‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 55 sur 136 · AI' MÊME · texte numérisé non relu

AI' MÊME

t< A Paris , ce 33 septembre 1713.

« J'ai reçu , mon rtWércnd i)èrc et très-cher ami , votre lettre avec un cxtrî^me plaisir, parce que j'étois fort en peine de vous depuis sept ou huit mois. Celui (pii me Tu rendue m'a dit qu'on vous dcstinoit à la procure d'Amiens, mais ({ue vous paroissiez peu dis|)Osé à recevoir cet emploi. Pour moi, si vous vouliez m'en croire , je vous conseillerois première* ment et avant toutes choses de renoncer sincèrement et de bon C'Œur aux sentiments ({ue les supérieurs désapprouvent, afin d'ôtre en état d'aller votre chemin et do réi)ondre aux \ues qu'en ce cas ils auroient sur vous. J'eus l'honneur de vous écrire , dès le commencement de cotte année , que je vous croyais obligé devant Dieu à prendre ce parti dans des conjonctures où les suiKTieurs se ilMarent si nettement et si fortement ; mais je vous avouerai franchement que, depuis ce temps-là , j'ai examiné plus sérieusement que jamais les matières dont il s'agit et les raisons des supérieurs, et que je suis très-convaincu tant de la bonté de ces raisons que de la fausseté et du danger de la plupart des opinions auxquelles nous avons été un peu trop attachés. C'est ce qui m'a porté moi à y renoncer hautement et de bon cœur, persuadé qu'il étoit d'un honnête homme d'en user ainsi , et de mépriser dans cette occasion certaines petites considérations qui pourroient arrêter. Néanmoins, comme je serois déraisonnable de prétendre que mon exemple , et bien moins encore mon autorité , fût d'aucun poids sur vous pour vous faire changer d'opinion sur des matières que vous êtes plus capable que moi d'examiner et d'approfondir, l'autre conseil que j'aurois à vous donner, supposé que vous ne puissiez gagner sur vous la première chose, ce seroit d'accepter l'emploi qu'on vous propose ; car je crains que les remontrances que vous feriez

dix INTRODUCTION.

ne vous attirent que de nouveaux chagrins; ce qui m'en causeroit , je vous proteste , beaucoup à moi-même ; car je vous prie d'être très-persuadé qu'on ne peut avoir pour personne ni plus d'estime ni plus de sincère attachement que je n'en ai pour vous; et jamais rien ne sera capable de diminuer en moi ces sentiments , dans lesquels je suis de tout mon cœur et avec respect, mon révérend père et ami, votre, etc.

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