DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXllix
suis prêt de le démontrer contre tous les hérétiques et de le signer de tout mon sang. Mais je ne crois pas que Dieu ait révélé, ni dans TËcriture ni dans la tradition, ni par la voix de son Église , ni en termes exprès , ni par conséquence , qu'il y ait des accidents absolus dans le saint sacrement de Tautel , ni que ces accidents qui y restent sans sujet soient l'extension de la quantité du pain et du vin, et moins encore que l'essence du corps ne consiste point dans l'étendue , je ne dis point déterminée, je reconnais que c'est une erreur de M. Descartes, mais dans quelque étendue indéterminément.
« Voici les raisons que j'ai de douter que ce soient là des articles de foi , et que je prie d'examiner sans prévention et devant le Seigneur, qui ne veut point , il est vrai , que l'on retranche rien de sa parole , mais qui ne veut pas aussi que l'on y ajoute.
« i ^. Le saint concile de Trente , qui dans cette matière est la règle la plus juste que nous puissions avoir de notre foi, et qui me semble avoir décidé clairement tout ce que nous devons croire, ne fait aucune mention de (îes accidents absolus ; il ne parle que d'espèces qui restent seules , dit-il , après la consécration : maneniihus duniaxat speciebus. Pourquoi s'est-il servi si constamment, et dans les canons et dans les chapitres , de ce mot d'espèces ; et pourquoi ne s'est-il jamais servi du mot d'accidents , s'il a voulu faire un article de foi des accidents a!hsolus? ou plutôt n'est-il pas manifeste et par son silence et par le terme dont il a pour ainsi dire affecté de se servir, qu'il a regardé ce point comme étranger à la foi , dont il avoit dessein d'établir le dogme sans entrer dans les questions sur lesquelles les docteurs catholiques étoient partagés, comme l'histoire de Palavicin le remarque en plusieurs endroits?
« 2*^. Depuis le concile de Trente on a toujours vu dans l'Église des docteurs très-orthodoxes qui ont soutenu îju'il ne restoit dans l'Eucharistie, après la consécration, que les pures apparences du pain et du vin, sans rien d'absolu.
Cxl INTRODUCTION.
Pour en être persuadé il n'y a qu'à lire le célèbre P. Maignan, Appendice quinfa ad philosophiam sacram, etc, ' .
« 3®. Il paroît évident, par la lecture des anciens auteurs , que ce que l'on a d'abord appelé accident n'étoit autre chose que les qualités sensibles de couleur, d'odeur, de saveur, etc. ; qu'ensuite on y ajouta la quantité ou l'extension de la matière du sacrement , et que de là on a conclu enfin l'existence de cette espèce d'être qu'on a depuis appelé dans l'école accident absolu, à ce qu'il me paroît sans aucun fondement dans la tradition des saints Pères.
« 4®. On soutient , tous les jours , dans les écoles les plus catholiques, que l'essence du corps consiste dans quelque étendue indéterminément, et il est impossible, dans quelque opinion que l'on soit , de concevoir autrement la substance corporelle. Toute la géométrie est fondée sur cette notion claire du corps. L'Écriture sainte elle-même ne nous en donne point d'autre. Notre-Seigneur Jésus-Christ la suppose évidemment. Saint Augustin y est formel dans presque tous ses ouvrages , principalement dans le livre qui a pour titre De la quantité de l'âme, dont le dessein est de faire voir que l'âme est quelque chose de très-réel , quoiqu'elle ne soit point corporelle, c'est-à-dire étendue en longueur, largeur ot profondeur, comme lui-même s'en explique. Videiur enim mihi quasi nihil esse anima si nihil est horum, lui dit son interlocuteur ; et je dis après lui avec bien plus de raison : Videtur mihi nihil esse corpus, si nihil est horum, chapitre 3, E. edit. Lovan. *.
« Cependant , mon révérend père , je suis prêt de soutenir ce premier article, tel qu'on me le 'prescrit, pourvu qu'on ne m'oblige point contre ma conscience à m'en faire un article de foi, avant la décision de l'Église.
' Pére minime, no à Toulouse en I60t, professeur à Rome à In Trinité-du-Monl en 1636, mort en 1696, auteur d'un cours de philosophie oslimé et de la Philosophia sacra, 1662 et 1672.
• Kdit. des Rénédiolins, 1. 1 ,p. 403.