PREMIÈRE PARTIE. xh
«4®. S*il y avait une préface ' à la première édition du livre de M. de Cambray. N'en croyez que vos yeux. Le P. Lelong m* a écrit que non ; mais il me paraît qu'il y en avait une ; car le P. Malebrancbe n'accuse le P. de Tournemine que d'y avoir ajouté une addition.
a 2®. Qu'est-ce que le chevalier Renaud, qui fut d'avis que le P. Malebranche écrivit à M. de Cambray?
a 3^. Qui est ce magistrat qui engagea M. le comte de Polignac de la faire tenir au prélat?
« 4®. Est-il vrai que M. de Cambray a désavoué la préface que nos pères avaient mise dans son livre?
' La première édition de cet ourrage parut, à Tinsu de l'aoteor, en 17I3 ; elle ne contenait qoe la première partie, tous le titre de Démomtraiion de PBxistence de Dieu tirée de VArt de la Nature. Je n'ai Jamait rencontré cette édiUon, mais le luvant éditeur des OEuvret de FéneUm (YersaUles, cliez Label ) déclare , tome I'', que le P. Toumemiae avait mis à celte première édition une préface où se trouvent des observations sur les paragraphes 58 et 65 de la première partie, observationi très-peu d'accord avec le texte; ce qui expliquerait l'assertion de la Biographie universelle (article Fbrblon), que cette préface déplut à Fénelon. La seconde édition parut trois ans après la mort de l'auteur, en 1718; la seconde partie y avait été jointe à la première, par les soins de Ramsay et du marquis de Fénelon, le petit-neveu de l'illustro archevêque. Dans cette seconde édition est une dissertation du mémo Tournemine sur VAbsurdilé de VAthéisme et en particulier du Spinâ» aiame^ dissertation qui n'est pas autre chose que le développement d«i réflexions que contenait déJA la préface de l'édition de iTi2. VoilA ee qu'on appelle les deux premières éditions du livre de VExistence de Dieu. Je ne comprends pas bien comment, en 1716, leT. André pouvait déjà parler de ces deux éditions. Il est possible qu'avant celle de 1718« qui renferme les deux parties, il ait paru une réimpression de la première, qu'André appellerait ici la seconde édition. C'est ce que noua porte à croire cette indication de la Biographie universelle (article de FÉRELoiv) : » Démonstration de l'Existence de Dieu tirée de la connaissance de la nature et proportionnée à la faible intellige^e des plut simples, 171S, in^i^, avec une préface du P. Tournemine, et réimprimée la même année. >» Quant A la désapprobation de la préface de Tournemine par Fénelon, le savant éditeur des OEuvres de Fénelon la trouve naturelle; mais il déclare n'en avoir rencontré aucun témoignage positif.
XX INTRODUCTION
« 5®. M. le comte de Polignac parla-t-il au P. Letellier ou à quelque autre jésuite pour obtenir une satisfaction du P. de Tournemine ?
« 6**. Est>-il bien vrai que le P. de Tournemine écrivit au P. Malebranche que , s'il écrivait contre sa préface , il se défendrait?
« Je voudrais encore avoir un plus grand détail de sa mort, ses dernières paroles, ses pensées, ses sentiments de piété à la vue des approches de l'éternité, la manière dont il reçut les derniers sacrements, s'il les demanda lui-même, les questions que vous lui fîtes et ses réponses ; s'il y eut bien des personnes qui le regrettèrent, car mon dessein serait de faire de sa mort le plus bel endroit de l'ouvrage. Vous pourrez sans doute là-dessus tirer des lumières de divers pères de l'Oratoire et des autres amis qui le visitèrent dans sa maladie.... »
AU MÊME. — Du 27 juillet 1716.
« Monsieur,
« J'attendais, pour vous écrire , que j'eusse achevé l'analyse du second volume de la Recherche, Cela est fait, et j'espère que le reste ira un peu plus vite , excepté néanmoins la dispute du P. Malebranche avec M. Arnauld , où je prévois encore de grandes difficultés. Mais quelque grandes qu'elles puissent être , tandis que je serai persuadé , comme je le suis, que le Seigneur me demande cet ouvrage , den ne me rebutera. Si c'était une chose possible , je ne souhaiterais pas moins ardemment que vous de me voir dans votre hermitage; car les distractions démon emploi , la crainte qu'on ne se défie de moi avant que j'aie fini, l'éloignement des sources où je pourrais m'instruire en un moment, ne laissent pas de m'embarrasser; mais il ne faut pas vouloir servir Dieu où il ne me veut pas. Voici quelques difficultés que je vous prie de m'éclaircir :
PREinÈRE PARTIE. XXJ
« 4®. Où sont maintenant les parents qui restent au P. Malebranche, neveux, nièces, alliés, etc. ? ne serait-il pas bon de leur écrire pour en avoir quelque instruction sur sa fa» mille'?
tf 2®. Quel était le général de l'Oratoire, en 1675*, lorsqu'on ordonna , dans l'assemblée générale de la congrégation, que l'on ferait des remercîments au P. Malcbranche \)out sa
Becherche ?
