vous le dire , je la crois nécessaire dans la conjoncture présente. Le mal augmente tous les jours. Les amateurs de la vérité sont flétris et persécutés ; ses ennemis triomphent, et envoient de tous côtés les écrits injurieux qu'ils font ou qu'ils font faire contre elle et contre ses défenseurs : on la rend suspecte et on les rend odieux. Je ne dis pourtant pas, mon révérend père, que vous preniez vousmême la peine de relever toutes ces démarches : cela conviendroit mieux à tout autre qu'à vous; mais il faut que quelqu'un le fasse , ou bien il faudra que les vérités que vous avez démontrées essuient un terrible orage. En tous cas ,

' Voyez plus bas.

CXiV INTRODUCTION.

souffrez, mon révérend père, que, pour me consoler un moment avec vous, je vous dise là -dessus ce qui m*est venu dans resprit, supposé que quelqu'un de vos amis voulût bien entreprendre la défense de là vérité et de ses défenseurs.

« 4®. Je voudrois qu'on exposât le fait, avec toutes ses circonstances, que je n'ai cachées à personne;

« 2^. Que l'on demandât , par forme de problème ou de cas de 'conscience, si des particuliers comme les jésuites, qui n'ont aucune autorité juridique dans l'Église, peuvent sans crime jeter des soupçcms d'hérésie et d'impiété sur des auteurs tenus pour orthodoxes par tout ce qu'il y a de bons catholiques dans l'Église , etc. ;

a 3®. Si les collèges ne leur ont été donnés que pour leur donner le droit de décrier publiquement , comme hétérodoxes, toutes les personnes et toutes les opinions qui n'ont pas le bonheur de leur plaire , etc. ;

a 4^. Que l'on entrât en matière , et que l'on fît voir que les sentiments faux ou hérétiques qu'ils ont fourrés dans leur écrit n'ont été enseignés par aucun cartésien ni malebranchiste , du moins par ceux qu'ils attaquent, et que les autres opinions qu'ils condamnent sont très-sensées et très-orthodoxes, et que je voudrois que l'on prouvât surtout par autorité , car la raison est une inconnue que nos savants n'écoutent guères ;

« 5®. Enûn , que Ton expliquât particulièrement et à fond le sentiment de saint Augustin sur les idées , et qu'après avoir montré l'éloignement où l'on est des sentiments des Anoméens etdesEunomiens, qu'ils nous reprochent , on leur fît, sur cette matière, un défi pareil à celui que M. Descartes leur fit autr^ois sur la physique d'Aristote, et qui les réduisit au silence qu'ils ont toujours gardé depuis si religieusement.

« C'est à peu près ce qu'il seroit à propos de leur remontrer avec beaucoup de force et de modération chrétienne ,

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