DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXlj
u II. Sur l'essence de l'âme.
a Dans le second article, je crois qu'il y a dos expériences qui prouvent assez bien que l'ûme pense dès le ventre de la mère ; mais je n'ai point de peine à croire qu'elle puisse absolument ôtro sans penser ; car Dieu est bien puissant, et je ne connois pas assez clairement l'essence de l'àme pour en parler aussi décisivement que les cartt^iens.
u 111. Sur l'essence du corps.
« Pour ce qui est de l'essence du corps, je suis persuadé avec saint Augustin , par l'idée claire que nous en avons et que la foi suppose sans la détruire, qu'elle consiste, non {)as, comme le préteml M. Descart(»s, dans une étendue déterminée, mais dans quelque étendue indéterminément, comme je l'ai déclaré ci-dessus. A l'égard de la pénétration, je ne crois pas que les saints Pères en aient jamais parlé dogmatiquement , du moins quand on y ajoute le terme proprement dit. Les Pères de Trente n'en disent pas un mot dans un si grand nombre de décisions et d'explications sur le mystère de la sainte Eucharistie, et l'on sait assez que l'on peut expliquer tous les miracles dont on me parle sans avoir recours à aucune pénétration proprement dite ; et cela en plusieurs manié rcfs que mes examinateurs sauront mieux que moi. Il est clair qu'il suffît pour le dessein de l'Évangile et des saints Pères qui l'interprètent que ces passages du corps de Notro- Seigneur soient miraculeux et surnaturels, sans qu'il soit nécessaire d'y rien admettre qui choque manifestement la raison. En un mot , je ne crois pas que l'on en puisse faire un dogme de. bonne foi, ce qui ne m'empêchera point de rensei" gner de la manière la plus commune.
u lY. Sur les formes substantielles.
« .Te tiens, contre certains philosophes, que Dieu peut faire un nombre infini de substances qui ne soient ni esprit ni
Cdij INTRODUCTION.
corps ; mais je suis en même temps convaincu qu'il y a une manifeste contradiction qu'il tire ou qu'il éduise de la matière quelque substance qui ne soit pas matière, qui soit {dus noble que la matière^ qui soit capable de connoître, de sentir, d'avoir des appétits, proprement ainsi appelés, etc. Ce sentiment , pris à la rigueur et joint à celui qui veut que les corps n'aient essentiellement aucune étendue actuelle, me paroit détruire absolument la preuve la plus belle et la plus convaincante de l'immortalité de l'âme. De plus, une âme est assez inutile à une bête, puisque cette âme même a besoin d'une détermination étrangère pour être déterminée aune chose plutôt qu'à une autre. Il est vrai que la pure machine est d'un autre côté bien difficile à soutenir , cela révolte ; mais il me semble que l'ignorance où nous sommes des ressorts et des organes qui la composent en fait toute la difficulté. Cependant je ferai là-dessus tout ce que l'on voudra.
(c y. Sur l'union de l'âme et du corps.
« Pour le cinquième article, je le crois intérieurement et dans toute son étendue , par raison autant que par soumission au saint concile de ( Vienne ? ) .
« YI. Sur la nature des idées.
« Sur la nature des idées, je ne tiens que le pur sentiment de saint Augustin, qui a soutenu évidemment : 4®. que nos idées étoient distinguées de nos perceptions; 2®. que nos idées étoient en Dieu. Pour s'en convaincre , à n'en pouvoir douter, il n'y a qu'à lire attentivement son livre De Magisiro, le second Du libre arbitre, le livre des 83 Questions, quest. 46, le livre XIP De la Trinité, le X* de ses Confessions, etc. Mais , pour en épargner la peine à mes censeurs , permettez-moi , mon révérend père , d'en rapporter ici un passage décisif et sur lequel seul je consens qu'ils me jugent. Il est tiré du livre des 83 Questions, quest. 46 *.
' Kdit.'des Bénédictins, t. VI , p. 17.