« 3®. En quelle année parutle livre de M. Huet, intitulé; Censura philosophiœ cartestanw '? Je n'en veux savoir que la
date.
« 4®. En quelle année M. de Harlay , archevêque de Paris *, vint-il en Sorbonne , de la part du roi , pour interdire la philosophie de M. Descaries?
* Les renseignements que*donne FonleneUe paraissent suffisants. D'après FonteneUe, le père de Malebrancbe était Nicolas Maiebranche, secrétaire du roi, trésorier des cinq grosses fermes sous le ministère du cardinal de Richelieu, et sa mère, Catherine do Lauzon, qui cul un frère vice-roi du Canada, intendant de Bordeaux et enlin conseiller d'État. Il fut le dernier de dix enfants. Un des aînés mourut en 1703 conseUler de la grand'chambre , et fort estimé dans le parlement. L'auteur du Précis de la vie du P. Malebranche en tète du Traité de l'Infini créé, dit que la mère de Malebrancbe , Catherine de Lauzon, était d'une famille noble de Poitiers. A la Bibliothèque du Roi, dans le fonds de l'Oratoire, est un manuscrit in-4°, coté 168 • portant au dos cette inscription : P. Malebranche, et sur la couverture, d'une écriture du xviir siècle : P. Malebranche, mathématiques et proverbes. Parmi les papiers que contient ce volume, se trouve une procuration du frère de Malebrancbe qui autorise l'oratorien à traiter en son nom avec les héritiers de leur père. Cette procuration est de 1703. Le père de Malebranche y est appelé Nicolas de Malebranche, conseiller au parlement, et l'oratorien est aussi appelé de Malebranche.
* Le général de l'Oratoire en 1675 était le P. de Sainte-Marthe. Yoyez l'ouvrage du P. Tabaraud.
* Elle est de 1689, Paris , in-i2. Yoyez l'Éloge historique de M. Huet en tète du Traité philosophique de la faiblesse de l'esprit humai», Amsterdam, 1723.
* Au mois d'août 1671. Voyez V Avertissement au sujet de l'Arrêt burlesque.
xxij ihtroduction.
a Tout cda me parait nécessaire pour varier notre histoire, pour la relever» pout la rendre plus intéressante et même plus exacte.... »
AU MâMB. — Du 7 novembre 4716.
« Monsieur,
a II y a bien longtemps que je vous dois une réponse, mais il y a six semaines que je me suis si fort appliqué à notre ouvrage, que je n'ai pu vous payer phis tôt. Abréger un auteur comme le P. Malebranche n'est pas une petite affaire , surtout quand on s'applique, en l'abrégeant, à lui donner plus de clarté qu'il n'en a dans toute son étendue. C'est à quoi je m'attache principalement ; car je suis très-persuadé qu'on ne peut l'entendre et croire qu'il a tort, du moins sur la plupart des choses qu'il entreprend de prouver, sur la manière dont nous voyons les objets, sur la matière des causes occasionnelles, sur le fond de son système de la prédestination et de la grâce, sur la nature de l'ordre et de la loi éternelle, sur la manière dont [nous connaissons notre âme, etc. Aussi je me borne presque toujours , dans mes analyses, à ces grands sujets, sans m'arrêter à le justifier sur certaines propositions incidentes, que je puis abandonner à la critique de nos adversaires sans faire tort à la vérité. Ck)mme vous êtes curieux de savoir où j'en suis, je vais tâcher de vous satisfaire.
