DEUXIÈME PARTIE. — V. ClC¥i
mais la vérité est qu*il connaissait et honorait plusieurs personnes de cette opinion, et qu'il était d*avis de les combattre par des réfutations solides et modérées, au lieu d'en appeler à Tautorité temporelle. Il ne prit donc parti ni pour les jansénistes ni pour les jésuites, mais pour les per* sécutés contre les persécuteurs. La première correspondance contient plusieurs lettres à Toratorien de Marbeuf , où il exprime une opinion pleine de sagesse qui ne devait plaire à personne, ni surtout à ses supérieurs. Voilà donc André devenu suspect , non plus seidement de cartésianisme, mais, qui pis est, de jansénisme, ou, pour mieux dire, de modération à l'endroit du jansénisme. C'est ce que lui insiime le nouveau provincial de France, le P, Martineau*.
' Mlsoac Martineau, dit Moréri, naquit à Angers le 32 mai 1640. Il entra clicz les jésuites le 5 septembre 1685. Il est mort le 30 décembre 1730. Il a régenté la philosophie pendant dix années, et la tbéolofie durant six ans , à Pari.^ ; mais il ne fut jamais prédicateur, et l'on ne croit pas qu'il ait jamais paru en chaire qu'une seule fols, pour l'Oraison funèbre de Louis, prince de Condé, en 1687. Il étoit rectenr da noviciat , lorsqu'il fut choisi pour être confesseur des princes. Il le fat ea particulier de Louis de France, duc de Bourgogne, qu'il assista de ses conseils pendant sa vie et à sa mort, et dont il nous a tracé les vertus dans un écrit imprimé à Paris, in-4% en 1713, sous ce titre : lêi Vertus de Louis de France, duc de Bourgogne, ensuite Dauphin» Cet emploi ne l'empêcha pas d'être supérieur de la maison professe •* il l'étoit en i704, lorsque le P» Bourdaloue mourut; et c'est en eetle qualité qu'il écrivit la lettre qui contient l'éloge de ce eélèbre prédicateur : elle fut imprimée d'abord séparément, et ensuite dans le troisième tome du Carême du P. Bourdaloue. Le P. Martinean n'a été provincial qu'après l'an 1713. On raconte qu'à la fin de 1683, M le duc Louis de Bourbon devant passer de rhétorique en philosophie dans le collège des jésuites , les supérieurs dirent au prince Louis de Condé qu'ils avoient un excellent régent de philosophie, mais qu'Us n'osoient le faire venir à Paris pour le donner à M. le duc , parce qu'il étoit extrêmement laid. M. le prince demanda : « Est-il plus laid que le «( démon? » Après l'avoir vu, il dit : « 11 ne doit pas faire peur À qui a vu
CXCViij INTRODUCTION.
« Paris, 22 décembre 1716.
« On ne peut que louer le soin qu'on prend de se renfermer dans les bornée d'une juste modération en quelque matière que ce soit. Mais il ne faut pas que cela aille toujours jusqu'à garder une espèce de neutralité; car il y a des occasions où , sans se déclarer avec chaleur, on peut et on doit faire connoitre qu'on s'attache au parti que l'Église a pris. Je ne puis vous en dire davantage sur ce sujet , une lettre ne comportant pas un plus ample éclaircissement. Mais je prie votre révérence de faire réflexion au peu que je luy dis et de ne pas s'en éloigner dans sa conduite. Je suis avec respect, dans l'union de ses SS. SS., etc.
« Martine AU. »
André avant contintié à user de la même modération , les plaintes qu'il excita dans la compagnie allèrent jusqu'à Rome. Le père général, l'ardent et inflexible Tamburini \
«PelUsson; U faut le faire venir; on s'accoutumera à le voir, et on le «trouvera beau.» La laideur du P. Marlineau, comme celle de M. Pellisson, venoil de la petite vérole- On a encore de ce père les Psaumes de la pénitence de David, avec des réflexions, à Paris, i7io, in-i2.... plus, Méditations sur les plus importantes vérités du christianisme^ pour une retraite, k Paris, 1714, in-i2.»
* On ne trouvé rien sur Tamburini dans Moréri. Nous tirerons le peu de renseignements que nous allons donner sur ce père jésuite d'un ouvrage peu connu, mais curieux, imprimé à Rome en I75i, en italien et en latin : Imagines prœpositorutn generalium societatis Jesu, delineatœ et œreis formis expressœ ah Arnoldo Van-Westherhout, addita perbrevi uniuscujusque vitœ descriptione ; et en italien : Ritratti,elc.^ par le P. Galeotli , de la même compagnie, 2* édit., in-fol. Michel-Ange Tamburini était de Modène; il naquit le *i7 septembre i648, embrassa l'état religieux dans la compagnie de Jésus, le i6 janvier i635. Il enseigna la philosophie dans le collège de Sainte-Lucie à Bologne pendant six ans, la théologie à Mantoue pendant six autres années. Il fut recteur du collège de Modène et de celui de Mantoue, puis provincial de la province de Venise. Le père général Gonzalès le Ut venir à Romo pour lui servir de secrétaire, et le nomma, le 14 novembre 1703, sou vicaire général. Dans l'assemblée qui suivit la mort de Gonzalès, il fut élu, le