‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 52 sur 136 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

« A la Flèche , ce 2i août 1712.

« J'ai reçu votre paquet ; je m'attendois à peu près à y voir ce que j'y ai vu , et à y remarquer bien des préjugés dans vos censeurs. Il'y a pourtant deux choses que je n'approuvois' pas tout à fait dans votre thèse, supposé que ce fût votre pensée , comme on le juge dans la censure ; 1". que Dieu ne peut anéantir notre àme ; car, il me semble évident qu'il la conserve librement, autant qu'il peut l'avoir créée.

CXXIj INTaODUCTION.

pour un certain temps déterminé , au bout duquel la cause productive cesse ; elle cesseroit aussi , tons qu'il fût besoin pour cela d*un acte de la volonté de Dieu terminé à son anéantissement, car un tel acte répugne; 2^. je crois que Dieu peut faire du vide en partageant retendue, en éloignant les deux parts , sans conserver aucune étendue physique dans cet intervalle ; et je crois que ce qui a trompé sur ce point M. Descartes, c'est qu'il confondoit l'étendue intelligible avec rétendue physique. Vendredi dernier, qui fut ma dernière séance , le meilleur de nos écoliers, un jeune homme accompli, nommé (2e nom est biffé) ^ expliqua, à propos de la démonstration de Dieu, tout le système des idées pendant trois gros quarts d'heure , et prouva que nos idées ne pouvoient être que la substance intelligible de Dieu. Jamais vous ne vîtes gens plus étonnés que la plupart de ceux qui Técoutoient. Je puis vous assurer que la plupart de nos écoliers sont bien au fait et bien établis dans les bons principes. Il y a aussi quatre ou cinq préfets qui sont en bon chemin , mais occulti propter metum judœorum. Mais ils appréhehdent d'être connus, et je ne leur ferois pas plaisir de les nommer, car vous ne sauriez croire combien la terreur est répandue ; il y a tel qui craint même de passer pour être de mes amis. Madame de Cabaret m'a fait l'honneur de me venir voir, je lui ferai vos compUments, et aux autres que j'aurai dorénavant plus de loisir d'entretenir. J'écrirai bientôt à notre bon père ; je l'aurois fait dans, le temps de sa guérison, si j'eusse su sa maladie '. Permettez-moi de saluer M. L'archevêque; c'est un homme que j'estime de tout mon cœur et honore parfaitement. Il voudra bien prendre cette lettre pour une réponse commune à la sienne, jusqu'à ce que je trouve une occasion , qui se présentera apparemment bientôt sur cette fin d'année , pour lui écrire en particulier. Au reste , je vous dirai que tous mes actes ont si bien réussi ,

* Il 8'agil iei éTidemment de Malebranche.

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