« J'ai achevé toute l'histoire des Conversations chrétiennes^ de ses Petites Méditations, des premiers Éclaircissements qu'il donna sur la Recherche de la Vérité, en 4678, dont je n*ai pourtant pas une liste assez exacte , n'ayant que la dernière édition de cet ouvrage. Je lui ai fait battre M. de La Ville, dos et ventre , le plus honnêtement du monde. J'ai montré assez clairement tout ce qu'il y a de foi sur la matière de la sainte Eucharistie. Enfin , j'ai commencé l'histoire curieuse du Traité de la Nature et de la Grâce, où j'ai fait un caractère de M. Arnauld, dont les premiers traits plairont beaucoup
t>a£|llËBS PABTIE. XXÎy
aux jansénistes et les derniers aux jësoiles , ei tout ensemble aux personnes raisonnables qui ne cherchent que la vérité sans prévention ni pour ni contre. Je fais actueUement l'analyse du Traité dont j'ai fini ce matin la première partie du premier discours. Je vous avoue que rien ne m*a tant coûté, car je tâche , par la seule exposition des principes, de mettre les choses dans une évidence à laquelle un esprit attentif ne puisse rien opposer. J'y tache, mais y réussirai-je? c'est la difficulté ; car je ne trouve pas même que le P. Malebranche y ait réussi dans l'abrégé qu'il en a fait à la fin de sa dernière réponse aux lettres posthumes de M. AmauM. Aussi, je ne m'en sers point du tout, ni d'aucun autre; car mon dessein est de donner du jour à la himière même du P. Malebranche, en la rendant plus sensible et proportionnée aux yeux les plus faibles, fiourvu seulement qu'ils veuillent s'ouvrir; et c'est pourquoi je ne puis me contenter des extraits de ses ouvrages que je trouve dans les journaux qui me paraissent trop superficiels. L'auteur des Mémoires de sa vie m'avait pourtant conseillé d'en profiter; mais je le prie de me dispenser en. cela de suivre ses avis. Je gâterais notre ouvrage indubitabl^nent en le rendant ainsi peu instructif et fort ennuyeux. Au reste , je vous y donnerai « à mon tour, un pouvoir despotique', lorsque je vous l'enverrai. Biais, par malheur, vgici i'Avent et le Garème qui nous-vleti* nent un peu reculer. Ainsi , je ne suis point pressé de recevoir les éclaircissements que je vous avais demandés. Je crois même qu'il suffit que vous me les donniez lorsque j'fiurai fini l'ébauche de notre histoire. Alors je vous prierai de me les envoyer rangés par ordre , et des nombres pour les distinguer, afin que j'y fasse plus d'attention. Voici encore Quelques difficultés que vous aurez la bonté de me résoudre; je crains de les oublier :
« 1''. Les Conversations chrétiennes furent-^Ues d'abord imprimées à Paris? Le furent-elles sans privilège •?
* D aprèf totts les lémoigMgeti tot Q9iW€n(Ul(tm ^krétitimet fureoi
XXIV INTRODUCTION
« 2**. En quelle année M. Bossuetpassa-t-rt de l'évèché de Condom à celui de Meaux * ?
« 3®. Combien y avait-il ô! Éclaircissements dans l'édition de sa Recherche de 1678, et sur quoi étaient ceux qu'on a jetranchés?
« 4**. L'abbé Faydit dit-il un mot de vrai en ce qu'il rapporte du P. Malebranche dans ses livres? Si cela est, il faut m'en envoyer des extraits.
« 5®. Combien de Méditations chrétiennes (je parle des grandes) le P. Malebranche avait-il composées en 4676? Nos Mémoires varient là-dessus.
« 6**. En quelle année le P. de Lagrange de l'Oratoire fitil son livre contre les cartésiens * ?
« 7*. Ne pourrions-nous point avoir l'histoire de l'affaire du P. Lami avec l'université d'Angers, pour le crime horrible de cartésianisme, et l'arrêt du conseil d'État porté le 2 août 4675, contre les entreprises de la raison, dame fort inconnue à la cour sous le règne précédent'?
« 8°. La maison de M. le marquis de Roussy, où se tint la conférence du P. Malebranche avec M. Arnauld, est-ce un hôtel à Paris ou une maison de campagne? Quel était le caractère et le mérite de ce marquis? Je sais seulement qu'il était de la maison de la Rochefoucauld.
« 9®. Qui sont ces auteurs qui ont fait voir la conformité <ios sentiments du P. Malebranche avec ceux de saint Augustin sur l'efficacité de la grâce?
Si 40®. Ne pourrait-on point avoir un abrégé de la Vie et des vertus de l'abbé de Saint-Jacques , M. d'Aligre, qui fit imprimer la Recherche?
d'abord imprimées à Paris en 1676, 10-12. N'ayant point entre les mains cette édition , j'ignore si elle porte an privilège.
* Bossuet fut nommé évéque de Meaux au mois de mai 1681. Voyez Hisioire de Bossuet par M. de fiausset, t. II, p. 89.
* Je n'ai pu rencontrer nulle part le livre du P. de Lagrange contre le cartésianisme.
* Voyez les Fragments ptUlosopfUqi/tes, 3" édil. , l. II « p* 197.